Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 32

32

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Rider

Il est presque 11 heures du soir quand j’arrive enfin chez Gabby. Entre ce match qui m’a rincé et le trajet pour rentrer à Charming, j’ai fait une bonne sieste dans le bus. Et me voilà sur son perron, en pleine forme.

Je n’arrête pas de penser à cette victoire, c’était oufissime de gagner de cette façon. Ça me ferait plaisir de fêter ça avec mes potes.

Certains de nos voisins sont sortis pour saluer notre arrivée, et mes colocs se garent dans l’allée. Quelques minutes plus tard, notre maison s’illumine, il y a de la musique à donf et des tas de gens se massent devant notre porte.

Je n’ai pas eu le cœur d’obliger mes colocs à passer la soirée ailleurs à cause de Poppy. Je doute qu’ils picolent beaucoup, il s’agit surtout de relâcher la pression. Olly m’a proposé de dormir avec la petite chez son frère, lui-même étant avec sa copine. En tout cas, impossible de ramener Poppy à la maison si mes potes ont envie de s’ambiancer.

Ça me fait tout drôle de ne pas être au centre de l’attention ce soir. De passer mon tour parce que je dois récupérer mon petit gremlin. Elle me manque tellement, il faut dire ! J’espère que sa journée s’est bien déroulée. Gabs aurait certainement appelé s’il y avait eu le moindre souci.

Mais tout de même je serais content de m’offrir une soirée de détente après m’être défoncé toute la semaine.

Ce que je vis avec Poppy me fait penser à mes propres parents. Je n’ai pas reçu un seul appel de mon père aujourd’hui. Pas de SMS non plus. Pourquoi continuer d’espérer qu’il s’intéresse à ma carrière ? S’il ne l’a pas fait jusqu’ici, il ne le fera jamais. Je sais déjà que ma mère est une cause perdue. Un jour, j’arriverai peut-être à regarder tout ça d’un œil indifférent.

Tous mes coéquipiers ont profité du trajet pour appeler leurs parents et leurs copines. Certains proches ont même fait le déplacement jusque dans l’Oklahoma pour nous encourager, bordel !

Je me demande comment je réagirais si j’avais mon propre comité de soutien, tiens.

Quand Gabby ouvre la porte, elle m’adresse un large sourire. Soudain, le poids immense qui m’écrasait depuis l’heure du départ n’est plus qu’un lointain souvenir. Un simple regard à cette fille a suffi.

— Waouh, quel match ! Je suis tellement heureuse pour toi !

La suite m’échappe. Est-ce moi qui la prends dans mes bras ou elle qui me prend dans les siens ? Peu importe : dès qu’elle se retrouve contre moi, je la serre fort et je ferme les yeux. C’est si bon de la sentir tout près. Le nez plongé dans son cou, je respire son parfum de fleur d’oranger.

— J’en conclus que tu as regardé le match.

— À ton avis ? Je ne pouvais pas manquer ça.

D’un coup, je me sens mieux. Je la fais tournoyer sous le porche pendant qu’elle éclate de rire. Lorsque je la repose, mes mains restent sur sa taille fine et les siennes sur mes épaules.

— On ne voyait que toi sur ESPN, j’ai tout enregistré pour que tu puisses regarder.

Brusquement, la voix de Gabby n’est plus qu’un murmure, comme si elle me confiait un secret.

— À ce qu’il paraît, tu es même en lice pour le trophée Heisman du meilleur joueur du championnat universitaire.

Je ne relève pas. Aucune envie de penser à tout ce qui pourrait aller de travers. Parfois, j’ai l’impression qu’au moindre faux pas, mon univers entier va s’écrouler.

— Les journalistes en font des caisses, comme d’hab. La route est encore longue.

— Rider…

Voilà qu’elle prend cette mine sévère d’enseignante qui a le don de m’exciter instantanément.

— Vous avez enchaîné dix victoires d’affilée. Pas une seule défaite. Vous jouez des matchs importants depuis le début de l’année. Savoure un peu, il faut célébrer ça.

Même si évoquer le trophée Heisman m’a mis mal à l’aise, cette fille au caractère déterminé sait me rendre le sourire.

Gabby jette un coup d’œil par-dessus mon épaule. Aussitôt, son visage se ferme. Elle vient de voir la grosse fête qui s’organise.

— Tu, euh… tu veux rejoindre tes colocs ?

Elle se dégage de mon étreinte, ramène les pans de son gilet autour d’elle et croise les bras.

