Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 59

59

 

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Gabby

Du plat de la main, je lisse mes cheveux avant de frapper à la porte du bureau de M. Barstow. Il me braille d’entrer.

— Merci d’avoir accepté de me recevoir, monsieur.

J’ai imprimé mon CV pour le lui donner si jamais l’opportunité se présente. Je prends place dans l’un des confortables fauteuils en cuir face à son bureau.

— J’ai entendu qu’il y aura un départ à la retraite au sein du département de Lettres modernes d’ici la fin de l’année et je souhaitais candidater pour ce poste au printemps prochain.

Devant la mine incrédule du proviseur adjoint, je bafouille :

— Ou alors, euh… cet été. Lorsque vous ferez passer les entretiens d’embauche.

— Qu’est-ce que vous me chantez ? réplique-t-il d’un air hautain. Ce n’est pas pour ça que je vous ai convoquée.

— Vous… pardon ?

Il désigne la porte d’un doigt boudiné.

— J’ai envoyé quelqu’un vous chercher.

— Oh ! euh… que puis-je faire pour vous ?

C’est tellement gênant.

Ressaisis-toi, Gabriela. S’il t’a fait venir, ce n’est pas pour parler de ce poste, d’accord, mais rien ne t’empêche d’aborder le sujet.

Tout en attrapant une boîte de cachous, il secoue la tête.

— Nous n’avons plus besoin de vos services. Rassemblez vos affaires, je vais vous raccompagner jusqu’à votre voiture.

J’ouvre la bouche mais rien ne s’en échappe hormis un couinement strident.

— Pardonnez-moi, mais je n’ai pas compris…

— Je vois ça. Pour être clair, vous êtes renvoyée.

J’ai presque envie d’éclater de rire. Il y a forcément une erreur. J’arrive en avance, je fais ce qu’on me dit sans jamais me plaindre, même quand les membres du personnel se montrent désagréables ou méprisants. Et j’ai toujours fait du bon boulot car je veille à arrondir les angles. Comment aurais-je pu me le mettre à dos ?

Ou alors il ne peut pas me blairer à cause de Miranda, sa fille chérie.

Je déglutis avec peine.

— Oui, monsieur, j’ai bien saisi. Mais je suis quand même très étonnée. Pourquoi suis-je renvoyée ? C’est ma dernière semaine étant donné que l’établissement n’a pas besoin de vacataires pendant la période des examens. Mon contrat est rompu prématurément pour raisons de service ?

— Non, vous êtes virée, point à la ligne. Vous savez ce que ça veut dire, je présume ?

À ma grande honte, je sens mes yeux se remplir de larmes. Je tousse, je bats des paupières et me mets à bégayer.

— Bien sûr, bien sûr. Mais je ne comprends pas ce qui motive votre décision. Surtout si près de la fin de mon contrat.

M. Barstow soupire comme si cette conversation lui coûtait un effort surhumain et attrape un dossier. Après l’avoir fait claquer sur son bureau, il en sort une liasse de papiers.

— Vous vous souvenez que vous avez signé un contrat ? demande-t-il d’un ton sarcastique.

Je prends les feuilles d’une main tremblante.

— Bien sûr.

— Et vous vous souvenez de la clause de moralité qu’il contenait ?

— Oui, monsieur.

— Dans ce cas, pouvez-vous m’expliquer pourquoi des photos de vous en train de faire la fête avec l’équipe de football circulent partout sur Internet ?

Il saisit une nouvelle chemise cartonnée qu’il jette sous mon nez. Plusieurs feuilles de papier s’en échappent et tombent sur le sol.

Lorsque je les ramasse, c’est un vrai coup de massue.

Dire que, hier, je me sentais coupable de m’en être bien sortie, contrairement aux garçons.

Le sort m’a rattrapée.

Sur la première photo, je suis perchée sur les épaules de Rider. Je découvre les autres. On me voit en train de danser collée serrée avec lui, ses mains de géant sur mes fesses. Sur la suivante, il me regarde de si près que nos nez se frôlent.

Réfléchis, Gabriela. Défends-toi. Tu n’as rien fait de mal. Pas vraiment. Tout ça n’est pas très glorieux, mais ce n’est pas comme si tu avais assassiné quelqu’un.

— Avec tout le respect que je vous dois, monsieur Barstow, je suis majeure. Il n’y a rien d’illégal à ce que je boive quelques verres chez mon petit ami après un match de football.

— À travers cette clause, vous vous engagez à ne pas adopter de comportement qui puisse raisonnablement être tenu pour immoral, répréhensible, scandaleux, obscène ni qui contribue à entacher, ternir ou porter atteinte à la bonne réputation de l’Archer Academy.

— Et vous estimez que j’ai terni la réputation de cet établissement ? Rien qu’en assistant à une fête ?

— Le scandale qui éclabousse ces sportifs est dommageable, surtout pour une petite ville rurale comme la nôtre. Votre photo est passée à la télévision il y a tout juste dix minutes. Tout le monde, je dis bien tout le monde, se repaîtra de ces images dans les prochains jours. Vous êtes en trop mauvaise posture pour que nous vous gardions au sein de notre personnel.

Oh ! là, là…

Pas question de me laisser renvoyer sans réagir !

— Mais mon nom n’a jamais été cité, que ce soit pour ces photos ou ce prétendu scandale. Je suis la voisine de ces garçons. Ils sont tous mes amis, et même si ces images ne sont pas reluisantes, j’en conviens, ce sont des gens bien. Rider Kingston est un père formidable. Il rend service à ses voisins âgés, enfin ! Toute cette histoire est montée en épingle.

— Qu’importe, nous ne tenons pas à ce que notre prestigieux établissement soit mêlé à des situations aussi… scabreuses. Que serai-je censé dire quand un parent d’élève verra ces photos et vous reconnaîtra ?

— Que je profitais d’une soirée chez mon petit ami et que ces images ont été sorties de leur contexte, rien de plus.

Mon Dieu, s’agit-il des photos qui sont passées à la télé ou a-t-il eu connaissance de ces nouveaux clichés grâce à Miranda ?

Il me regarde par en dessous.

— Vous vous obstinez à parler de Rider Kingston comme étant votre petit ami. Mais si j’en crois ce qu’il vient de déclarer en conférence de presse, il est célibataire.

Je secoue la tête. M. Barstow a dû mal comprendre.

— Nous sortons ensemble depuis la période d’Halloween.

— Tiens donc ? Dans ce cas, il faudrait le mettre au courant.

Le ton dédaigneux et incrédule de M. Barstow me fait perdre le peu de self-control qui me restait.

— Votre décision a-t-elle un rapport avec le fait que votre fille sortait avec Rider auparavant ? Si vous vous inquiétez pour votre image, sachez que pas plus tard qu’hier, elle m’a montré une vidéo où on la voyait pendue à son cou dans un maillot de bain de la taille d’un mouchoir.

Sans parler de celle où son postérieur tient le premier rôle.

La mâchoire du principal adjoint se raidit.

— Ma fille n’est pas mon employée. Vous, si. Enfin, jusqu’à maintenant.

Il se dirige vers la porte. Et c’est au moment de l’ouvrir qu’il me donne le coup de grâce.

— Merci de ne pas candidater pour ce poste à l’automne, vous me ferez gagner un temps précieux.

Même lâchés du bout des lèvres, ces mots me percutent de plein fouet, pire que s’il m’avait aboyé en plein visage – je peux faire une croix sur mon rêve d’enseigner ici.

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