Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 28
28
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Gabby
En grognant, je m’étire pour atteindre la dernière traînée de compote sous la table de la cuisine. Je m’apprête à me relever quand une autre cuillerée me tombe dessus.
— Sienna, le but du jeu, c’est de lui faire manger le contenu du petit pot. Je te jure, tout est par terre. Rappelle-moi pourquoi j’ai cru que c’était une bonne idée, déjà ?
— Tu as dit qu’un bidou bien rempli l’aiderait à faire ses nuits. Ou que ça lui donnera envie de faire la grosse commission. Une chance sur deux.
Oh non, pitié, pourvu qu’elle dorme bien cette nuit.
— À mon avis, Rider a surestimé son appétit pour le week-end.
D’un mouvement de bras, je montre la pyramide de pots pour bébé qui trône sur le plan de travail. Et rien que du bio, s’il vous plaît.
— Il est trop adorable. La voilà, la vérité.
Devant le clin d’œil qu’elle me lance, je prends un air excédé. Sienna est dans la team Rider, c’est évident. Après avoir essuyé la table une fois de plus, elle regarde Poppy. La petite est sanglée dans son siège auto, vu que nous n’avons pas encore de chaise haute.
— Et tous ces mecs dans leurs blousons de football étaient trop canon. Hein, Poppy ? Hein que j’ai raison ?
Devant l’excitation de Sienna, Poppy tape dans ses menottes… et projette de la compote partout. Mon Dieu, que quelqu’un me vienne en aide.
Même si nous lui avons nouée une serviette autour du cou, Poppy est couverte – je dis bien couverte – de compote.
Sienna me donne un coup de coude.
— Tu devrais lui envoyer une photo de la petite.
— Bonne idée.
Le temps de me laver les mains, je saisis mon portable.
— Ohé, Pops, un petit sourire ! On va envoyer une photo de toi à papa, il va être tellement heureux de te voir.
Sienna et moi faisons des bonds partout dans la cuisine, pour faire sourire la petite.
Une heure plus tard, Poppy est lavée, changée et endormie. Accompagnée de Sienna, je m’affale sur le canapé en poussant un soupir d’épuisement. Je comptais préparer des churros fourrés à la crème, mais je suis totalement rincée…
— Je n’en reviens pas d’être aussi crevée, gémit ma coloc. Il n’est que 19 heures. On est censées l’aider à s’endormir, et c’est elle qui nous fait tomber de sommeil.
Avec un bâillement, j’attrape ma tasse de café.
— C’est clair, mais je dois trouver l’énergie de rédiger ma dissert avant de me coucher.
Le point positif, c’est que le sujet est passionnant – il s’agit de montrer comment l’environnement de Lucy Honeychurch l’incite à tomber amoureuse de George Emerson dans Avec vue sur l’Arno.
— Tu as des superpouvoirs. Si quelqu’un peut y arriver, c’est bien toi.
— Merci.
— De rien. Tiens, c’est pour la concentration.
Elle me tend un petit flacon marron. Je lis la liste des ingrédients. Huile de coco. Menthe poivrée. Clémentine. Basilic. D’autres extraits de plantes.
— Ce sont des huiles essentielles. Frotte quelques gouttes sur la paume de tes mains, rapproche ton visage et respire à fond, comme ça.
Elle me montre comment procéder. Pourquoi ne pas essayer ?
— Ça sent bon. Merci.
— Ma mère en avait marre de me voir faire des bonds partout à cause de la caféine, alors elle m’a branchée sur les huiles essentielles.
— Quelle excellente idée.
Perso, je ne renoncerai jamais au café – faut pas exagérer – mais c’est gentil à Sienna de me faire profiter de sa petite astuce bien-être.
Je n’aurais jamais, mais alors jamais, cru que nous deviendrions aussi proches. Avais-je eu l’intuition que nous avions des choses en commun quand elle a posé ses valises ici ? Loin de là. Je lui ai vite collé l’étiquette de la cruche fana d’ésotérisme, mais plus je passe de temps avec elle, plus j’apprécie sa conversation et son sens de l’humour. Même ses centres d’intérêt sont cool. Je n’adhère peut-être pas à tout, mais cela me donne-t-il le droit de la prendre de haut ? Non. Je ne suis pas obligée de juger tout le monde en permanence.
La semaine dernière, elle était souvent à la maison. À mon avis, elle a eu de la peine pour moi quand Ramona m’a annoncé son départ. Lorsque Rider est parti dimanche, on a bu un verre au salon, toutes les deux. Ça m’a permis de parler de cette situation si bizarre avec mon frère. Je me suis rendu compte que je n’avais pas tant d’amis que ça dans ma vie, filles et garçons confondus. Et j’aimerais que ça change.
