Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 11

11

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Rider

Lesté d’une douzaine de sacs du supermarché, j’ouvre la porte de la maison et me fige.

Tous mes colocs sont à quatre pattes sur le plancher du salon, en train de jouer avec Poppy. En l’occurrence, ils essaient de la faire ramper au milieu d’une espèce de… de parcours du combattant qu’ils ont fabriqué avec des cartons Amazon.

— Vous faites quoi, là ?

Non, mais sérieux, elle n’a rien à faire sur ce sol dégueulasse, même moi j’en suis conscient !

Je lâche mes sacs, au bord de l’épuisement. Entre le réveil à 4 heures du mat et la conversation horrible que j’ai eue avec Gabby… Cela dit, on n’est qu’en début d’après-midi. Si je me dépêche, j’arriverai peut-être à me montrer productif. Cette dissert ne va pas s’écrire toute seule !

Knox se lève d’un bond.

— Il faut que tu la voies se traîner sur le ventre, c’est trop marrant.

Formidable, mais je ne suis vraiment pas d’humeur.

— Qu’est-ce qu’elle a sur les fesses ?

— On n’avait plus de couches, alors on l’a enroulée dans un vieux T-shirt de Tank, mais ça retenait mal le pipi. Du coup, on a scotché un sac en plastique tout autour.

J’ouvre la bouche… et la referme aussitôt.

Je suis tellement hors de mon élément que cette explication débile ne me fait pas rire. Sans compter que Bree et Gabby ne laisseront jamais passer un truc pareil. Je déchire un paquet de couches.

— Par pitié, dépêche-toi de lui en mettre une.

Les filles nous ont montré comment la changer avant notre départ pour les courses.

Tout en balayant la pièce du regard, je pense aux dizaines de personnes qui y ont défilé la nuit dernière. Beurk…

— Ne la laissez pas par terre.

Avec un peu de chance, il ne sera pas nécessaire de laver cette petite au désinfectant.

Tout en me pinçant l’arête du nez, je tâche de réfléchir. Les filles ne vont pas tarder à arriver, et j’aimerais avoir la situation en main avant que Gabby ait une nouvelle raison de me prendre pour un crétin.

Mon estomac gronde, et j’observe Poppy. Son biberon doit être vide depuis un bon moment.

Je tends à un pot de lait infantile à Olly. Il semble comprendre immédiatement, sans même me demander d’explication, incroyable !

Le temps de ranger le reste de nos emplettes et de m’assurer qu’Olly surveille tout le monde, je file me doucher.

Dès que l’eau chaude ruisselle sur ma peau, je laisse échapper un grognement. J’ai pris un méchant coup en fin de match, hier. Et mes muscles me le rappellent.

Une fois lavé et habillé, j’essaie de bosser un peu, mais ce que j’écris n’a aucun sens. J’abandonne pour faire une sieste. J’en ressors une heure plus tard, le corps moins endolori, mais le cerveau plus embrumé.

De retour dans le salon, pour une fois silencieux, je m’écroule sur l’un des canapés. Je repense aussitôt à cette conversation avec Gabby.

Je me frotte le visage. Si seulement je pouvais retirer ce j’ai dit ce matin. Rien ne s’est passé comme prévu. Je voulais expliquer à Gabby que notre amitié me manquait, qu’il y a trois ans j’avais merdé. Que j’espérais me racheter. Malheureusement, tout est sorti de travers.

La blesser n’a jamais été dans mes intentions. Au contraire, je voulais nous protéger, tous les deux, en prenant de la distance avant d’atteindre le point de non-retour.

J’ai dit la vérité. Ce qui est arrivé est entièrement ma faute. J’étais stressé comme pas permis, ce fameux semestre. Et ce qui s’était passé quand j’étais rentré à la maison le temps d’un week-end m’avait fait flipper. Je n’avais qu’une idée : me ressaisir. Hélas, au moment de retrouver le campus, j’ai commis des erreurs que je regrette. Mais je doute que les détails l’intéressent.

Depuis cette première année de fac, une éternité s’est écoulée. Et ressasser le passé ne m’aidera pas à arranger les choses. Mais j’ai piétiné ses sentiments comme un malpropre.

