Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 9
9
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Rider
J’envoie un texto à mon groupe de révisions. De toute évidence, cette histoire va prendre plus de temps que je ne pensais. Rendez-vous ce soir, du coup.
Olly sort un bloc-notes.
— Si on procède par élimination, Trevor est hors course, et Tank aussi, car Bree lui couperait les couilles s’il avait un bébé avec une autre.
Tout le monde éclate de rire, Bree saisit le visage de son petit ami pour le couvrir de baisers.
— C’est vrai, ça, bébou. Tu signerais ton arrêt de mort, mais tu ne ferais jamais ça, hein ?
— Évidemment que non, ma puce.
Tous les autres font semblant de vomir. Je tourne la tête. C’est d’un gnangnan…
— Très bien. Ça nous laisse Ben, Knox, Package et Olly.
Olly pousse un cri étranglé, je le fais taire d’un regard. C’est peut-être un geek, mais il a eu pas mal de succès l’an passé. Qu’il n’essaie pas d’échapper à notre petite enquête. Knox, lui, est tout vert.
Ben plisse les yeux.
— Et toi ?
Avec un haussement d’épaules, je réponds :
— Ce n’est pas ma fille.
— Comment tu le sais ?
Je lance un regard à Gabby. Une fois de plus, elle évite tout contact visuel avec moi. Je me retourne vers son frère, qui vient officiellement de se faire un ennemi.
— Parce que je le sais. Je n’ai jamais…
La vache, pourquoi je transpire à ce point ? Je baisse d’un ton et j’ajoute :
— Je ne m’envoie jamais en l’air sans capote.
— Moi non plus.
Et c’est parti pour un concert de « Moi non plus », « Pareil », « Jamais de la vie ».
La tête dans les mains, je me dis que j’aimerais retourner sous ma couette et oublier toute cette histoire, ce serait l’extase.
— Très bien. Admettons qu’un de nos spermatozoïdes de compétition soit quand même passé entre les mailles du filet.
Pourvu que ce ne soit pas l’un des miens, pitié, pitié…
— Comment faire un test de paternité sans aller à l’hôpital, avouer qu’on a déconné et créer un scandale qui va filer une crise cardiaque à Sully ? Charming est une petite ville. Hier, tout le monde ne parlait que de notre victoire. Ça nous détournerait de la compétition. Si cette histoire sort, les gens voudront savoir lequel d’entre a été suffisamment débile pour mettre une fille enceinte sans s’en apercevoir.
Personne n’ose répondre.
Si quelqu’un sait comment fonctionnent les petites villes, c’est bien moi. Et plutôt crever que de laisser ma réputation être ruinée. Charming m’a offert beaucoup de choses. Je serais effondré qu’on m’en prive.
— C’est dingue, Kingston, s’exclame Ben en levant les mains. Quelqu’un dépose un bébé devant notre porte, et on est train de se demander si l’un d’entre nous est le père, sérieux ? On devrait surtout contacter les services sociaux, ils savent s’occuper des gamins.
Derrière nous, un cri de surprise attire notre attention. Gabby s’est recroquevillée au-dessus de Poppy, comme pour la protéger.
— Tu appellerais les services sociaux, Ben ?
Sa voix n’est plus qu’un murmure quand elle ajoute :
— Après ce qui m’est arrivé, tu appellerais ces gens-là ?
Son expression déclenche en moi une vague de regret, au point que je dois croiser les bras pour m’empêcher de traverser la pièce et la serrer contre moi. Ça me désole de ne pas avoir été là pour elle, pendant tout ce temps. J’étais noyé jusqu’au cou dans mes propres soucis. Résultat : je n’ai pas pris une seule seconde pour me demander ce qu’elle avait dû endurer, alors qu’elle n’avait personne sur qui compter dans sa famille.
Nos regards vont de Gabby à son frère, et vice versa.
— Ce n’est pas la même chose, Gabriela.
— Si, c’est la même chose, Benjamin.
Ils se toisent en silence un long moment, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que Tank toussote.
— Excuse-moi, Gabby, mais ça t’ennuierait de nous expliquer ce qui s’est passé ? Les potes et moi, on voudrait se faire une idée et décider en toute connaissance de cause.
Gabby cherche le regard de Bree, qui prend un air compatissant.
— Désolée, ma belle. À mon avis, il a raison. Si tu sais des choses qui pourraient éclairer la situation, ça arrangerait tout le monde.
Voir Gabby serrer la mâchoire me fend le cœur. Pourquoi l’obliger à revivre cet épisode si douloureux de sa vie ? Finalement, elle explique :
— Notre père est mort quand on était tout petits, et notre mère est morte dans un accident de voiture alors que j’avais huit ans et Ben, sept. Il a été adopté par notre oncle, qui ne voulait pas d’une autre fille. Donc j’ai été confiée aux services sociaux jusqu’à ce qu’une famille d’accueil se décide à me prendre en charge. Presque quatre ans plus tard.
