Boris, 1985

Douna Loup · Chapitre 51 sur 53

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Boris, 1985

Moscou, 2020

 

 

En mars 2020, je pars rencontrer des amis de Boris dans sa ville natale. Me voilà à Moscou tandis que le Coronavirus gagne du terrain. Les amis de Boris ne sont d’accord pour me rencontrer qu’après deux semaines de quarantaine. J’attends. Je suis en résidence pour un mois. Je loge dans un appartement au sein d’une ancienne usine devenue lieu de création, d’exposition. Je marche dans la grande ville, la crainte du virus s’infiltre en Europe. Je ne vois rien venir. Je suis souvent dans les églises dorées, j’écoute les chants sacrés, les voix qui résonnent, les psalmodies, l’encens, je regarde les gens se pencher sur les icônes et les embrasser, il neige, je marche, je n’ai plus vraiment de pensées ou d’objectif, mes plans sont déjoués comme l’an passé avec ma jambe cassée. Je commence à avoir l’habitude.

J’échange quelques e-mails chaleureux avec les amis moscovites de Boris. Je me fais des salades, je mange beaucoup de cornichons à la russe, et puis j’ouvre une bière toute seule dans l’appartement blanc. J’écoute des chants orthodoxes en marchant dans les grandes avenues, des chants enregistrés dans une basilique qui n’est pas loin de mon logement. Moscou me rentre dans la peau doucement sans que j’y prenne garde. Moscou me devient familière. Je lis en cyrillique, j’adore me promener dans cet alphabet, apprendre quelques mots russes que je trouve splendides. La langue de Boris, celle de son enfance gardée bien vivante dans ses poésies et ses liens intimes.

Je visite le musée de la mémoire juive. Entre deux flocons de mon errance moscovite, je sens Boris présent, dans ce pays de sa jeunesse. Moscou.

Au bout dix jours, les événements se précipitent, tout ferme.

L’Europe annonce un confinement, les frontières se bouclent, je dois partir précipitamment.

Cette fois je rentre bredouille, sans les témoignages espérés. J’ai eu le temps de marcher sur la terre russe, et c’était important pour moi. L’enquête devient plus impalpable, c’est peut-être ce que je cherche à présent, une invisible trame, l’aile du papillon, les liens souterrains.

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