La douleur que j’ai lue dans ses yeux ne me lâche pas une seconde, elle a hanté mon esprit tout l’après-midi. Gabby est toujours si sûre d’elle, si imperturbable. Presque refermée sur elle-même. Mais, aujourd’hui, j’ai ouvert les yeux. J’ai vu que je l’avais profondément blessée.

Et maintenant qu’elle s’est confiée sur ce qu’elle a traversé étant enfant, je me sens comme le dernier des connards. Savoir qu’elle allait mal par ma faute, ça me tue. Gabby est une fille intelligente, posée, avec des nerfs d’acier. Je la respectais déjà avant, mais désormais je sais qu’elle est bien au-dessus des autres.

Ben, Knox et Tank déboulent comme un troupeau de gnous et s’installent dans le salon. Au même moment, la porte de la maison s’ouvre et Gabby entre, suivie de Bree. Elle tient un bloc-notes, un stylo glissé derrière l’oreille. Tellement mignonne avec son air sévère que j’ai envie de la croquer.

Nous ne nous sommes quittés que quelques heures, et la revoir me met pourtant en ébullition, c’est n’importe quoi ! Et à en juger par le regard glacial qu’elle m’adresse, ma tentative de crever l’abcès n’a pas vraiment eu d’effet positif. Au contraire. Je n’arrive pas à m’enlever de la tête ce détail qu’elle a révélé à Bree. Elle aurait eu sa première fois avec le type qu’elle fréquentait en deuxième année – ce Sean.

Oui, j’hésitais à franchir ce cap avec elle, j’hésitais à m’attacher durablement à une fille. Surtout qu’il peut y avoir des dégâts quand les choses tournent mal, j’étais bien placé pour le savoir.

Or les choses tournent toujours mal.

Malgré tout, ai-je raison de l’imaginer en train de se taper un autre mec ? Pas vraiment.

Je recule prudemment. Habitant en face, elle a dû se faire de ces idées sur moi. J’espère quand même qu’elle ne me met pas dans le même sac que mes colocs. D’accord, je ne suis pas un saint, mais je suis loin d’être aussi taré que certains d’entre eux.

Je lève les yeux vers elle. Elle porte un sweat à capuche et ce legging qui lui fait un cul d’enfer. J’ai failli m’étrangler la nuit dernière en la voyant dans son costume de Marie-Antoinette. Elle était tellement sexy… D’ailleurs, j’y ai longuement pensé sous la douche, tout à l’heure. Mais même avec son chignon de travers, sans maquillage et dans une tenue basique, elle reste magnifique.

Olly sort de la cuisine avec Poppy attachée contre son torse.

— Ce porte-bébé, c’est de la frappe. Vraiment trop bien.

Gabby agite son stylo dans sa direction.

— Trop mignon. J’en connais quelques-unes que ça va attirer, sache-le si jamais tu te balades avec la petite.

— C’est vrai ? Génial !

Il pince les lèvres avant d’ajouter :

— Attends. Si quelqu’un demande qui est ce bébé, on dit quoi ?

Le temps d’un bref échange avec Bree, Gabby répond :

— Dis que tu fais du baby-sitting pour un pote. Mais puisqu’on en parle…

La voilà qui ouvre une chemise cartonnée dont elle sort des papiers qu’elle nous distribue.

— Il s’agit d’un accord de confidentialité.

Knox lève la main. Je me retiens d’éclater de rire. Le cours magistral vient de commencer, on dirait. Lorsque Gabby se tourne vers lui, mon pote demande :

— Si cette gamine est à nous, pourquoi on aurait besoin de signer ce papier ?

— Bonne question. Nous pourrions tous le signer et le père récupèrera les exemplaires dès que les résultats seront tombés. Vous avez tous une petite notoriété dans le coin.

— Rien n’est petit chez moi.

Elle lève les yeux au ciel. Car évidemment, l’autre andouille ne fait pas allusion à sa carrure de géant.

