Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 25
25
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Rider
Juste amis ?
Mais qu’est-ce qui m’a pris ?
Un regard à Gabby et je regretterais presque de tenir ma fille.
Je salive. Et pas seulement parce qu’elle vient de me préparer un buñuelo maison qui a littéralement fondu dans ma bouche.
Je lèche la cannelle en poudre sur mes lèvres tout en l’observant s’affairer dans la cuisine.
Gabby remonte ses lunettes sur son nez et me présente les articles de bain disposés à côté de l’évier qu’elle a récuré à fond. Elle a relevé ses cheveux en un chignon légèrement de travers et porte un T-shirt et un short en jean. Je ne l’ai jamais vue dans une tenue aussi sexy.
— Rider, tu m’écoutes ?
— Euh… oui, désolé.
— La chose la plus importante à retenir, c’est d’avoir l’essentiel prêt à l’emploi et à portée de main avant de commencer. Tu ne peux pas la lâcher des yeux une seule seconde.
Elle me déleste de Poppy afin de la déshabiller.
— À ta place, je ne laisserais personne d’autre lui donner le bain. La noyade est la première cause de mortalité chez les enfants de moins de quatre ans.
Un frisson glacé descend le long de ma colonne vertébrale.
— Quoi ?
Elle me regarde d’une telle façon… À se demander si elle ne lit pas dans mes pensées.
— Nous avons une piscine et un jacuzzi. Sans aucune clôture ni barrière pour enfants.
Ça ne réjouit pas Gabby.
— Pour le moment, elle ne risque pas de courir à droite, à gauche, mais ce ne serait pas du luxe d’en toucher deux mots aux personnes qui viennent garder la petite chez toi. Peut-être qu’elles devraient éviter de l’emmener dans le jardin.
— Possible, oui.
— On pourrait aussi installer des portes de sécurité, ça permettrait de délimiter certaines zones rien que pour elle.
— Pas bête ! C’est une bonne idée.
Nous nous sourions, et je me demande si je n’ai pas été frappé d’amnésie pendant ma première année. Sinon, pour quelle raison aurais-je volontairement évincé cette fille de mon existence ? J’ai fréquenté de nombreuses nanas, mais Gabby est la seule qui m’ait mis dans cet état. C’est comme si sa présence me transformait. Elle me rend meilleur. Plus solide.
Un bruit retentit brusquement derrière nous. C’est la coloc de Gabby, celle qui ressemble à Mercredi Addams. Elle empile des cartons dans l’entrée. Sienna et Ramona sont vraiment le jour et la nuit. Sienna étant partie, il ne reste que cette fille qui me fusille des yeux.
Je souffle à Gabby :
— Elle me déteste ou je rêve ?
— Non, non, tu ne rêves pas, murmure-t-elle.
— Comment ça se fait ?
Ramona nous lance un regard noir et retourne dans sa chambre.
— Des footballeurs l’ont harcelée à l’époque du lycée, elle vous considère tous comme des connards.
Pff. Je la comprends. Il faut vraiment être le dernier des abrutis pour harceler quelqu’un.
Je profite du moment où elle ressort de sa piaule pour l’interpeller :
— Hé, Ramona, j’ai deux tickets pour notre prochain match. Si ça t’intéresse, ce serait, euh… pour te remercier de m’avoir laissé squatter votre canapé.
Ses yeux me foudroient pendant dix bonnes secondes, puis elle répond :
— Ah oui ? Eh bien, tu sais où tu peux te les fourrer.
Et elle disparaît dans le couloir.
— Ça pique un peu.
Gabby me gratifie d’un sourire compatissant.
— C’était super gentil de ta part.
Il y a tant de douceur dans son regard… Alors quand elle accroche son petit doigt au mien, je suis sûr que j’ai fait le bon choix, malgré le vent que vient de me mettre sa coloc.
Tout à coup, un liquide chaud m’asperge le bras. Nous tournons la tête. Poppy est en train d’agiter ses jambes potelées.
— Oh ! là, là !
Gabby éclate de rire et rabat une couche sur Poppy.
— Désolée. Tu ne sais rien des bébés tant qu’on ne t’a pas fait pipi dessus.
Tout en rigolant, j’éponge les dégâts avec un essuie-tout en papier.
Après m’avoir montré comment contrôler la température avec mon coude, Gabby assoit Poppy dans l’eau peu profonde. Ma fille pousse un cri strident, rit et éclabousse. Ouf, ça lui plaît.
Avec Gabby aux commandes, tout a l’air facile. Le poids immense qui m’écrase la poitrine s’allège à l’idée qu’en cas d’urgence je peux simplement traverser la rue. Car autant être lucide : en matière de gosses, je suis une vraie bille.