C’est pas vrai… Elle m’avait raconté une partie de l’histoire durant cet automne où nous étions si souvent ensemble mais, maintenant, tout s’éclaire.
À l’époque, elle donnait l’impression que son passage entre les mains des services sociaux n’avait pas été si horrible que ça. Mais à en juger par la douleur que je viens de lire dans ses yeux, je me rends compte qu’elle essayait simplement de garder la tête haute.
Qu’est-ce que tu croyais, Rider ? Évidemment qu’on en bave, dans une situation pareille !
Brusquement, Ben se met à faire les cent pas dans la pièce.
— Ce n’est pas juste, Gabby. Tío Julio ne pouvait pas assumer un enfant supplémentaire. Ce n’était pas contre toi.
Elle ricane avant de battre rapidement des paupières. Pour refouler ses larmes, ça se voit.
— Mais bien sûr. Raconte-toi ce que tu veux si ça t’aide à dormir, Ben.
Son frère pâlit mais ne réagit pas.
Bree s’approche de Gabby et les serre dans ses bras, elle et le bébé.
— Oh non, ma chérie. Je suis tellement désolée. Ça a dû être affreux.
Lorsque Bree relâche son étreinte, Gabby secoue la tête.
— Ben, si c’est ta fille, tu ne peux pas la confier aux services sociaux. Oublions ce que j’ai traversé. Mais j’ai entendu tellement d’histoires horribles qui sont arrivées à d’autres enfants… Ne fais pas ça. Tu ne peux pas choisir quelle famille l’accueillera. Elle tombera peut-être sur des gens formidables, ou sur des tarés qui hébergent des gosses pour toucher leur chèque, voire pire. Crois-moi quand je te dis que ce n’est pas un risque à prendre.
Tous les poils de ma nuque se hérissent. C’est plus qu’une mise en garde.
Après un silence pesant, Gabby pose une main tremblante sur sa poitrine.
— Ben, si c’est ta fille, je t’aiderai, d’accord ? C’est promis. Je sais que tu as ta carrière de footballeur et… et tout le reste. Mais je t’aiderai. Je ferai tout ce que tu veux pour qu’elle ne finisse pas dans les rouages des services sociaux.
Waouh. J’ai le cœur en miettes.
Certains de mes colocs écrasent une larme. Et j’ai moi aussi la gorge serrée, difficile de dire le contraire.
Ben secoue la tête mais répond doucement :
— Et si ce n’est pas ma fille ? Si personne ici n’est son père ?
D’un geste, il désigne l’ensemble de notre groupe.
— On fait quoi ? On ne peut pas garder un gosse comme ça.
Elle hoche lentement la tête et prend une grande inspiration qui la fait frissonner.
— Oui, il faudra appeler les autorités, si aucun de vous n’est le père de cette petite.
Mon regard croise celui de Tank, je le vois acquiescer.
Pourvu que je n’aie pas à regretter cette décision… Mais je suis d’accord avec Gabby.
— On est tous OK ? Personne ne souhaite que Poppy soit confiée aux services sociaux si l’un d’entre nous est son père ?
Ça me ferait chier de la laisser partir, même si elle n’a aucun lien avec nous, mais ce n’est pas comme si notre coloc de fêtards pouvait assumer une responsabilité pareille.
Tout le monde approuve. Même Ben finit par dire oui.
Bree caresse la nuque de Gabby et remarque :
— Il faut forcément aller à l’hôpital pour faire un test ADN, il n’y a pas d’autre solution ?
— Ça ne se vend pas en pharmacie, ces trucs-là ?
Olly se gratte la tête.
— Même si c’est le cas, je doute qu’on puisse passer par celles de Charming. Quelqu’un remarquera qu’on en achète cinq. L’info sera sur les réseaux sociaux avant qu’on ait le temps de payer.
J’acquiesce :
— Il a raison. Il faut qu’on fasse ça ailleurs qu’ici.
— Je checke ça.
Tank consulte Google aussi vite que ses doigts de géant le lui permettent.
— Tiens, regarde, ce labo propose un test abordable, on aura les résultats en deux jours. Il suffit de faire un saut à Austin. No problemo.
Pfiou, une chance ! Deux jours, c’est encore trop long à mon goût, mais au moins, la ligne d’arrivée se dessine à l’horizon.
— Super. Tank, tu t’en occupes ?
— T’inquiète, chef.
— Attendez, je ne me suis tapé personne cet été-là !
Package se lève et se met à faire des bonds partout, comme s’il célébrait un touchdown.
— Je n’ai jamais été aussi content de m’être passé de sexe pendant quelques mois. Cette fille n’est pas la mienne.
