Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 57
57
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Rider
Planté sur une chaise au premier rang, j’attends de parler avec mon prof. Un rapide coup d’œil à la pendule et je sors mon portable pour prévenir Gabby que je ne pourrai pas la retrouver pour déjeuner. Mais quand je l’allume, une dizaine de messages s’affichent aussitôt. Ouh là, il a dû se passer un truc.
J’espère qu’il n’est rien arrivé à Poppy ! L’estomac noué, je fais défiler les textos, mais ça n’a pas l’air de la concerner. Pour autant, le ton alarmant des SMS ne me rassure pas, loin de là.
Va voir le coach à son bureau, il est vénère. – Tank
Frérot, c’est la merde. Ramène-toi. – Olly
Alerte généraaaale. – Knox
Mec, t où ? – Ben
Le message de Ben me fait comprendre que c’est grave. Il s’est mis en silence radio depuis que je suis avec sa sœur. Il reste sympa et tout, mais il se contente du minimum syndical. Quand notre dernier match de ce week-end sera passé, je compte bien comprendre ce que ça cache. Mais comme il a peut-être envie de me casser la gueule, j’ai gardé mes distances jusqu’ici, pour le bien de l’équipe. Les prises de tête inutiles, j’essaie d’éviter.
Mais à en juger par ce flot de messages, c’est mal barré.
J’étais en cours, j’arrive. Qu’est-ce qui se passe ?
Mon rendez-vous avec le prof attendra demain. Dix minutes plus tard, je me gare devant le complexe sportif sans aucune réponse de mes colocs à mon SMS. Ça me stresse encore plus !
Une fois à l’intérieur de la salle de muscu, j’aperçois Knox et Olly qui sont dans le bureau du coach et mes autres colocs devant sa porte, comme des lycéens convoqués chez le principal.
Winston s’arrête en plein soulevé de terre pour m’interpeller :
— Mec, tu es dans une de ces merdes ! Et c’est toi qui me disais que je devais respecter les femmes ? C’est la charité qui se fout de l’hôpital.
Du bout du couloir, Trevor braille :
— Mais non, c’est le contraire, abruti ! Et tu ne sais pas de quoi il s’agit, alors ferme-la.
Pas le temps de les questionner car le coach passe la tête hors de son bureau et beugle :
— Kingston, ramène-toi, tout de suite !
Oh ! bordel…
En quatre ans, Sully ne m’a jamais parlé comme ça.
Quand j’avance vers la porte, Tank murmure d’un air triste :
— Le coach nous a pris nos téléphones.
Lorsque la fin approche, notre vie défile devant nos yeux, à ce qu’il paraît. Et d’après le visage de Sully, il doit rêver de nous étrangler.
Une foule de pensées me traverse l’esprit tandis que j’entre dans son bureau.
Ce n’est pas à cause de Knox et de ses plants de marijuana, quand même ? Je l’ai vu détruire ces saloperies l’été dernier.
Olly a cessé de rédiger des disserts pour les autres joueurs. Je lui ai même fait jurer qu’il ne recommencerait pas.
Et ça fait plusieurs mois que j’ai dit à tout le monde d’arrêter de prendre des bains de bière.
Sully compte peut-être nous parler des soirées. Non, à une ou deux exceptions près, mes colocs n’ont jamais trop forcé sur l’alcool.
Ou alors, c’est encore autre chose. J’ai donné des billets pour les matchs en échange d’heures de baby-sitting. Chaque joueur reçoit quatre tickets pour chaque match à domicile. Ai-je enfreint les règles de ma bourse d’études en faisant ça ? Si je la perds…
Il reste un match avant la fin de la saison régulière. Un seul, putain ! Qu’est-ce que j’ai fait ? Comment ai-je pu tout foirer si près des phases finales ?
— Ferme la porte.
La voix de Sully est glaciale.
Je m’exécute avant de m’asseoir à côté d’Olly et Knox, qui ont l’air à deux doigts de faire dans leur froc. J’imagine très bien ce qu’ils ressentent.
Le coach grogne :
— Qu’est-ce que j’avais dit en début de saison ? L’un d’entre vous s’en souvient ?