Je vais devoir ignorer l’attirance que j’éprouve pour elle. La marge d’erreur dont je dispose est proche de zéro. Poppy doit être ma priorité. Traduction : dans les moments où je ne suis pas auprès de ma fille, il faut penser football, football et encore football. C’est ça qui me permettra d’intégrer une équipe pro. Je dois faire abstraction du reste et me concentrer sur mon objectif. Pour moi et pour Poppy.
Le temps que la petiote soit lavée, il y a de l’eau partout. Par terre, sur le plan de travail, sur nos fringues. Nous sommes trempés. La seule qui soit toute sèche, c’est ma fille. Enveloppée dans sa grenouillère, elle essaie de manger son pied pendant que nous lui essuyons les cheveux avec une serviette.
Le spectacle – fort agréable – de Gabby dans son T-shirt mouillé rejoint directement le panthéon de mes fantasmes. Ces seins ronds et ces tétons dressés à quelques centimètres de mes yeux m’hypnotisent, je me détourne car une partie de mon anatomie commence à manifester son excitation.
Heureusement, devoir m’occuper d’un enfant me calme aussitôt.
Alors que nous discutons tranquillement, je demande :
— Et le tutorat, comment ça va ? Je ne te vois plus au bureau d’accueil.
C’est là que les étudiants volontaires attendent leurs petits protégés.
Ses lèvres roses se tordent en une grimace. Elle ouvre la bouche mais se ravise illico.
— Quoi ? Il s’est passé un truc ?
Elle laisse échapper un soupir puis finit par dire :
— Tu te rappelles quand j’ai eu mon souci au mois de mai ?
Je suis soulagé que Gabby aborde le sujet. Moi qui voulais tellement lui demander de ses nouvelles. Ça m’avait foutu la trouille de la voir tomber dans les pommes. Une minute plus tôt, tout allait bien, elle marchait vers sa voiture sans m’accorder la moindre attention. Je l’ai vue chercher ses clés, passer un doigt sur son sourcil. Et en un clin d’œil, pouf, elle était par terre.
Alors sûr que je m’en rappelle !
— Ça va mieux depuis ?
Avec un hochement de tête, elle cale la petite sur sa hanche.
— Oui, plus ou moins, mais j’ai dû lever le pied, au boulot. Je téléphonais tous les jours, comme on est censé le faire, mais la fille qui prenait les messages ne les a jamais transmis à mon patron. Et j’ai été virée.
— Pff, ça craint. Tu es une super tutrice !
Ce n’est pas pour faire de la lèche, Gabby s’impliquait vraiment auprès des étudiants qu’on lui confiait. Avec elle, tout devenait simple et compréhensible. Je n’ai jamais eu l’impression qu’elle me faisait la leçon. Jamais. Même si son cerveau tourne à mille à l’heure et le mien… un peu moins vite, disons.
— Merci, ça me touche beaucoup.
Elle sourit timidement. Mes yeux se posent alors sur sa bouche et une irrésistible envie de l’embrasser me saisit. Lorsqu’elle s’éclaircit la gorge, son visage prend une jolie teinte rose.
— Je te dois des excuses, moi aussi.
Je hausse un sourcil.
— Des excuses, pourquoi ?
Cette fois, Gabby a le visage cramoisi.
— De t’avoir claqué la porte au nez, au mois de mai. Ce… c’était adorable de m’apporter des fleurs. Je n’aurais pas dû être aussi malpolie.
Je secoue la tête. Elle est tellement belle, ce n’est vraiment pas évident de garder mes distances.
— T’inquiète. Si tu as eu la force de claquer cette porte, c’est que tu allais mieux. C’est tout ce qui m’importait. Mais rassure-moi, cette histoire est derrière toi, hein ?
Elle acquiesce, et nous nous retrouvons les yeux dans les yeux. Est-ce que les choses auraient été différentes si j’avais partagé mes problèmes avec elle ? Si je n’avais pas fui ? Nous serions ensemble à l’heure qu’il est. À cette idée, tout mon corps s’embrase.
La sonnette de l’entrée m’arrache à l’hébétement dans lequel m’a plongé Gabby.
— Tu la prends ? demande-t-elle en me passant la petite.
C’est vrai, j’ai une fille. Je dois me concentrer sur elle.
Tout en faisant sauter Poppy dans mes bras, j’arpente le salon en me répétant que si ça n’a pas marché entre Gabby et moi, ce n’est pas sans raison. Nous vivions dans des univers différents. Et ce sera sans doute toujours le cas.
