Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 48

48

 

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Rider

Lorsqu’un dernier coup de sifflet marque la fin de l’entraînement, je suis tellement crevé que je pourrais m’endormir debout. Heureusement que la journée de demain est libre, puisque c’est Thanksgiving !

— Pas de bêtises, les garçons. La paresse est la mère de tous les vices, nous lance Sully tandis que nous nous dirigeons vers les vestiaires.

Alors que je passe devant lui, il me tape dans le dos.

— N’oublie pas d’appliquer de la glace sur cette épaule, fiston.

— Ce sera fait, coach.

Allez savoir pourquoi, Poppy a eu besoin d’être portée pendant la moitié de la nuit. Au réveil, mon bras droit était tout ankylosé. Je suis encore en train de m’en remettre.

Le temps d’une douche chaude, j’enroule une serviette autour de ma taille et je m’écroule sur le banc.

Tout autour, certains discutent de ce qu’ils ont prévu pour la semaine.

Winston ouvre son casier.

— La meuf est tellement souple, je parie qu’elle peut s’asseoir sur mon visage, faire le pont et me sucer en même temps.

Son pote Derek et lui échangent un high five.

Bizarrement, ces deux-là sortent avec des filles géniales et ça me dépasse. En plus, dès qu’elles ont le dos tourné, ils les trompent du soir au matin. Et puis leur façon de parler d’elles…

Derek en profite pour proposer :

— Tu ne sais pas si elle a une amie célibataire ? On pourrait peut-être faire un truc à plusieurs ce week-end. Ou alors, tu partages.

Winston secoue la tête.

— Propriété privée, déso.

Maintenant que j’ai Poppy, je ne supporte plus d’entendre de telles conneries. Et je suis trop fatigué pour fermer ma gueule sans réagir.

— Tu te laves la bouche avant d’embrasser ta mère ?

Winston ricane, mais ça sonne faux.

— La tienne ne s’est plainte de rien. En fait…

Tank décide de calmer le jeu.

— Boucle-la, Winston. Ta mère à toi serait du genre à aller dans un resto étoilé avec une canette de 8,6.

Tout le monde éclate de rire. Je secoue la tête avant de murmurer :

— Ça ne se fait pas de parler aussi mal des filles. Si j’ai des fils, je ne les laisserai jamais dire des trucs pareils.

En route pour retrouver Gabby, je me lance dans des calculs savants. Comment subvenir aux besoins de Poppy dans les prochaines semaines avec le peu qu’il me reste sur mon compte en banque ? Je peux toujours essayer de vendre deux, trois bricoles pour joindre les deux bouts, mais ça risque d’être tendu.

Je n’ai pas reparlé de la visite catastrophique chez mon père. Gabby non plus. Il faut dire que nous ne nous sommes pas vraiment croisés depuis. C’est ma faute, mais je galère avec les cours, et j’ai rarement l’occasion de souffler.

Au moins, ça me laisse du temps pour digérer mon humiliation. Mais je veux voir Gabby, marre d’attendre plus longtemps. Elle me manque, un truc de fou. J’espère juste qu’elle ne me prend pas pour un gros nul. Pour commencer, je suis incapable de lui dire qui est la mère de la petite. Ensuite, c’est mon père qui lui crache à la gueule tout en se grattant les couilles. Sans parler des clopinettes que je lui verse en échange de ses heures de baby-sitting. Vraiment, c’est la grande classe !

Voilà pourquoi je fais un détour par Whiskey Road avant de rentrer chez moi. J’ai entendu Gabby dire à Sienna qu’elle adore les sandwichs du Yellow Rose, et je voudrais lui en acheter un. D’accord, ce n’est pas la façon la plus intelligente de dépenser mon argent, mais je ne vais quand même pas attendre le mois de mai pour lui faire des petits cadeaux. Faut pas exagérer.

La plupart des étudiants étant partis pour Thanksgiving, l’ambiance est plutôt calme dans le resto. Ethel, la serveuse, prend ma commande, fait éclater son chewing-gum et m’adresse un clin d’œil.

— Installe-toi, beau gosse. Je te prépare tout ça.

Ethel a l’âge d’être ma grand-mère, je préfère préciser.

Après l’avoir remerciée, je pose mes fesses sur une banquette près de l’entrée et je fais défiler l’écran de mon portable.

— Tiens, tiens, mais qui vois-je ?

Un type manque de tomber de son tabouret en m’apercevant.

Je prends une grande inspiration, prêt à signer un nouvel autographe. À mesure qu’on approche de la période des playoffs, ça devient de plus en plus fréquent.

Mais quand le type vient vers moi, je reconnais ce débile de Jason. Il a les yeux injectés de sang et son haleine empeste le whisky. Ses deux potes se placent derrière lui.

— Ce connard m’a exclu de leurs soirées ! T’y crois ? Alors que j’étais toujours à fond derrière vous, enfoiré.

Il chancelle, et son pote l’attrape par l’épaule pour qu’il garde l’équilibre.

— Vous savez qu’il s’est retrouvé avec un bébé ?

Je me raidis. Je veux bien qu’on m’insulte. Mais si on parle de ma fille…

— Il a mis une pouffe enceinte.

Jason ricane puis glisse sur le ton de la confidence :

— Ça aurait carrément pu arriver à l’un de ses colocs. Ils sont tellement cons, eux aussi !

Maîtrise-toi, maîtrise-toi. Je me le répète plusieurs fois. Pas la peine que je m’éclate la main à cause de cet abruti.