Olly s’éclaircit la gorge :
— Vous avez dit…
— C’était une question rhétorique, pas la peine de la ramener.
— Bien sûr, monsieur, désolé.
Après un long silence, le coach laisse échapper un soupir.
— Je vous ai demandé d’éviter de vous attirer des ennuis. D’être des hommes de valeur. De m’épargner une crise cardiaque avant ma retraite.
Mon cœur bat tellement fort que je l’entends presque. Là, dans ma gorge.
Sully secoue la tête.
— Imaginez ma surprise ce matin quand j’ai reçu un coup de fil de cette chaîne de sport qui voulait que je réagisse à ça.
De son doigt calleux, il pousse une feuille sur son bureau.
C’est un article tiré d’un site de potins en lien avec le sport.
Paternité surprise chez les leaders du championnat universitaire
Poppy. Le poing serré, je rêve d’étrangler l’enfoiré qui est allé pêcher cette info. Je parcours l’article, l’estomac en vrac.
La semaine dernière, nous avons appris qu’un bébé Bronco avait rejoint l’équipe de football du Lone Star College de Charming. Le joueur star a récemment admis qu’il est l’heureux papa d’une petite fille de six mois. Mais ce qu’il a oublié de nous dire, c’est qu’elle a littéralement atterri sur le pas de sa porte. Et comme aucun des occupants de la maison ne savait qui était le père, chacun d’eux a dû effectuer un test de paternité. De nombreuses conquêtes sont passées par le Repaire des Étalons, au point que nos sportifs fêtards en ont perdu le compte…
Bordel de merde.
L’article de blog est assorti de photos. De gens en train de danser, pour la plupart, mais l’une d’elles me montre avec Gabby en équilibre sur mon épaule – c’était ce fameux soir où elle avait accepté de venir s’amuser chez nous. Fort heureusement, aucun nom n’est mentionné.
— Coach, je peux tout expliquer.
Sully tape sur son bureau.
— Il y a intérêt. Une heure que mon téléphone n’arrête pas de sonner. Tes colocs m’ont donné leur version, j’aimerais bien entendre la tienne.
Merde… Pourvu que ce soit raccord.
Je lui raconte toute l’histoire, dans les moindres détails – à partir du moment où Olly m’a réveillé en passant par l’organisation du baby-sitting par les filles, sans oublier la séance de prélèvement d’ADN avec Gabby aux commandes.
— Je suis venu vous voir dès que j’ai su que j’étais le père, quasi. Le jour où je vous ai demandé conseil.
La vache, je transpire de ouf. Je m’essuie le front et j’ajoute :
— D’accord, je n’ai pas parlé de ces tests, mais j’étais gêné. Les autres aussi. Et nous avions décidé que si Poppy était effectivement la fille de l’un d’entre nous, les services sociaux resteraient en dehors de tout ça. L’une de mes amies a fait un passage en famille d’accueil, nous n’avions pas envie que Poppy subisse les mêmes traumas qu’elle. Voilà.
J’observe la feuille d’un œil noir. Bizarrement, elle ne prend pas feu. Et pourtant, je suis en train de bouillir.
— Puis nous voulions vous éviter les soucis avant votre départ à la retraite.
Sully se frotte la tempe.
— Et la mère de la petite ? Tu… tu sais qui c’est, hein ?
Une chance qu’Adele ait débarqué chez nous hier soir en mode tornade, même si elle était prête à me tailler en pièces.
— Oui, je sais qui c’est.
Enfin. Je toussote. Hors de question d’avouer ce détail, mais je sens que si je ne le fais pas, ce sera pire. Surtout si le coach découvre la vérité.
— Pour être honnête avec vous, je ne l’ai pas su tout de suite.
Je m’empresse d’évoquer cette fête en plein été… et les brownies du cosmos de Cricket.
Le nez baissé, Sully rumine toutes ces informations un long moment.
— Vous avez été drogués à votre insu, en un sens, dit-il en frottant la ride creusée entre ses sourcils.
Hum… Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle.