— Qu’est-ce que tu fais là ?
L’agacement dans la voix de Gabby attire mon attention.
Ce crétin de Jason est planté sur le perron. Il tient deux cafés. Tout mon corps se crispe. Surtout qu’il commence à se rincer l’œil.
J’ai le droit d’espérer qu’elle lui referme la porte au nez, ou pas ?
— Je comptais me faire pardonner pour le week-end dernier. Tout est allé de travers, et je m’en veux. Tu n’as pas répondu à mes SMS et puis tu as bloqué mon numéro. J’aimerais simplement m’expliquer.
Gabby a remarqué qu’il mate son T-shirt mouillé car elle croise les bras.
— Jason, on se connaît peu, mais je suis sûre d’une chose : entre nous, ça ne marchera jamais.
Voilà ce qui s’appelle être cash. Mais elle parle sans hausser le ton, alors que ce débile ne mérite pas sa compassion.
— Comment peux-tu dire ça ?
— S’il y avait quelque chose entre nous, tu n’aurais pas plongé ta langue dans la bouche d’une autre meuf dix minutes après m’avoir déposée.
Quelle ordure.
Gabby s’apprête à fermer la porte mais il tend le bras pour la retenir.
— Ma belle, ce n’est pas ce que tu crois !
Arrête de l’appeler comme ça, ducon. Et si tu fais encore un pas vers elle, je t’en colle une.
— Jason, je m’en fiche. Tu étais avec quelqu’un d’autre, je trouve que ça en dit long. Tape-toi qui tu veux, libre à toi. Mais laisse-moi en dehors de ça, s’il te plaît.
— Mais… on n’a jamais eu cette fameuse conversation. Celle où on décide officiellement d’être… exclusifs ou je ne sais quoi.
— Tu sais quoi ? À mon avis, quand tu rencontres quelqu’un avec qui tu veux vraiment être, il n’y a pas besoin de ta fameuse conversation. Si tu trouves la bonne personne, l’idée de te taper quelqu’un d’autre te fait gerber.
Elle hausse les épaules et ajoute :
— En ce qui me concerne, je veux être avec quelqu’un qui me fait confiance et qui décide que c’est du sérieux, même sans discussion de ce genre. Car dans son cœur, il sait ce qu’il veut et n’en a pas peur.
C’est fou ce qu’elle est belle. J’adore le caractère de cette femme.
Soudain, Jason m’aperçoit dans la pièce.
— Attends, tu sors avec Kingston, maintenant ? Ne le prends pas mal, mec, hein. Super match hier, au fait. Monstrueuse, cette deuxième mi-temps !
Non mais sérieux, ce mec…
Gabby secoue la tête.
— Je peux sortir avec qui ça me chante, ce ne sont pas tes affaires. Et puis Rider et moi, nous sommes voisins.
L’autre andouille doit percevoir un truc dans mes yeux car son visage se ferme.
— Comment peux-tu être avec lui plutôt qu’avec moi ? Il a dû passer la semaine dernière à se taper une fille différente tous les soirs.
Désolé, connard, j’étais au lit avec ma main, merci bien.
— La vie sexuelle de Rider ne me concerne pas. Et toi non plus.
Est-ce que c’est mal si j’aimerais que ça la regarde ?
Jason réplique d’un ton sifflant :
— Tu n’as pas l’air de savoir de ce qui se passe chez lui, surtout pendant les soirées. Tu connais le surnom de la salle de bains du premier étage ? « Le palais de la pipe. » Il ne sera fidèle à aucune nana.
Oh ! l’enfoiré ! Il n’a pas intérêt à se repointer chez nous, celui-là.
Je fais rebondir Poppy sur mes genoux pour éviter de me lever et de répondre à ma manière. J’ai un tas de défauts, mais tromper quelqu’un, ce n’est pas mon genre. Après les sales coups que ma mère a faits à mon père, je serais incapable de me regarder dans un miroir si je l’imitais.
— Rider est libre de coucher avec qui il veut, vu que nous ne sortons pas ensemble. Et maintenant, dégage d’ici.
Libre de coucher avec qui il veut…
Très peu pour moi, à vrai dire. L’idée de passer la nuit avec des filles que je connais à peine ne me tente absolument pas. Me contenter d’avoir des plans cul me met mal à l’aise, ces temps-ci.
Je rumine ce que vient de dire Gabby. Pas la peine d’avoir une conversation pour s’engager avec une personne si on souhaite vraiment être avec elle…
Je commence à me demander si Gabby applique ce précepte, elle aussi.
De toute façon, je ne suis pas en mesure de lui courir après. Même si ce n’est pas l’envie qui me manque.
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