Boris, 1985
Santiago, 9 mars 2019
J’ai rendez-vous avec Margarita Romero dans un café du centre-ville. Je commande un grand jus pressé, les filles ont envie de fraises, Margarita d’un café noir.
Margarita est la présidente de l’Association pour les Droits Humains et les Victimes de la Colonia Dignidad. Elle est aussi médecin. Toute sa vie est engagement.
Selon elle, plus de cent personnes ont trouvé la mort à la Colonia. Le cas de Boris, elle en a entendu parler. Cet Américain dont on a mystérieusement perdu la trace en janvier 1985 aux abords de la Colonia. Elle connaît bien Hernan Fernandez, l’avocat d’Olga au Chili qui a plaidé dans le procès contre les huit hommes accusés d’avoir participé à l’arrestation et au rapt de Boris. Hernan est l’avocat qui défend également les nombreuses victimes d’abus qui ont eu lieu à la Colonia. Margarita, enthousiaste à l’idée de m’aider, me promet d’obtenir un rendez-vous avec Hernan et se propose de jouer l’interprète.
La Colonia n’a jamais « fermé », s’insurge Margarita, il n’y a pas eu de perquisition sérieuse. De fouilles. Lors de la perquisition de 1996, les responsables avaient été prévenus, ils ont eu le temps de faire disparaître des preuves. L’immense terrain n’a jamais été exploré. Cela reste une zone privée, fermée. Et l’État ne fait rien. Nous militons, nous nous battons dans les procès, nous interpellons la justice mais rien ne bouge. Les enfants de ceux qui ont torturé et collaboré avec Pinochet transforment les bâtiments de torture en résidence touristique, et on les laisse mener leurs affaires sans aucun souci. Voilà la justice de mon pays aujourd’hui, une volonté de statu quo.
Nous avons quand même obtenu une chose, ditelle, en janvier 2019, l’ouverture au public des archives perquisitionnées à la Colonia en 2000 et 2005. Elles avaient été à la disposition du juge Zepeda lors d’un procès, puis stockées dans les locaux de la police d’investigation chilienne. Elles sont depuis peu ouvertes sur demande. D’ailleurs si tu le veux, là aussi je peux t’aider à prendre rendez-vous.
Je sens que j’ai une alliée, et pas des moindres, pour ma première matinée à Santiago. C’est encourageant.
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