L’écran de son portable s’éclaire. Elle se précipite pour lire le SMS, les yeux brillant d’impatience.
— Tu comptes enfin me dire comment il s’appelle ?
— Si ça devient sérieux, oui.
Hum. Bizarre, ça…
— Tu m’avais affirmé que c’était juste pour le sexe.
— C’est le cas, avoue-t-elle avec un soupir. Bon, d’accord, l’adolescente en moi aimerait partager davantage, mais il ne tient pas à aller plus loin. Tu as déjà pratiqué les aventures sans prise de tête ?
— Non. Le truc, c’est que mon dernier copain – mon seul copain sérieux, plus exactement – n’était pas si sérieux que ça. Nous n’allions pas voir ailleurs, nous étions complices et tout, mais je savais qu’il partirait après avoir décroché son diplôme, que ce n’était pas la peine de s’engager davantage.
— Tu vois, tu penses que les plans occasionnels, ce n’est pas pour toi, mais c’est pourtant ce que tu as fait avec ton ex. Tu étais consciente que votre relation était sans avenir, alors tu t’es éclatée tant que c’était possible. Les relations durables, c’est formidable pour les gens qui cherchent le grand amour, mais on peut s’offrir un peu de compagnie en attendant ! Ça ne fait pas de mal !
Hum… Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. « Un peu de compagnie. » J’en aurais bien besoin en ce moment, tiens.
— J’attends davantage. Des sentiments plus profonds. Mais pour l’instant, ça ne se déroule pas vraiment comme je l’espère.
— J’avoue, c’est encore mieux quand c’est profond.
Je prends un air outré, et elle enchaîne :
— Je peux te poser une question personnelle ?
Comme si toute cette conversation n’était pas assez personnelle. J’ai l’impression que Sienna peut parler de sexe sans la moindre gêne.
Me voyant acquiescer, elle ouvre une page Internet sur son portable.
— Tu as déjà eu un orgasme grâce au point G ? Je me demande si ce machin vaut le coup.
Elle me montre l’image d’un sextoy rose bonbon aux allures de banane.
Je penche la tête.
— Tu es sûre que ce n’est pas un instrument de torture du Moyen Âge ?
— Ne te laisse pas impressionner par la forme. C’est comme quand un mec fait ce fameux truc avec deux doigts. Enfin, je crois.
Mouais.
Mon incompréhension ne doit pas lui échapper car elle lève deux doigts et les agite d’avant en arrière. Je me sens rougir. Je sais que des tas de filles adorent parler de cul – du moins, c’est ce que laissent entendre les magazines qui trônent près de la caisse à l’épicerie –, mais je n’ai jamais été suffisamment proche de quelqu’un pour aborder ce sujet.
— S’il te plaît, dis-moi que ton ex t’a fait ça. Tout contre ton point G. Peut-être pendant un cunni ? Oh ! là, là, ça, c’est le top du top.
L’air extatique qu’elle prend me laisse rêveuse.
— Je, euh… Ce n’était pas trop notre truc, le sexe oral.
Sean n’aimait pas tellement ça, que ce soit pour donner ou recevoir. Et pourtant, il m’est arrivé d’essayer, par curiosité, mais il me disait préférer le bon vieux missionnaire. J’ai tâché de ne pas le prendre personnellement, mais chaque fois que j’entends les femmes affirmer que les mecs raffolent des fellations, je me demande si je ne m’y prenais pas mal. Peut-être qu’il était trop gentil pour me le dire.
— Non mais j’hallucine ! s’exclame ma coloc. Il t’a donné des orgasmes, au moins ?
Après avoir réfléchi un peu, j’acquiesce.
— Oui. Quelquefois.
— Tu n’as pas l’air sûre de toi.
L’écran de son portable s’éclaire à nouveau. Certainement son footballeur car je la vois se dandiner sur son siège.
— Ça t’ennuie si on reprend cette conversation plus tard ? J’aimerais lui montrer que je me défends bien en sextos.
Comment ne pas éclater de rire devant tant d’assurance ? J’adore cette meuf.
— Bien sûr. Vas-y.
Sienna dans sa chambre, j’attrape mon portable et je regarde ce sextoy qu’elle a repéré. Au bout de quelques minutes d’hésitation, je décide qu’il est peut-être temps de prendre mon plaisir en main. Au minimum, j’aimerais savoir de quoi elle parlait.
Et pendant que j’appuie sur « Acheter », je me pose une question. Est-ce qu’un vibromasseur peut être considéré comme de la compagnie ?
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