Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 37
37
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Gabby
— Hé.
Je ne bronche pas.
Rider me soulève et me cale contre son torse avant d’enrouler les bras autour de moi.
— Ça va aller.
Bizarrement, cette démonstration d’affection alors que nous ne sommes sans doute que des amis me touche en plein cœur, et je sens ma gorge se serrer.
— N’essaie pas d’être gentil avec moi ou je vais chialer.
Il me caresse le dos, et je me laisse aller contre lui.
— Ce serait plus facile que je sois un connard ?
Il embrasse mon front. Mes yeux piquent.
— Oui, dis-je en reniflant.
Tout son corps tressaute quand il rit mais, au bout d’un moment, il se calme.
— Désolé pour ce qui vient de se passer. J’aurais dû fermer la porte à clé, mais je crois que je me suis laissé emporter.
Il s’est laissé emporter. Et c’est moi qui ai provoqué ça. Cette idée me console un peu.
Je n’ai pas spécialement envie de parler de mon frère alors que je suis enroulée dans un drap et qu’il va me falloir traverser cette maison, le nez baissé. Mais je suis trop énervée pour garder ça sur le cœur.
— On était tellement proches, gamins. Quand j’étais petite, je disais que Ben était mon jumeau. Et maintenant… maintenant, il se moque de ce qui m’arrive.
La main de Rider poursuit ses va-et-vient sur mon dos.
— Hum.
— Quoi ?
Je renifle à nouveau en essuyant rageusement mes yeux.
— Je doute qu’il se moque de ce qui t’arrive. Il n’aurait jamais voulu me casser la gueule, sinon. Ben n’est pas du genre à montrer ses émotions. Il verrouille absolument tout. Sauf quand ça te concerne. Je ne l’ai jamais vu aussi énervé.
Rider interrompt ses caresses pour m’attirer à lui. Je pose la tête sur son épaule.
— Je sais que vous en avez bavé quand vous étiez jeunes. Il a peut-être besoin d’en parler à quelqu’un.
J’acquiesce en ravalant les sanglots qui menacent d’éclater. Là, maintenant, je ferais n’importe quoi – je dis bien n’importe quoi – pour pouvoir me confier à ma mère. Lui demander comment combler ce fossé qui me sépare de Ben. Et à présent qu’il vient de me voir dans la situation la plus gênante qui soit, je me sens vraiment humiliée.
Rider semble comprendre que j’ai besoin d’une minute pour me ressaisir. Quand je suis sûre que je ne vais pas éclater en sanglots, je me redresse et je lui lance un coup d’œil hésitant.
De toute façon, le moment est mal choisi pour craquer nerveusement après ce qui s’est passé entre nous cette nuit.
— Bon, ben… je ferais mieux d’y aller.
Avant qu’il puisse répondre, je m’écarte d’un bond et ramasse mes vêtements éparpillés aux quatre coins de la pièce. Il m’appelle mais je l’ignore. Trop gênée pour le regarder. Sitôt que la porte de la salle de bains s’est refermée derrière moi, j’ai envie d’y rester cachée.
Qu’est-ce qui m’a pris de coucher avec Rider ? Il habite en face de chez moi. Je le verrai sans arrêt avec d’autres filles. Je n’ai jamais pleuré à cause de Sean. Pas une seule fois. Il ne m’a jamais procuré d’émotions intenses. Oui, c’était agréable d’être avec lui – autant qu’un bain chaud, une boîte de chocolats ou une tasse de thé quand il fait froid.
Rider, lui, c’est un ouragan. Un cataclysme. Un précipice dans lequel des tas de filles seraient prêtes à se jeter pour une nuit avec lui.
C’est-à-dire exactement ce que j’ai fait. À moi d’en assumer les conséquences, maintenant.
Je me rhabille au plus vite.
Pour finir, je me regarde dans le miroir. Des yeux de raton-laveur m’observent dans le reflet. Quant à mes cheveux, on dirait un nid d’hirondelles.
Avec ma jupe presque en lambeaux, je suis le sosie de Katy Perry dans ce clip où elle essaie de survivre au cœur d’une jungle. Enfin, sans le maquillage impeccable ni la bande-son.