— L’idée de ce contrat, c’est d’éviter les ragots pendant quelque temps. Vu que les nouvelles vont vite à Charming, je me suis dit que le père serait content qu’on le laisse un peu tranquille. Pensez sur le long terme. Vous avez de grandes chances de devenir joueurs pros. Vous aimeriez que cette histoire soit disséquée sur toutes les chaînes de sport ? Perso, j’en doute.

— Effectivement, il vaudrait mieux pas, marmonne-t-il.

Gabby attrape le stylo derrière son oreille et tapote son bloc-notes.

— À mon avis, il faudrait que toutes les personnes qui garderont la petite signent ce papier, elles aussi. Ne serait-ce que pour préserver votre vie privée. C’est exactement ce que les stars demandent aux nounous de leurs enfants.

Elle sort ensuite un tableau Excel.

— J’ai également besoin que tout le monde note ses disponibilités pour s’occuper de Poppy. Comme ça, l’emploi du temps est calé, et chacun peut se rendre en cours ou à l’entraînement. Bree et moi espérons trouver des gens pour nous filer un coup de main, mais nous nous relaierons pour la garder pendant vos matchs. Il me faudrait vos adresses mail pour vous envoyer une copie des contrats.

Mon regard croise celui de Bree.

— Gabby est trop forte, non ?

Elle est même génialissime.

L’intéressée ignore le compliment, le nez sur son bloc-notes.

— Avant de nous occuper de l’identité de la mère, nous allons effectuer les tests de paternité. Mais j’ai une mauvaise nouvelle, les gars.

Elle parcourt la brochure coincée entre les flacons contenant les écouvillons et le mode d’emploi.

— Le traitement des échantillons coûte cent dollars. Par test.

Et merde. Tout le monde râle. Je calcule mentalement combien de temps mes finances me permettront encore de tenir. Dans quelques jours, les résultats tomberont et l’un de mes colocs me remboursera, mais j’ai besoin de cet argent maintenant !

Tank s’excuse d’avoir oublié ce détail.

— D’après mes recherches sur Internet, ce test-là reste le plus abordable.

— T’inquiète, bro. Merci d’être allé les acheter.

Je me penche pour qu’on checke, poing contre poing.

— On ne t’a pas regardé d’un drôle d’air quand tu as pris tous ces tests ?

— J’ai dit au pharmacien que je n’avais pas chômé pendant les vacances !

Tank récolte aussitôt un coup dans le bras de la part de Bree.

— Si tu as l’idée de te taper quelqu’un d’autre, je te promets que tu vas le regretter.

— Allez, bébou. Dans mon cœur, il n’y a que toi.

Après un moment tendu pendant lequel Bree semble se demander si son mec mérite vraiment d’être pardonné, il l’attire vers lui pour l’embrasser. Puis il la plaque sur le canapé. La langue dans sa bouche, la main sur sa poitrine.

Gabby toussote.

— Ne vous dérangez pas pour nous, je vais préparer du pop-corn.

Tank et Bree s’écartent, l’air réjouis. Mon pote se passe discrètement la main dans le pantalon.

— Quoi ? Ma copine est un vrai volcan, c’est tout.

Le temps d’adresser un clin d’œil à sa douce, il murmure :

— Dans ma chambre dans dix minutes.

Baissant la tête pour cacher son sourire, Gabby nettoie la table basse avec une lingette désinfectante puis prépare les tests de paternité. Entre ce chignon dont elle a le secret et cette jupe qu’elle aime parfois porter, je me fais tout un film avec dans le rôle principal Gabriela Duran en enseignante ultra sévère, mais tellement séduisante. Soudain, elle tape dans les mains.

— OK, les mecs, c’est parti.

Knox se lève et attrape l’entrejambe de son pantalon.

— J’y vais, passe-moi mon flacon.

Gabby hausse un sourcil.

— Tu comptes faire quoi, exactement ?

— Ben… sortir mon zob et faire gicler la purée. Ça va envoyer !

Bree ricane tandis que Gabby secoue la tête.

— Navrée de te décevoir, bel étalon, mais tu dois simplement racler l’écouvillon.

Knox ouvre de grands yeux.

— Sur ma teub ?

