Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 58
58
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Gabby
— C’est n’importe quoi !
Tank est furieux. Sur le canapé, Bree lui tapote le dos tout en me regardant d’un air inquiet.
Rider tourne comme un lion en cage dans le salon tandis que les autres se lamentent.
Même si ma conversation de cet après-midi avec Miranda et Zoe continue de me ronger, je tâche de me concentrer sur l’urgence du moment.
Les garçons ont décidé d’une réunion de crise après la séance d’entraînement… à laquelle Rider n’a pas été autorisé à participer. Mais, sitôt rentré, il s’est rendu dans la pièce qui leur sert de salle de muscu pour faire un peu de tapis roulant. Des fois qu’on le laisse jouer ce week-end.
À en juger par son tête-à-tête avec Sully, cette histoire pourrait avoir de lourdes conséquences. Il risque même d’être renvoyé de l’équipe. Pas étonnant qu’il soit dévasté.
Poppy est couchée à l’étage, et j’ai le babyphone sur mes genoux. Les autres, eux, n’en reviennent toujours pas.
— Meyers a peur de son ombre, grogne Knox. Si tu n’es pas titulaire, c’est la défaite assurée.
— Arrête de dire ça, réplique Rider en le pointant du doigt. Si je ne peux pas jouer, c’est notre meilleure carte. Vous feriez mieux de le motiver. Il sait sentir le jeu. Tout ce qu’il lui faut, c’est de la confiance. Et des gens pour croire en lui.
— Il n’est pas aussi bon que toi.
— Mais il pourrait le devenir. Écoute, quand on m’a donné le poste en première année, je n’avais pas autant d’expérience qu’aujourd’hui. Sully aurait pu m’évincer, mais il a su me motiver jusqu’à ce que je sois sûr de moi.
Tank se penche pour attraper sa canette de soda.
— Le coach est l’homme qui murmure à l’oreille de ses joueurs, c’est vrai. On est ses poulains.
— Quoi que vous pensiez de Meyers, ne soyez pas négatifs. Donnez-vous à fond, comme avec moi. Il va peut-être vous surprendre.
Un grand silence tombe sur la pièce. Jusqu’à ce que mon frère – oui, mon frère – prenne la parole.
— Ce serait comme une trahison, dit-il en se dandinant d’un air gêné. On n’est pas toujours d’accord, toi et moi…
Je le vois lancer un bref coup d’œil dans ma direction puis poursuivre :
— Mais sur le terrain, tu déchires, mec. Avec toi, on s’éclate. Je ne sais pas, c’est… On croirait que tu intègres tout ce que le coach dit pour nous le transmettre. Ce ne sera jamais pareil avec quelqu’un d’autre aux manettes. Tu es le cœur de l’équipe. Je voulais simplement que tu saches que je suis avec toi. On est tous avec toi.
Rider esquisse un sourire, le premier de la soirée. Tank renifle et lève le poing.
— C’est beau ce que tu dis, mec. Entièrement d’accord.
Il se tape la poitrine.
— Et crois-moi, ça vient de là, frérot. De là, exactement.
Après s’être éclairci la gorge, Rider acquiesce.
— Ça me touche beaucoup. Tu n’imagines pas. Inutile de le préciser, mais vous avez tous ma permission, ma bénédiction ou ce que vous voulez pour soutenir Meyers. Vous n’êtes pas en train de me trahir. Je sais que vous êtes avec moi, je ne l’oublierai jamais.
La réunion terminée, Rider s’enfonce dans le fauteuil inclinable.
— Je suis tellement crevé. Mes yeux piquent.
Lorsqu’il m’a montré l’article, j’ai failli faire une attaque en voyant cette photo de moi perchée sur son épaule, en train d’agiter un gobelet rouge comme une débile. Heureusement, aucun nom n’est cité, et l’image est légèrement floue. Je me sens presque coupable – je m’en sors plutôt bien alors que Rider est dans un sacré pétrin. Il m’a dit plusieurs fois qu’il pouvait gérer ça, mais le stress le gagne, je le vois bien.