Je sais que Jason était là, lors de cette fameuse soirée d’Halloween, mais le temps que je descende de ma chambre, tout le monde était parti. N’empêche que je suis toujours à la merci d’un méga bad buzz. C’est d’ailleurs pour ça que nous avons veillé à ce que des accords de confidentialité soient signés.

Ethel m’appelle. Je me lève. Les yeux de Jason s’écarquillent lorsqu’il se rend compte que je suis nettement plus baraqué que lui.

Je me rapproche.

— À ta place, j’éviterais de colporter des rumeurs sans fondements. Car un soir, tu pourrais croiser certains de mes potes. Et je t’assure qu’ils ne te laisseraient pas repartir comme ça. Surtout si tu t’en prends à quelqu’un qu’ils aiment. Et ils aiment tous ma fille. Personne ne veut plus que tu te pointes chez nous, de toute façon.

— Je t’emmerde, mec. Attends un peu, tu vas le regretter.

Il parle d’une voix pâteuse.

Je me répète le conseil du coach. Ce serait débile de foutre en l’air tous mes efforts maintenant, il n’en vaut pas la peine. Ressaisis-toi.

La mâchoire crispée et le poing serré, j’attrape ma commande tandis que le pote de Jason pleurniche :

— Mec, tu avais besoin de l’énerver, sérieux ? Je voulais un autographe.

Dans tes rêves, trouduc.

Le temps que j’arrive chez Gabby, j’ai presque mal aux dents tellement j’avais la mâchoire contractée. Lorsque Gabby ouvre la porte, son visage s’illumine.

La voir me fait oublier ma semaine de merde, cet échange tendu avec Jason et même mon abruti de père – autant de sujets que je n’ai aucune envie d’évoquer ce soir.

Je suis tellement heureux que je la plaque littéralement contre le mur pour l’embrasser, jusqu’à ce que Sienna se mette à scander :

— Et c’est parti, ouais, ouais !

Je ris, non sans gêne.

— Désolé. Je ne t’avais pas vue.

— Ne faites pas attention à moi, je profitais du spectacle.

J’échange un regard avec Gabby, et nous éclatons de rire. Je l’embrasse à nouveau – tant qu’à faire – puis me penche pour ramasser le sac en papier que j’ai laissé tomber sans m’en rendre compte. Cette fille a le don de me faire perdre la tête.

— Je me suis dit que tu aurais peut-être faim.

— Je crève la dalle !

Nous vidons le sac dans la cuisine. Une chance, le sandwich était bien emballé et n’a pas souffert de sa chute.

— J’adore leur recette. Ce bon goût d’épices, on se croirait en Louisiane. Comment tu sais que j’aime ce sandwich ?

— Je suis attentif.

Je lui adresse un clin d’œil et contemple le rose qui colore ses joues.

Il est tard, malheureusement, et mon gremlin est endormi. Le temps de m’assurer que tout va bien, je regagne la cuisine où les filles discutent tranquillement.

Sienna attrape son blouson.

— Allez, je file, les p’tits loups.

— Tu ne veux pas rester avec nous ? demande Gabby. On peut partager mon sandwich, je ne mangerai jamais tout ça.

— Merci, mais j’ai rendez-vous. Soyez sages et mettez des capotes, à plus !

Sur ces mots, la tornade sort de la maison.

Je garde la tête tournée vers la porte, Gabby aussi.

— Sans filtre, la meuf, pas vrai ?

— Exact, mais ça fait partie de son charme.

Le visage de Gabby vire au rouge – à cause de l’allusion parfaitement explicite de sa coloc, logique.

Je ne lui ai pas acheté à manger pour qu’on se retrouve à poil, mais je reste ouvert à toute proposition.

Elle me sourit d’un air timide. Je m’adosse contre le plan de travail et la place entre mes jambes. Tandis qu’elle passe les mains sous mon blouson, je plonge le nez dans le creux de son cou et je respire à fond.

— Tu m’as manqué, cette semaine.

— C’est vrai ?

Ses grands yeux clairs se lèvent vers moi. Je frotte le bout de mon nez contre le sien.

— Bien sûr. Désolé de ne pas avoir été très présent.

Je secoue la tête.

— Et désolé de l’ambiance chelou depuis que nous sommes allés voir mon père.

Les bras enroulés autour de mon cou, Gabby m’embrasse.

— Alors là, aucune importance.

Elle plaque ses hanches contre les miennes. Mon corps réagit aussitôt.

— Mais tu as l’air stressé.

J’empoigne ses fesses pour la hisser sur le plan de travail.

— Moins maintenant que je suis avec toi.

Le mobile-home de Hank Kingston est à des années-lumière d’ici. Et l’opinion de Gabby n’a pas changé malgré ce qui s’est passé.

C’est incroyable.

Elle est incroyable.

Tout va tellement bien entre nous, inutile de gâcher l’ambiance en évoquant des sujets pénibles.

Elle enroule ses jambes autour de moi, et je lèche lentement sa lèvre inférieure.

— Tu connais le remède idéal contre le stress ?

Tout en posant ma question, je colle mon érection grandissante contre elle.

Gabby lève les yeux au ciel avec un sourire espiègle.

— Non, dis-moi.

— Une bonne partie de backgammon.

Un ange passe, et nous éclatons de rire.

— Pour tout t’avouer, j’ignore tout de ce jeu, mais la blague me semblait drôle.

— Mais quel comique.

La main plongée dans mes cheveux, elle m’attire pour m’embrasser.

Cette fois, je ne m’arrête pas avant de l’avoir entendue gémir mon prénom, frissonnante.

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