Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 22

22

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Rider

On est loin d’une victoire flamboyante, mais vu la nuit que j’ai passée, je m’en contente.

Après avoir répondu à la presse, je suis à deux doigts de m’effondrer de fatigue. Une chance pour moi, personne n’a encore eu vent de l’existence de Poppy : je ne saurais pas comment gérer ça. Il faut vraiment que je parle à Sully. Le coach mérite de savoir. Néanmoins, je ne me sens pas prêt à avoir cette conversation aujourd’hui.

De retour au vestiaire, mes coéquipiers sont survoltés alors que nous avons gagné à l’arrache. Cal Winston, notre ailier, parade cul nu tout en se foutant de la gueule de nos adversaires, oubliant qu’ils peuvent l’entendre à travers les murs en béton.

Je baisse la voix pour m’adresser à lui.

— Mec, ils nous ont écrasés en première mi-temps, un peu de respect.

Évidemment que c’est super important, la gagne, mais le fair-play aussi. Winston ne fait peut-être son malin que dans le vestiaire, mais de temps à autre, ces propos se retrouvent dans la presse, et c’est le bad buzz assuré. Car il y a pire que passer pour un mauvais perdant, et c’est être considéré comme un vainqueur prétentieux.

Il lève les yeux au ciel.

— Tu as vu ma perf de ce soir ? Deux touchdowns. Le mec dans l’en-but était un vrai manchot. Je parie qu’il y aura ma gueule dans les émissions de sport à la télé.

Mais quel relou…

Évidemment que je l’ai vu, c’est moi qui lui ai fait ces deux passes décisives.

Tank n’avait pas envie que Winston habite avec nous, et j’ai rudement bien fait de l’écouter. Ben est peut-être distant, mais c’est loin d’être un abruti, lui.

Je tends une serviette à Winston pour qu’il couvre son engin et je lui donne une tape dans le dos.

— Tu as tout déchiré, bravo. Maintenant, redescends un peu ou tu risques de ne plus passer les portes.

Il éclate de rire puis se barre en gueulant :

— Il est l’heure d’aller pécho, mes petites chattes !

Je secoue la tête. Bon, à la douche.

Tout le monde est parti pour se lâcher et s’envoyer en l’air. Le match était peut-être serré mais je comprends l’euphorie générale. Un début de saison sans la moindre défaite au compteur, ça se fête. Mais je m’estimerai chanceux si j’arrive à ne pas m’écrouler d’épuisement.

Tout ce dont je rêve, c’est une poche de glace pour mon épaule, trois comprimés d’ibuprofène, mon lit et un silence total pour les huit ou dix heures à venir.

Je suis dans ma jeep, direction la maison, quand je me rappelle que je dois encore récupérer Poppy.

Merde. Je tape du poing sur le volant.

La culpabilité m’étreint aussitôt. Comment puis-je en vouloir à ma fille ? Je n’ai pas envie d’être ce genre d’homme.

Une dose supplémentaire de honte m’envahit quand je m’aperçois que… que je ne sais absolument pas où elle est ! J’ai laissé à Gabby le soin de décider qui s’occuperait de la petite aujourd’hui. Et malgré toute ma confiance en elle, être un parent absent me semble aussi affreux qu’un parent négligent.

Ressaisis-toi, mec.

Une fois garé sur le bord de la chaussée, je rallume mon téléphone – je le coupe toujours avant un match. Mais avec Poppy dans ma vie, je devrais sans doute arrêter.

Il me faut une bonne minute avant de trouver le dossier où figure le planning de baby-sitting mis au point par Gabby. Le fichier s’ouvre et se remplit de noms et de numéros de portable. Dans un document à part, il y a les noms classés par ordre alphabétique, avec les adresses des uns et des autres, ainsi que des commentaires sur leur expérience en matière de baby-sitting. Il est même mentionné si ces gens ont signé l’accord de confidentialité ou pas. Maintenant, l’emploi du temps est rempli, et j’ai tout à disposition, grâce à Gabby. Waouh. Un jour ou l’autre, il faudra que j’achète à cette fille une maison ou une voiture de sport pour la remercier.

