Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 56
56
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Gabby
À la cinquième sonnerie, quelqu’un se décide à décrocher.
— Larissa, c’est toi ? Gabby à l’appareil.
— Gabby ! s’écrie ma cousine.
Ça fait si longtemps que je n’ai pas entendu sa voix haut perchée, j’en ai les larmes aux yeux, direct.
— Tu m’as manqué ! Pourquoi tu ne viens pas nous voir ?
Parce que ta maman ne veut pas créer de « situations gênantes ». Parce que son mec est un connard.
Une grande inspiration et je m’essuie les yeux.
— Avec la fac, je suis très prise, ma chérie. Tu sais que je viendrais tout le temps si ça ne tenait qu’à moi. Tu vas bien ? Ta sœur aussi ? Tu as reçu les cadeaux que je t’ai envoyés cet été pour ton anniversaire ?
— Oui, merci ! J’ai adoré le kit de bijoux. Je t’ai fabriqué un bracelet mais maman dit qu’elle n’a pas ton adresse.
— Je peux te la donner.
Pas sûre que j’arrive un jour à digérer l’attitude de tante Carmen. Seulement, je ne peux pas rester fâchée après elle. Elle m’a quand même sortie des foyers d’accueil.
Oh ! si ça se trouve, elle m’avait recueillie dans le seul but d’avoir une baby-sitteuse gratos sous la main. N’empêche qu’en vivant chez elle j’étais en sécurité pour la première fois depuis la mort de ma mère. J’étais tellement heureuse d’avoir un toit. Alors m’occuper d’une enfant de trois ans ne me posait aucun problème.
Ma conversation avec Larissa se poursuit pendant quelques minutes. Mais très vite, des bruits résonnent en arrière-plan et la voix de Carmen retentit.
— Gabby, ça fait plaisir de te parler.
La formule est sympa, mais ça sonne faux. Larissa doit être juste à côté.
— Coucou, tía. Comment tu vas ?
Elle reste muette de longues secondes, sûrement le temps de se mettre à l’écart car j’entends une porte se refermer. Et aussitôt, sa voix change.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as besoin d’un truc ?
Pas la peine de demander si elle est toujours avec Bobby. Le fait qu’elle soit si désagréable est déjà une réponse.
— Non, je… je voulais juste faire un coucou aux filles et voir si je pouvais passer au moment des fêtes de fin d’année. J’ai des cadeaux de Noël pour elles.
La voix de ma tante n’est plus qu’un murmure :
— À mon avis, ce n’est pas une bonne idée. Elles sont vraiment perturbées depuis ton départ.
C’est moi qui suis vraiment perturbée depuis mon départ, car j’ai été bannie de sa maison.
Malgré tout, ça me dévaste que Larissa et sa sœur Letty soient tristes à cause de moi.
Lorsque je raccroche, mes mains tremblent. J’ai entendu Larissa supplier sa mère de me reprendre au téléphone, mais Carmen a dit que j’avais à faire.
Mon regard brouillé par les larmes se pose sur la couverture de Poppy, je suis comme pétrifiée.
D’accord, le week-end dernier a été formidable, d’accord, je tiens à Rider de tout mon cœur, mais tout peut changer si vite ! La passe d’armes d’hier avec Adele le prouve bien.
En principe, l’emploi du temps de Rider est censé s’alléger prochainement, mais il devra tout de même gérer les négociations avec les équipes pro et les agents, en attendant la phase de recrutement. De mon côté, je commencerai mes cours au printemps, ce qui promet d’être stressant.
Et si nous finissons par craquer sous toute cette pression ?
Et si nos chemins se séparent quand nous aurons décroché notre diplôme ?
Tu ne perdras pas seulement Rider. Tu perdras aussi Poppy.
La peur me saisit tandis que le souvenir de ma mère me revient en mémoire. Un jour, elle était en train de nous préparer des gaufres en chantonnant, avec quelques fausses notes en prime. Le lendemain, elle n’était plus là.