— Mais non, sur ta joue !

— Genre comme si je me rasais ?

Tout le monde est plié de rire. Je lui dis de se rasseoir.

— Oublie ton engin deux minutes et écoute. Gabby veut que tu frottes l’écouvillon à l’intérieur de ta bouche, débile.

— Ah, OK ! J’étais sur un autre délire.

Il tapote son froc. Comme si personne n’avait compris…

Gabby ouvre une boîte et lui tend une espèce de long coton-tige.

— Pas de problème. Vu que vous ne m’avez pas l’air très dégourdis, je m’occupe des prélèvements. Plus vite ce sera fait, plus vite tu pourras te consacrer à tes petites activités en solo.

Tandis qu’elle fait le tour de la pièce, mon cœur tambourine dans ma poitrine.

C’est vraiment du grand n’importe quoi. Si le coach découvre toute cette histoire avant qu’on ait les résultats du test, il sera furieux. Pire : il sera déçu.

Qui est le père de cette gamine ? Hé, coach, vous allez rire, mais…

Non, non. Pas question d’avoir cette conversation si je peux l’éviter.

Fait chier, je devrais être en train de bosser sur ma dissert et de réviser mes exams comme un malade. Au lieu de ça, je traîne dans mon salon en attendant de racler trois gouttes de salive. Franchement, j’ai autant envie d’avoir un gosse que des calculs rénaux. Si cette petite est à moi, c’est vraiment la merde.

Ma jambe tremble contre le canapé, je frotte ma cuisse pour essayer de me calmer.

Lorsque Gabby s’occupe de son frère, c’est à peine s’ils échangent trois mots. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez ce type ?

Je comprends qu’elle soit agacée de le voir aussi distant. Pourquoi a-t-il fait semblant de ne pas la connaître, pendant tout ce temps ?

Bon, à mon tour. Je la regarde droit dans les yeux. Ça m’aidera à oublier que je suis en train de passer un test de paternité.

Une épaisse boucle de cheveux tombe devant son visage, mes doigts brûlent d’envie de la coincer derrière son oreille. Gabby a une odeur chaude et féminine. Je voudrais coller mon nez contre sa peau et respirer à pleins poumons.

J’étudie la courbe délicate de son cou, la manière dont elle penche gracieusement la tête, la teinte si intense de ses yeux.

On ne peut pas se contenter de dire qu’ils sont noisette. Ils sont d’une couleur dorée avec des reflets verts, qu’on imaginerait très bien chez un animal exotique.

Un oiseau ? Non, une lionne plutôt. Puissante. Farouche. Intraitable. Des traits de caractère que je n’aurais jamais pensé trouver aussi attirants.

Comment ai-je fait pour tout foirer en première année ? Être débile à ce point, faut le faire !

Je savais qu’elle avait un caractère affirmé. À l’époque, j’ai sans doute considéré ça comme un défaut mais, maintenant, la voir prendre le contrôle des opérations m’excite au plus haut point.

Si Mlle Duran était ma prof, je ne manquerais jamais un seul cours.

Lorsqu’elle finit par lever les yeux et que nos regards se croisent, mon cœur recommence à tambouriner dans ma poitrine. Et je murmure :

— Merci de t’occuper de tout ça.

Je suis sincère. Cette histoire de bébé est complètement dingue, mais la présence de Gabby m’aide à garder la tête froide, bizarrement.

Le plus fou, c’est cette évidence qui me tombe dessus.

Les gens en qui j’ai confiance se comptent sur les doigts d’une main. Et pourtant, je lui fais confiance.

En dehors de ces dernières heures, nous avons passé des années sans nous parler ou presque. Mais au plus profond de mon âme je sais qu’elle fera de son mieux pour nous aider à voir clair dans ce merdier et à prendre soin de Poppy.

Les joues de Gabby rosissent, mais elle acquiesce.

Il y a tant d’autres choses que j’aimerais lui dire, mais ce n’est pas le moment.

Peut-être que cette histoire de bébé sorti de nulle part m’en donnera l’occasion.

Car j’ai besoin de me réconcilier avec elle. D’une manière ou d’une autre.

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