— Pas de problème en ce qui me concerne. Je… je peux garder Poppy cette nuit. Sienna est là, elle me tiendra compagnie.

En même pas deux secondes, ma décision est prise. J’adorerais rejoindre mes potes, mais je me rends compte que c’est avec Gabby que j’ai envie de passer du temps. C’est avec elle que j’ai envie de fêter cette victoire.

La tête de sa coloc apparaît dans l’encadrement de la porte. L’excitation qu’on lit sur son visage est à mourir de rire.

— Ohé, Rider ! Ça va ? Dites, si vous voulez boire quelques bières en face, je peux surveiller Poppy d’amour pour vous. Je prendrai le babyphone dans ma chambre. Essayez juste d’être de retour assez tôt demain matin car j’ai un brunch de prévu.

— Et ton mec, alors ? demande Gabby. Vous ne comptiez pas vous retrouver au resto ?

Sienna hausse les épaules mais sa déception est palpable.

— C’est compromis. Il passe la soirée avec sa famille.

— Tu sors avec l’un de mes coéquipiers ?

Encore un haussement d’épaules. De toute évidence, elle a envie de répondre que oui. Le problème, c’est que personne, je dis bien personne, n’a prévu de passer la soirée avec ses proches. Dois-je lui dire la vérité ? J’hésite. Une chose est sûre : je ne l’ai jamais vue avec l’un de mes colocs, ce qui me rassure un tout petit peu. Je n’aurais pas aimé gérer une situation aussi foireuse chez moi.

Avant que je puisse répondre quoi que ce soit, elle nous fait signe de partir.

— Allez, amusez-vous bien tous les deux. Gabby, prends une bière en pensant à moi. Profite de ta dernière année !

Tout en gesticulant, elle se met à crier :

— Lâche-toi, tu es une femme liiibre !

Complètement perchée, cette fille, mais vraiment drôle. Ça me fait plaisir que Gabby ait une coloc aussi sympa. Rien à voir avec le sosie de Mercredi Addams !

Et elle est loin d’avoir tort. J’ai la vie entière pour être sérieux. Pourquoi se priver d’une soirée de détente ? D’autant que je sais que la petite est en sécurité.

Je me tourne vers Gabby et je l’attrape par la main. Évidemment que j’aimerais me rendre à cette fête, mais si elle ne se sent pas d’humeur à y aller, je serai ravi de rester avec elle ici. Cette soirée n’aura plus aucun intérêt si elle ne la partage pas avec moi.

— Qu’est-ce que tu en dis ? On passe saluer tes voisins footballeurs ? Je te ramènerai à une heure convenable, promis.

Gabby esquisse un sourire timide, mon cœur s’emballe. Je ne l’ai pas vue sourire de cette façon depuis la première année, quand nous avions l’habitude de bosser ensemble. J’adore.

— Ça te convient si je te rejoins là-bas dans vingt minutes ? J’aimerais me changer. Je dois avoir de la purée dans les cheveux.

— Comme tu veux. Je peux aller voir Poppy en vitesse ?

Le regard de Gabby s’éclaire.

— Bien sûr, entre !

Lorsque je jette un œil dans sa chambre, je découvre ma princesse recroquevillée sur elle-même et en train de dormir, un vrai petit ange.

J’aime cette enfant. Ce constat me frappe de plein fouet, j’ai presque du mal à respirer.

Cette gamine est sortie de nulle part et chamboule ma vie entière, mais Gabby a raison. Les sacrifices, les nuits sans sommeil, la fatigue : rien de tout cela ne sera vain. Poppy s’est fait une place dans mon cœur, impossible de revenir en arrière.

Sans prêter attention au nœud qui me serre la gorge, je me penche pour lui caresser le dos. Sa bouche minuscule s’arrondit comme pour téter. Adorable.

Tout bas, je murmure :

— Super, cette machine.

Gabby a commandé une espèce d’enceinte qui fait résonner dans la pièce des bruits de vagues et des cris de mouettes. Voilà sans doute pourquoi Poppy ne s’est pas réveillée quand nous avons parlé sur le pas de la porte, juste avant.

Je me retourne. Gabby est près de moi. Je la prends dans mes bras pour lui déposer un baiser sur le front, c’est plus fort que moi.

— Je reviens te chercher dans un quart d’heure ?

Elle bat des paupières. Mesure-t-elle à quel point j’ai envie d’elle ?

— On se retrouve là-bas.

Bon sang, j’ai tellement hâte.

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