La vie ne tient pas forcément ses promesses.
Les footballeurs non plus, me prévient une voix cynique dans un coin de ma tête.
Mon sandwich me fait l’effet d’une brique dans l’estomac.
Depuis le coup de fil de ce matin avec ma tante, je stresse comme jamais. Pas moyen de chasser cette impression qu’une mauvaise nouvelle va me tomber dessus.
Mes pensées me ramènent en boucle vers Rider. J’ai essayé de lui remonter le moral hier soir, en lui assurant que tout irait bien avec Adele, mais c’était uniquement pour le calmer. Ça a marché, et il s’est détendu, mais je redoute la suite. Par exemple un appel d’Adele qui m’annoncerait que Cricket est de retour et qu’elle veut récupérer Poppy.
Ainsi que Rider, tant qu’à faire.
J’ai presque honte d’admettre que cette possibilité m’inquiète. Le bien-être de Poppy devrait être ma seule préoccupation. Mais comme nous venons tout juste de nous mettre ensemble, Rider et moi…
Enfin, il faudrait déjà qu’il me présente officiellement comme sa copine.
Je me mords la lèvre. Est-ce que je n’exagère pas, là ?
J’ai toujours survécu en faisant profil bas et en agissant avec prudence. En évitant de prendre des risques inutiles.
Et Rider a été l’exception qui confirme la règle.
Maintenant que je suis plongée jusqu’au cou dans cette histoire, si quelque chose doit nous séparer, je serai dévastée. Ce qui s’est passé en première année sera du pipi de chat, en comparaison.
Même si je doute que Rider soit intéressé par Cricket, il arrive souvent que les gens se mettent ensemble, voire se marient pour le bien d’un enfant.
Je suis bien placée pour le savoir, c’est pour ça que mon père a épousé ma mère, car elle est tombée enceinte de moi.
Rider ne te larguera pas pour ça. Il a peut-être du mal à te présenter comme sa copine, mais il te traite comme telle.
Je me répète que c’est un grand timide. Après tout, rien ne l’oblige à qualifier publiquement notre relation.
Nous avons tout le temps d’y réfléchir.
Évidemment que oui.
Lorsque Sienna m’écrit qu’elle compte sortir avec son mec ce soir, je compare nos situations respectives, c’est plus fort que moi.
Ça n’a rien à voir, Gabriela. Rider et toi, vous vous affichez en public, en permanence. Aucun rapport avec le bel inconnu de Sienna.
Malgré tout, je suis suffisamment inquiète pour décider d’en parler à Rider. Si son dernier match n’était pas dans quelques jours, j’aborderais le sujet tout de suite. Garder les choses pour moi, ce n’est pas mon genre. Sauf qu’il m’a demandé d’éviter les complications inutiles. Si du jour au lendemain, j’étais devenue responsable d’un enfant, je serais complètement dépassée. Alors gérer le reste…
Après ce week-end, Rider a près d’un mois devant lui avant les playoffs. Je vais attendre la semaine prochaine pour évoquer mes doutes. Quelques jours, ce n’est pas grand-chose, franchement !
Tout en chiffonnant le papier de mon sandwich, j’observe la cafeteria qui grouille de monde. Rider a dit qu’il y passerait sûrement dans l’aprèm, après avoir discuté avec son prof. Manifestement, il est en retard, et je dois aller en cours.
Alors que je jette mon emballage, une voix féminine – et familière – s’exclame :
— Tiens, tiens, mais qui voilà ?
Je me retourne. Miranda et Zoe sont côte à côte.
— Vous êtes amies ?
Évidemment, quelle question ! Zoe m’a fait perdre mon boulot, et Miranda a failli foutre en l’air ma vie amoureuse. À l’évidence, l’univers a voulu qu’elles unissent leurs forces.
Les faux cils de Miranda papillonnent tandis qu’elle plaque un sourire artificiel sur son visage.
— On partageait la même chambre en première année.
