Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 69
69
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Gabby
À force de me retourner dans tous les sens dans mon lit, je finis enroulée entre les draps. Il est près de 3 heures du mat et je n’ai pas dû dormir plus de dix minutes.
Avec un grognement, je repousse les couvertures et je vais dans la cuisine boire un verre d’eau. De retour dans ma chambre, je me plante devant la fenêtre.
La soirée d’Halloween me revient en mémoire, je revois toutes ces voitures garées dans la rue et les beuglements qui s’échappaient de la maison des footballeurs. J’étais tellement en colère que j’étais sortie en peignoir et pantoufles.
Ça me ferait marrer si Rider ne me manquait pas autant.
Est-ce que tout serait différent, là, maintenant, si j’étais restée chez moi, cette nuit-là ? Est-ce que nous aurions renoué, Rider et moi ? Est-ce qu’ils auraient gardé Poppy après l’avoir trouvée ? Ou aurait-elle été confiée aux services sociaux ?
Au moins, elle a une famille qui ne souhaite pas s’en séparer. Adele et Rider seraient prêts à se battre pour élever cette petite. Elle en a, de la chance.
J’attrape un plaid que j’enroule autour de mes épaules.
Pour la première fois depuis longtemps, je me sens vraiment seule. Maintenant que mon rêve de bosser à l’Archer Academy s’est effondré, je me demande ce que je vais faire de mon existence une fois diplômée. Et où je vais vivre.
Tante Carmen n’a aucune envie que je remette les pieds chez elle. Ben est pris par ses études. On ne peut pas dire que j’aie l’embarras du choix.
Au fond de moi, l’Archer Academy était comme un point d’ancrage. Je m’y serais sentie à ma place. J’en avais besoin. Avec la promesse de ce boulot, je n’aurais pas eu à m’inquiéter pour la suite.
Maintenant, en revanche… j’ai l’impression que je pourrais disparaître, et que tout le monde s’en ficherait.
Une partie de moi espère que ce sera tellement sympa avec Kat et Tori qu’elles me demanderont de revenir après mon diplôme… mais c’est du pur délire. Elles m’ont gentiment invitée pour les fêtes, rien de plus. Puis elles vivent dans des ranchs paumés au milieu de nulle part. Alors pour trouver un poste d’enseignante là-bas…
Je regarde la maison des footballeurs.
Si je jette un petit coup d’œil, où est le mal ? Rider n’en saura rien. Il est 3 heures du mat, il dort forcément.
J’écarte un peu plus le rideau et je me rapproche pour apercevoir sa fenêtre.
La lumière est allumée. Il n’en faut pas plus pour que mon cœur se mette à battre la chamade.
Poppy a un souci ? Il stresse à cause du match de demain ? Ou à cause de la fac ?
Est-ce que je devrais lui laisser une seconde chance ? Si c’est ce qu’il veut…
Je pourrais arrêter de me faire des nœuds au cerveau et écouter ses messages.
Est-ce un aveu de faiblesse ? Je ne sais plus. J’avais besoin d’espace pour voir clair dans tout ce qui s’est passé cette semaine.
L’idée d’entendre la voix de Rider me procure une sensation douce-amère. Je suis obligée de m’appuyer contre le mur.
Je suis quand même capable d’écouter des messages, non ?
Je déglutis avec peine et regagne mon lit. Où est mon portable ?
Sept appels manqués. Cinq SMS. Trois messages vocaux.
D’ordinaire, Rider ne me laisse jamais de vocaux.
Les textos sont tous de lui, et ils datent de jeudi. Il me demande si je suis dispo, il dit qu’il a besoin de me parler, il aimerait que je lui réponde. Car il a une bonne nouvelle à m’annoncer.
Il a dû m’envoyer tout ça après son conseil de discipline.
D’une main tremblante, j’appuie sur lecture.
« Salut, c’est moi. Appelle-moi quand tu auras un moment. Il faut qu’on discute. Je, euh… je voudrais m’excuser. »
Le son de sa voix, profonde, grave et rauque, me donne la chair de poule.
Le deuxième message est du même ordre.
Le dernier date d’hier soir, tard.
« Gabby, s’il te plaît, rappelle-moi. Je voulais te remercier d’avoir demandé à Adele d’intervenir. Je te dois tant. Une fois de plus, tu as volé à mon secours. Je suis passé chez toi… »
Rider marque une courte pause, je retiens presque mon souffle en attendant qu’il poursuive.
« Je comptais m’excuser de vive voix d’avoir été aussi con, l’autre jour, mais j’ai peur que tu refuses de m’accorder cette chance, alors je te laisse ce message. J’espère que tu me pardonneras. Je suis tellement désolé que tu aies été virée d’Archer à cause de mes conneries, on vient de me l’apprendre. Je te promets de me rattraper si tu me laisses une chance. Et je comprends totalement pourquoi tu te méfiais autant de Miranda. Tu avais raison, et j’ai été débile de ne pas m’en rendre compte. »
Tout à coup, la voix de Rider n’est plus qu’un murmure.
« J’ai mes problèmes, moi aussi, mais… ce n’est pas une excuse. »
Un silence à nouveau, puis je l’entends soupirer.
« S’il te plaît, crois-moi, il ne s’est rien passé avec Miranda. Quand on a recommencé à se parler, toi et moi, c’était fini avec elle, depuis longtemps, et ça n’a pas changé. En tout cas, tu avais vu juste : je pense qu’elle me manipulait. Mais je n’aurais jamais fait quoi que ce soit dans ton dos, je n’aurais jamais trahi ta confiance. J’espère que… »
Soudain, le message s’arrête. Mon répondeur est plein !
Bordel de…
Tout mon corps tremble. L’adrénaline, c’est clair. Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour le rappeler ?
Je fonce à nouveau vers la fenêtre, mon portable à la main.
Sauf que la lumière de sa chambre est éteinte.
C’est demain qu’il dispute le plus gros match de sa vie. Tu ne peux pas l’appeler ou lui écrire un SMS à 3 heures du mat, Gabriela.
Frustrée, je me recouche en priant pour savoir quoi faire demain matin. Et si je lui téléphonais avant qu’il parte pour le stade ?
Je ferme les yeux avec cette idée en tête.
Quand je les rouvre, quelque chose me paraît bizarre. Merde, mais j’ai loupé mon réveil ! Il est super tard, toutes les voitures garées sur le trottoir d’en face ont disparu.
Ils sont tous partis pour le match.
Je regarde la maison de Rider, avec ce sentiment de vide qui ne cesse de grandir.
Une petite partie de moi se demande si ce n’est pas mieux comme ça.
Rider va rejoindre une équipe pro en mai et il s’en ira. Ce n’est pas comme s’il m’avait juré un amour éternel dans ses messages. Il n’a même pas évoqué le fameux mot qui commence par A. Il s’en veut de ce qui s’est passé et sans doute qu’il se sent redevable que je l’aie aidé en envoyant Adele à la rescousse. Il est reconnaissant. Rien de plus.
Et je ne peux pas oublier ce qu’il a dit à son père.
Car selon toute vraisemblance, c’est ce qu’il ressent. On s’entend très bien et il sait que j’adore sa fille, donc il ne veut pas tout gâcher. Du moins, tant qu’il est là. Tant qu’il est encore à la fac. Pour les quelques mois à venir.
Mais ça ne veut pas dire qu’il m’aime. Ou qu’il m’aimera.
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