Boris, 1985
Santiago du Chili, 8 mars 2019
Neuf heures d’avion nous séparent de Santiago. On s’envole, on dort, on mange, on ne dort pas, j’essaye mais je n’y arrive pas et je prends toute la place avec ma jambe alors mes filles ne dorment pas non plus, et on est épuisées, mais on arrive, l’Amérique du Sud est sous nos pieds, la chaleur nous enveloppe d’un coup, c’est une cape douce, et en taxi nous filons à l’adresse indiquée. Nous sommes accueillies par Claudia et sa famille grâce au réseau d’hébergement chez l’habitant, Couchsurfing. Nous dévorons une pastèque, la maison de Claudia est dans un quartier populaire, en face de la Población de la Victoria, célèbre quartier de résistance. Il y a une petite cour devant la maison. Des musiques s’élèvent de partout, ça surenchérit de rythmes, de mélopées, de radios, nous sommes le 8 mars 2019 et pendant que nous nous installons dans la maison, que nous atterrissons dans cette saison estivale sans transition, pendant ce temps ce sont près de deux millions de femmes (selon les organisateurs) qui défilent dans les rues de Santiago, cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu une aussi grande manifestation dans le pays, sans incidents, sans violence ni scandale. Mais un flux décidé et puissant de femmes, de chants et de visages, et dans les rues de la ville demain nous en verrons les traces violettes sur de nombreux murs, LA HUELGA GENERAL FEMINISTA ¡VA ! Nous sommes avec elles de loin, nous frémissons de chaleur sur la terrasse, nous savourons nos corps dénudés d’un seul coup, nous dormons comme des reines épuisées cette nuit-là, et le lendemain au matin, je sens que mon corps en entier est là. Que je suis arrivée, le Chili nous entoure.
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