À mon avis, c’est pour ça que Zoe me déteste, même si je n’ai rien fait à Miranda – à part me faire larguer, ce qui lui a permis de tenter sa chance avec Rider.
Qu’est-ce qu’il a bien pu trouver à cette fille, sérieusement ?
Elle est sublime, espèce d’andouille. C’est largement suffisant.
— Cool. Bon, faut que j’y aille.
D’un air parfaitement impassible, je mets mon sac sur l’épaule en espérant sortir d’ici au plus vite. Hélas, alors que je m’apprête à passer entre elles, Zoe tend le bras devant moi. Dans le creux de sa main, son téléphone affiche une vidéo.
— Vas-y. Appuie sur lecture.
Son rictus sournois ne me dit rien qui vaille.
La vidéo va me déplaire, c’est sûr et certain. Barre-toi, Gabriela. Ne rentre pas dans son jeu.
— Je vais être en retard.
Zoe lève l’autre bras.
— Je veux simplement que tu saches dans quoi tu te lances et pourquoi tu devrais éviter de t’attacher à Rider.
Miranda hausse les épaules, l’air faussement innocent.
— Rider et moi, on partage un vrai truc, je n’ai pas envie que tu morfles.
Mouais. Bien sûr. Tu me protèges, rien de plus.
— Désolée, il faut que…
Zoe m’ignore et lance la vidéo.
Malgré l’image qui tremblote, je finis par reconnaître la pelouse devant chez Rider. C’est une fête. Tout le monde est en maillot de bain.
Quelqu’un passe dans le champ en portant un meuble à bout de bras. Il y a de quoi rire tellement c’est incongru.
Hé, mais c’est Rider !
C’est la soirée qu’ils avaient organisée à la fin du mois d’août. Quand Sienna postulait pour rejoindre la coloc.
Il est torse nu et son corps luisant brille dans la lumière du soleil, un vrai dieu grec. Ce sourire, cette beauté… J’en perds mes mots.
Pendant un bref instant, je me dis que… qu’il est à moi. Lui, cet homme somptueux qui s’est avéré être un père incroyable, celui qui vient chez moi à la nuit tombée.
Soudain, les dernières images de l’enregistrement m’arrachent à mes pensées. On aperçoit Miranda se jeter dans ses bras, vêtue d’un bikini microscopique.
Même si c’est arrivé il y a des mois, même si je me répète de ne pas me laisser atteindre, ça me dévaste de le voir rire, empoigner ses fesses et la porter sur son épaule le plus naturellement du monde. Je n’étais pas prête.
C’est encore pire quand elle glisse le long de son corps et que leurs bouches s’unissent.
J’ai la gorge nouée lorsqu’ils se caressent. Rider a une main plongée dans les cheveux de Miranda et l’autre sur son postérieur.
On dirait qu’ils sont à deux doigts de s’envoyer en l’air sur la pelouse.
Tous ceux qui les matent poussent de grands cris.
Une boule de colère grossit au creux de mon ventre.
Zoe finit par couper la vidéo. D’une voix mielleuse, elle susurre :
— Vu que tu passes une bonne partie de ton temps à pouponner, j’ai pensé qu’une piqûre de rappel ne te ferait pas de mal. Voilà le vrai Rider.
Zoe murmure tout en agitant son portable sous mon nez.
— Rider et Miranda ont baisé toute la nuit, après ça, tu n’as qu’à lui demander.
Mes yeux se braquent sur l’intéressée. La voir afficher cette mine compatissante me donne envie de lui casser la gueule.
Zoe s’agrippe au bras de sa copine.
— Entre Rider et elle, ça dure depuis des années. À ton avis, il était dans le lit de qui quand il t’a larguée en première année ? Dans celui de Miranda. Crois-moi, il va de nouveau se lasser de toi, alors ne prends pas trop tes aises. Rider et Miranda font un break temporaire, ils ont l’habitude. Pose-lui la question.
Et sur ces mots, ces deux saletés se barrent comme si elles ne venaient pas de saccager mon cœur.
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