En téléphonant à Bree, censée surveiller la petite en ce moment, j’apprends que Poppy a finalement passé la journée avec Gabby vu que Bree a attrapé la gastro et ne voulait pas la lui refiler. J’ai même droit à des excuses car le tableau n’a pas été actualisé.

Gabby garde la petite depuis… – un coup d’œil à ma montre – 8 h du marin. Douze heures, donc. Oh ! là, là, elle doit être aussi lessivée que moi.

Non, vraiment, il faut que je lui offre quelque chose. Hop, je fais demi-tour pour nous prendre une pizza. Le moins que je puisse faire, c’est de lui payer le repas.

J’appelle directement pour commander sa préférée. Enfin, celle qui était sa préférée à l’époque.

C’est désolant, je ne connais plus Gabby. Enfin, je connais l’essentiel. Elle est d’une intelligence incroyable et d’une rigueur à toute épreuve. Toujours surmotivée. Elle plisse le nez quand elle n’est pas sûre d’elle et a gardé ce parfum sucré de fleur d’oranger. Lorsqu’elle joue les profs avec ses tableurs et son bloc-notes, elle est sexy à mort.

Mais ce n’est que la surface. Qu’a-t-elle vécu, depuis ?

J’aimerais passer du temps avec elle pour le savoir. Si elle accepte.

J’arrive devant chez moi. J’hallucine, impossible de trouver de la place, il y a une ribambelle de bagnoles de chaque côté de la rue, ça fait le tour du pâté de maisons ! Et mes colocs qui prétendaient « inviter quelques potes, pas plus », tu parles !

À contrecœur, je me gare derrière la voiture de Gabby, dans son allée. Une fois devant le porche, je m’essuie les mains sur mon jean avant de frapper.

La porte s’ouvre, Gabby me fait aussitôt signe de me taire.

— Poppy s’est enfin endormie alors, si tu la réveilles, je t’étrangle… Je préfère te prévenir et éviter la prison.

Tandis que je ricane, elle me conduit vers le salon. La pièce n’est pas bien grande mais rangée. Un canapé rose fait face à un écran plat d’une taille modeste. Le plancher ancien brille et il n’y a pas l’ombre d’une miette sur la table basse.

— Tu dois avoir envie de vomir tellement c’est crade chez moi.

— Je n’ai rien voulu dire mais je frémis dès que tes potes parlent de laisser jouer Poppy par terre.

Je hoche lentement la tête et réponds :

— On est deux. Et si tu me prêtais une serpillère ? Je sens que j’en aurai besoin après la teuf de ce soir.

Gabby plisse le nez.

— Tu comptes la ramener chez toi ce soir ? Avec tout ce boucan ?

Encore un truc auquel je n’avais pas pensé.

Les yeux clos, je penche la tête en arrière.

— Pour être tout à fait honnête, j’avais occulté ce détail. Sans quoi, j’aurais demandé aux autres de s’ambiancer ailleurs. Je me sens con, putain…

Après un silence gênant, elle me tapote le bras.

— Avoir un bébé, c’est devoir anticiper des tas de choses. Tu… tu fais de ton mieux.

Je lui adresse un sourire épuisé.

— Merci. J’essaie, du moins.

— Hé, regarde le côté positif. Tu as gagné ton match.

Le coin de mes lèvres se relève légèrement.

— C’est vrai.

Mes yeux balaient rapidement le corps de Gabby – T-shirt moulant, pantalon de jogging, chaussettes épaisses. Les cheveux rassemblés en une queue-de-cheval. Elle ne peut quand même pas être aussi sexy alors qu’elle glande tranquillou chez elle ? Et pourtant… Ses seins étirent le tissu. Avec la lumière, je peux presque voir ses tétons.

— Tu as pu regarder le match ?

Elle détourne les yeux, se mord la lèvre puis hausse les épaules.

— J’en ai peut-être vu un bout.

— Hum…

Le fait qu’un simple soupir arrive à m’exciter me rappelle que je n’ai pas fait l’amour depuis longtemps.

Je cherche Poppy avant de déconner. En sautant sur la personne qui me sauve la mise depuis plus d’une semaine, par exemple.