Quelque chose continue de me chiffonner, malgré tout. Comment se fait-il qu’un blog basé à Los Angeles ait pu divulguer des informations privées sur un joueur d’une petite ville du Texas, à des centaines de kilomètres de là ? Et surtout, des informations qui faisaient l’objet d’un accord de confidentialité ? Il y a des tas de photos de Rider sur Internet, on le voit sur le terrain, en pleine soirée, en ville. Or l’auteur de l’article a dégoté une image qui n’a jamais été publiée. J’ai même fait une recherche inversée de cette photo. Et je n’ai rien trouvé.
Bree a pris des photos, mais elle me les a montrées : elles sont prises sous un autre angle. Puis elle ne s’abaisserait jamais à divulguer quoi que ce soit qui nous porterait préjudice. Je repense à cette fête, en essayant de me souvenir qui était là en dehors des joueurs. Mais comme tout ce qui m’intéressait cette nuit-là, c’était Rider…
Tandis que les garçons le plaignent, je me demande si je ne devrais pas lui parler de mon échange avec Miranda et Zoe. Mais il a l’air trop tendu pour que j’aborde le sujet. Dire qu’il pourrait être privé du plus gros match de la saison… et même se faire virer de l’équipe alors qu’il est à deux doigts de réaliser son rêve ! Le simple fait d’y penser me dévaste et atténue l’agacement que m’inspire son ex.
Je m’approche de lui pour lui caresser le genou et lui demande :
— Qu’est-ce que je peux faire ? Tu veux que j’aille te chercher à manger ?
— Non. Mais merci quand même. Je vais avaler une boisson énergisante et aller réviser. Je profiterai de mon temps libre cette semaine pour rédiger mes disserts.
Je fronce les sourcils.
— Tu galères avec les cours ? Tu m’avais dit que tu avais tout rendu à temps.
Rider doit avoir la moyenne pour garder sa bourse.
— Je galère tout le temps, Gabby. Les bonnes notes, je ne les décroche pas en claquant des doigts. Même quand je rends tout en temps et en heure, le résultat n’est jamais extraordinaire. Je ne suis pas aussi intelligent que toi.
Entendre sa voix trembler me prend au dépourvu.
Doucement, je réponds :
— Je… ce n’est pas pour t’enfoncer que je dis ça.
Les difficultés qu’il peut avoir en cours sont un sujet sensible, je le sais.
— Puis arrête, tu n’as pas à te rabaisser comme ça ! Je te propose simplement mon aide. Tu veux que je te relise ? Tu dois écrire sur quoi ? Je pourrais…
— Pas la peine. Tu ne peux pas constamment voler à mon secours et faire les choses à ma place.
Je reste pétrifiée, un mélange de colère et de tristesse me broie la poitrine. Je suis obligée de battre des paupières pour chasser les larmes qui me montent aux yeux.
— Je ne suis pas ton ennemie, Rider. Je suis avec toi.
Avec un grognement, il passe les mains dans ses cheveux.
— Désolé. C’est le stress qui parle, je ne voulais pas t’envoyer bouler. Tu as toujours été formidable avec moi.
Il m’adresse un pâle sourire auquel je ne crois pas vraiment.
C’est sa réaction habituelle dans les situations de tension. Je commence à cerner sa manière de faire. De se renfermer.
Un jour, après une dispute avec son mari, j’avais entendu la mère de ma famille d’accueil discuter avec une copine d’un bouquin qui s’appelle Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus. En résumé, quand les hommes sont stressés, inquiets ou paniqués, ils se réfugient dans leur tanière. Au lieu de se confier et de tirer les choses au clair, comme le font les femmes, ils préfèrent s’isoler.
Je n’avais alors que dix ans, je n’avais pas trop compris. Maintenant, tout s’éclaire. Rider est dans sa tanière, il se protège. C’est ce qu’il a fait en première année et aussi après nos retrouvailles, cet automne.
Une boule dans la gorge, je repense à la façon dont ça s’était terminé la dernière fois.
Le babyphone posé sur la table basse, je passe mon sac sur l’épaule.
— Tu n’as pas envie de m’avoir dans les pattes, j’ai compris.
Malgré ses excuses, ma fierté a été froissée. Je n’arrive pas à aller vers lui pour le serrer dans mes bras ou l’embrasser. C’est réciproque, d’ailleurs.
— Tout va bien se passer, tu verras.
Rider acquiesce, sans un mot.
Alors je m’en vais.
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