Après avoir tenté d’effacer mes traces de mascara avec un morceau de papier toilette et de me recoiffer pour ne pas donner l’impression d’avoir été agressée par Edward aux mains d’argent, j’inspire un grand coup et je replace mes lunettes. La main sur la poignée de la porte, je m’encourage. On a couché ensemble. Rien d’extraordinaire. Il fait ça tout le temps. Tu peux craquer à la maison si tu veux. Mais pas ici.
Rider est toujours assis au bord du matelas. Il porte un jean et une chemise noire à manches longues et se tient les coudes sur les genoux, mains croisées sous son menton.
Il lève les yeux vers moi, et je me redresse.
— Tu es prête ?
J’acquiesce lentement, encore plus troublée lorsqu’il se met debout pour me raccompagner.
Moi qui pensais me barrer en courant…
Nous prenons l’escalier du fond, celui qui donne dans la cuisine. Où tous ses colocs sont en train de traîner. Dont mon frère.
Knox siffle tout bas.
— J’en connais un qui a dû s’éclater cette nuit.
Il mate ma jupe, à moitié déchirée sur le côté.
— Vous n’avez pas fait semblant, hein ?
— Arrête ça tout de suite et ferme-la.
Rider pose la main dans mon dos, et Tank écarte Knox du passage.
— Ignore-le. Il n’a pas été bien dressé, il continue de pisser sur les meubles.
Il me tend un grand gobelet avec un large sourire.
— Café avec supplément crème et sucre allégé. Comme tu aimes.
— Merci, c’est sympa.
Parfait, cette diversion va peut-être dissiper cette tension insupportable. Et Tank est vraiment adorable, comment fait-il pour connaître un détail pareil ?
Mon frère a les bras croisés et regarde ostensiblement ailleurs que dans notre direction. C’est la goutte d’eau.
Je m’adresse aux autres colocs de Rider.
— Hé, les gars, on est encore amis, non ? Ce que je fais dans ma vie personnelle ne change rien.
Trevor me fait un clin d’œil.
— Tu auras toujours ta place dans mon cœur.
Tous acquiescent. Sauf mon frère, tourné vers la fenêtre.
— Non mais sérieux, Ben, comment j’étais censée deviner que tu te souciais de moi ? De ce que je fais ou du mec avec qui je sors ?
Mes tempes bourdonnent à cause de tout ce que j’ai ingurgité hier soir… et de mon envie de coller mon poing dans la tronche de mon frère.
Avec un soupir agacé, il se tourne vers Rider et lance :
— Avec qui tu sors ? Vous êtes ensemble, vraiment ?
— Dis-toi que c’est un euphémisme, OK ? Pour ton bien, je précise. Ce que je fais avec Rider ne te concerne absolument pas. C’est mon ami, et il n’a pas à subir ta mauvaise humeur.
Knox prend un énorme morceau de bagel, passe un bras autour des épaules de Ben, raide comme un piquet, et lui lance, la bouche pleine :
— Elle utilise des mots stylés, ta frangine. Tu sais ce que c’est un « euphémisme », toi ?
Ben se dégage brusquement tandis que Tank ricane.
— Fais un peu marcher tes deux neurones, tu trouveras tout seul.
Alors que je me dirige vers la porte, mon frère se plante devant moi.
— J’essaie simplement de veiller sur toi. Ce n’est pas l’impression que ça donne, mais c’est la vérité.
— Et ta façon de le faire, c’est de m’humilier devant tes colocs ?
Rider est de nouveau auprès de moi. Ben et lui se fusillent du regard puis mon frère pointe un doigt accusateur.
— Que les choses soient claires. Quand Miranda ou d’autres meufs passeront te voir dans les heures, les jours ou les semaines qui viennent, tu leur diras de partir ou pas ? Parce que ma sœur mérite de savoir ce qui l’attend si elle couche avec toi. Elle ne sera qu’une parmi tant d’autres.
— Pauvre con, je te déteste !
Je l’écarte de mon chemin et je fonce vers la porte, sans me retourner quand Rider crie mon nom.
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