— À mon avis, il n’y avait aucune intention malveillante de la part de Cricket.
Enfin, j’espère.
— C’est entièrement ma faute.
Je dirais même que c’était la pire décision de ma v… non, une minute. Comment puis-je regretter d’avoir Poppy ? D’accord, j’ai du mal à garder la tête hors de l’eau car ma vie est partie en vrille depuis qu’elle y est entrée. Seulement, voilà : je l’adore, mon gremlin. Alors certes, je ne suis pas fier de ce qui s’est passé ce fameux week-end, mais si c’était à refaire, je le referais.
— Et maintenant, où est la mère de la petite ?
— Elle est en Californie pour récolter de la beuh. Mais avant de partir, elle a décidé de me déposer notre fille.
Ça me fait tout drôle de dire « notre » fille, mais je ne dois pas oublier que je ne suis que la moitié de l’équation.
Sully hausse les sourcils.
— Alors celle-là, on ne me l’avait jamais faite.
— Pareil pour moi, coach. Mais l’arrière-grand-mère de la petite pourra tout vous confirmer.
Il laisse échapper un soupir et agite un doigt en direction de mes deux colocs.
— Tic et Tac, attendez dans le couloir et informez les autres qu’ils peuvent récupérer leurs portables.
Je me retrouve seul avec Sully, il lâche un second soupir, plein de lassitude.
— Tu me les brises avec tes histoires. Une chance que tu sois un bon quarterback.
J’ai envie de sourire, mais il n’est pas d’humeur.
— Merci, coach. Désolé de vous causer tous ces soucis.
Je me frotte le visage.
— Ce n’est pas l’impression que ça renvoie, je sais, mais j’ai vraiment essayé de faire profil bas pendant la saison et je me suis donné du mal pour prendre soin de ma fille et avoir de bons résultats en cours.
— C’est bien, fiston.
Les mains croisées sur son bureau, Sully secoue la tête.
— J’aurais préféré que tu me racontes tout dès la première fois où tu m’en as parlé, histoire que je puisse me préparer au cas où l’info sortirait. Mais je comprends pourquoi tu ne l’as pas fait et je te crois, sache-le.
À ces mots, ma gorge se serre. Là d’où je viens, personne ne m’a jamais cru. Et personne n’a jamais cru en moi. Cet homme le fait, depuis le début. Plus je mûris, plus je me rends compte qu’il n’y a rien de plus précieux que la confiance, dans ce bas monde.
Mon entraîneur fait défiler une flopée de messages.
— Bon, j’aimerais bien te dire que tu es tiré d’affaire, mais je dois en parler au directeur de la fac, les médias n’arrêtent pas de le solliciter.
L’angoisse s’empare de moi.
— Je risque d’avoir des problèmes avec la fac ?
— Difficile de te répondre maintenant. C’est possible. Nous en saurons plus jeudi lors de la réunion du conseil de discipline.
Mon estomac est à deux doigts de se liquéfier. Aussitôt après, Sully me porte le coup de grâce.
— Il y a de grandes chances que Meyers soit titulaire, ce samedi.
Meyers. Mon remplaçant, qui n’a quasiment pas joué cette saison. Ils vont le lancer en début de match contre nos principaux rivaux, invaincus eux aussi ?
— C’est sérieux ?
Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ?
— Désolé, mais si tu n’es pas autorisé à jouer, j’ai besoin d’un plan B. On va voir comment réagit la presse cette semaine. Ce ne sera peut-être pas si terrible. En attendant, j’espère le meilleur et je me prépare au pire.
Sully a les lèvres pincées, il semble accuser le coup.
— À mon avis, tu devrais en faire autant.
J’acquiesce d’un mouvement de tête, mais pourquoi le cacher ? J’ai peur que ma carrière ait été foutue en l’air, en l’espace d’une nuit, tout ça parce que j’ai mangé les brownies à la beuh d’une inconnue.
Comment suis-je censé subvenir aux besoins de ma fille si je suis fauché et viré de la fac ?
Sully continue de parler, mais tout ce que j’entends, c’est que mon rêve de toujours vient peut-être de s’envoler.
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