— Je l’ai couchée dans ma chambre.

D’un mouvement de tête, Gabby désigne une porte entrouverte. Une fois la pizza déposée sur la table basse, je la suis.

Un rai de lumière tombe sur ma fille allongée dans son parc, enveloppée comme un burrito. Dans un murmure, je glisse :

— Tu es arrivée à la faire dormir là-dedans ?

Dire que j’ai été obligé de la bercer contre moi toute la nuit. C’est un miracle que j’aie pu réussir mes passes pendant le match.

Entretemps, nous voilà de retour dans le salon.

— Je l’ai portée pendant une bonne partie de la journée. Elle était aussi contre moi quand je bossais, c’est ce que tu as fini par faire la nuit dernière, pas vrai ?

— Elle me collait littéralement.

— Comme on l’a rassurée tous les deux, elle n’a plus autant besoin de contact. Alors ma foi… beau travail.

Gabby me sourit gentiment, une envie impérieuse de l’embrasser s’empare de moi.

Je laisse échapper un soupir. Il faut vraiment que j’enclenche le mode platonique.

— Tu as faim ? Je t’ai pris ta pizza préférée.

Elle reste muette quelques secondes avant de répondre :

— Tu te rappelles celle que je préfère ?

— N’aie pas l’air si surprise, on en a partagé quelques-unes, à l’époque.

Je soulève le couvercle du carton.

— Poivrons, olives noires et champignons.

— Je croyais que tu détestais les champignons.

Elle observe notre repas puis se tourne vers moi.

— Quelqu’un m’a convaincu que c’était très bon sur une pizza.

Inutile de préciser que c’est même devenu l’une de mes garnitures favorites.

— J’ignorais que j’avais le pouvoir de faire évoluer ton regard sur le monde.

Avec un grand éclat de rire, elle prend des assiettes en carton pour nous servir puis me tend ma part. Un bref aller-retour à la cuisine pour nous chercher deux cocas et elle se pose sur le canapé. Je la rejoins.

Il y a un documentaire à la télé.

— Tu aimes toujours ça, les trucs d’intello, hein ?

Elle remonte ses lunettes sur son nez et sourit à nouveau.

— Il y a des choses qui ne changent pas.

— Et tes colocs, elles sont où ? Tu en as deux, pas vrai ?

D’un coup, le sourire de Gabby s’efface.

— L’une est sortie, et l’autre…

Nouveau haussement d’épaules. Bon, passons.

— Bree m’a dit que vous kiffez votre cours de littérature anglaise.

À ces mots, ses yeux s’éclairent.

— C’est génial ! On a lu Avec vue sur l’Arno la semaine dernière et on a regardé le film qui en a été tiré, j’adore les deux.

Elle pousse un soupir de bonheur.

Bizarrement, j’ai l’impression qu’elle baisse enfin sa garde. Être à ses côtés réchauffe tout mon corps, comme si j’avais le soleil près de moi. C’est la première fois qu’il m’arrive un truc pareil ! J’étais rincé après le match, mais sa présence m’a fait reprendre du poil de la bête.

Mon cœur se serre. Nous étions si proches, à l’époque…

— Honnêtement, si j’ai réussi mes partiels en première année, c’est grâce à toi.

Lorsque nos regards se croisent, je sais que j’ai eu tort de dire ça.

— Évitons de rouvrir la boîte à souvenirs, d’accord ? Histoire de ne pas me miner le moral.

Gabby repose son assiette et ajoute :

— Écoute, Rider, je veux bien t’aider à t’occuper de Poppy, mais je ne me sens pas capable de faire ça.

Ça. Ce qu’on est en train de faire, là, maintenant, en somme.

Pff, je ne suis pas foutu de le décrire avec des mots. Seule certitude : je veux redevenir ami avec cette fille.

Tout à coup, elle se lève.

— Gabby, attends. S’il te plaît.

Lorsqu’elle se retourne vers moi, son visage n’exprime qu’une immense méfiance. Je me déteste d’avoir laissé ce doute s’immiscer en elle.

Il est temps d’arranger les choses.

Un bail que ça aurait dû être fait, d’ailleurs.

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