— Il t’a fallu tout ce temps pour t’en rendre compte ? ricane Ben. À propos, on devrait peut-être noter le nom des meufs avec qui on était. Écrire une liste sur un tableau, je ne sais pas.
Bonjour le malaise. Bree s’exclame :
— Ça ne se fait pas, enfin ! Et tu tiens vraiment à ce que quelqu’un prenne une photo de ton tableau et aille insulter les filles qui sont dessus ? Rédige ta petite liste dans ta tête ou sur ton portable, que ça reste privé.
Ben fronce les sourcils.
— Ouais, tu as raison. C’était idiot de ma part.
En levant le bras, le bébé pose la main pile sur le téton dressé de Gabby. Les joues de ma voisine prennent une jolie couleur rose tandis qu’elle l’écarte.
— Très bien. D’ici ce soir, vous pourriez y réfléchir ? Ça nous permettrait peut-être de savoir qui est la mère. Il faudra que tout le monde fasse son prélèvement de salive ou autre.
Les gars acquiescent.
— Et sinon, qui veut bien m’emmener faire des courses pour Poppy ?
Bree se met à taper des mains, tout excitée.
— Je t’accompagne, ça va être trop bien.
Les deux filles me regardent.
— Quoi ?
— Tu es le capitaine, répond Bree avec un sourire en coin.
— De l’équipe de football ! Où est ton maillot ?
— Tu es tellement adorable quand tu essaies d’être drôle ! Mais sérieusement, tu veux bien collecter un peu d’argent auprès de tes potes et nous conduire jusqu’au supermarché après ?
— Pourquoi je devrais vous accompagner ? J’ai un devoir à réviser et une dissert à écrire.
— Et nous, on n’a rien à faire, peut-être ? Et qui va porter tous les cartons ?
Mais qu’est-ce qu’elle raconte ? Les cartons de quoi ?
— Une gamine de six mois, ça a besoin de quoi pour tenir quelques jours ?
Les autres marmonnent qu’ils sont curieux de le savoir aussi.
Bree adresse un grand sourire à ma voisine.
— Ils ont l’air tout perdu, c’est trop mignon !
Gabby éclate de rire puis se met à compter sur ses doigts, sans lâcher la petite.
— Des couches, du lait infantile, des couvertures, un siège auto, des tétines, un parc, quelques jouets. Pour commencer.
Tout ça ?
— Pour commencer, répète Bree en croisant les bras.
— Et pour aller au supermarché sans siège bébé, on est censés faire comment ?
— Oh ! c’est tout simple. L’un de tes colocs devra surveiller la petite.
Alors là, pas question. Je préfère me taper les courses plutôt que de jouer les baby-sitters.
En entendant la réponse de Bree, mes potes ont bondi, pire que si leurs calbuts avaient pris feu.
Je lève la main.
— Rasseyez-vous, bande de trouducs. Premièrement, il me faut des sous. Partons du principe que si l’un d’entre nous est le donneur de sperme, il remboursera l’argent avancé par les autres.
À nouveau, je prie pour que ce ne soit pas moi, car comment pourrais-je financer mon alcoolique de père, ma gueule et un bébé ?
— Deuxièmement, vous pouvez surveiller Poppy à deux. Ça veut dire que quelqu’un doit garder les yeux sur elle en permanence. La petite pourrait faire des sauts périlleux en se réveillant, mâchouiller des câbles ou je ne sais quoi.
— Ce n’est pas un chiot. Mais c’est vrai, deux précautions valent mieux qu’une.
Sans prêter attention à Gabby, je poursuis :
— Et troisièmement, en cas d’urgence, appelez l’une des filles.
Gabby et Bree donnent leurs numéros, mes potes veillent à bien les enregistrer dans leurs téléphones. Perso, j’adresse un sourire moqueur à Gabby.
— Ça veut dire que tu vas débloquer mon numéro ?
Elle se tapote le menton avec l’index, l’air faussement songeuse.
— Hum, j’hésite. Les poules ont des dents, ça y est ?
Je m’esclaffe mais… pourquoi n’y a-t-il soudain plus un bruit dans la pièce ?
— Quoi ?
Ben a les poings serrés.
— Pourquoi ma sœur aurait-elle besoin de débloquer ton numéro ?
J’aimerais lui dire de s’occuper de ses fesses mais Gabby se plante devant son frère et lui tend le bébé. À contrecœur, il accepte de prendre Poppy.
— Laisse-moi t’expliquer un truc, Ben. Si tu avais été présent dans ma vie, rien qu’un tout petit peu, depuis que j’ai commencé la fac, tu connaîtrais la réponse à cette question. Mais vu que tu ne l’as pas été, malgré tous mes efforts, tu ne mérites même pas de la poser.
Et sur ces mots, Marie-Antoinette s’en va comme une reine.
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