Boris, 1985

Douna Loup · Chapitre 13 sur 53

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Boris, 1985

10 février 2019

 

Nous roulons des centaines de kilomètres.

Nous respirons l’air de Pennsylvanie lors des arrêts dans les stations-services. Nous regardons le continent déplier un peu de son mystère. Les terres dont parle Henri Bauchau dans Le Régiment noir se rapprochent. Des noms indiens apparaissent sur les panneaux de signalisation. Sentir la puissance et l’horreur de l’histoire des États-Unis comme si c’était une matière palpable. Pouvoir et douleur, émancipation et domination. Nous faisons une pause d’une journée à Washington. Nous visitons le Museum of African American History. Il faut être solide pour tenir debout dans ce musée. Pour ma part, c’est en fauteuil roulant que je passe des fonds de cale des bateaux remplis d’esclaves aux bus de la ségrégation. Ce musée nous secoue les tripes.

Ma fille de dix ans écrit un article sur son blog pour raconter notre visite et finit par ces mots : «Heureusement ils se sont révoltés et ont gagné même s’il y a eu malheureusement beaucoup de massacres horribles ! Maintenant il n’y a plus d’esclavage, mais du racisme il y en a toujours.»

Le lendemain avant de repartir nous rencontrons Anna, la fille d’Olga. Elle a longuement aidé sa mère dans ses recherches et son combat pour la vérité sur la disparition de Boris. Elle a fait avec elle tous les voyages au Chili, toutes les rencontres officielles. Et puis un jour elle s’est réveillée, elle a regardé sa vie, elle a vu que cette quête occupait toute la place, tout son temps, toute sa tête, et elle a eu besoin d’autre chose. Elle avait vingt-huit ans. Elle avait besoin de sentir la vie.

Aujourd’hui elle espère avoir un enfant, mais pour l’instant, dit-elle en me souriant, il se fait attendre.

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