Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 54
54
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Rider
Gabby est plantée au milieu du salon.
— Qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ?
Je les désigne tour à tour, elle et Mme Hildebrand.
— Vous vous connaissez ?
— Euh… oui. Elle vient souvent au café de Fanny.
Sur ces mots, elle se tourne vers… Adele, donc, pour lui demander :
— Qu’est-ce qui se passe ? Ça fait une éternité que je ne vous ai pas vue. Tout va bien ? Et puis qu’est-ce que vous faites là ? Je suis contente de vous croiser, attention ! Les garçons vous ont rendu un service ?
Mme Hildebrand ne semble même pas l’entendre. Elle regarde fixement Poppy, qui agite les mains et donne des coups de pied dans le vide, tout excitée.
Je m’éclaircis la gorge.
— Voici la grand-mère de Poppy. Enfin, son arrière-grand-mère.
— Tu déconnes ?
Gabby se laisse tomber dans le fauteuil derrière elle, l’air aussi abasourdie que moi tout à l’heure.
Mme Hildebrand retire Poppy des bras de Bree et esquisse un minuscule sourire quand mon petit gremlin essaie de la couvrir de bisous baveux. Mais très vite, elle retrouve sa mine fermée et se penche pour la renifler.
Elle vient de renifler ma fille. J’en rirais presque.
— Vous l’avez gardée propre. Elle a pris du poids, c’est un bon point. Et vous avez raison, c’est un bébé heureux. Ça pourrait être pire.
Pas très généreuse en compliments, la petite dame.
Bree murmure à Olly qui se trouve juste à côté d’elle :
— On sait enfin qui est la mère, alors ?
Et merde. Je me sens rougir.
Pourvu que Mme Hildebrand n’ait rien entendu. J’attends de longues secondes avant de jeter un coup d’œil dans sa direction et… raté. Elle m’observe fixement de son air hautain.
— Ça se confirme, vous ne vous souvenez pas de Margot.
Tank lève les mains en signe d’apaisement.
— Le souvenir, c’est un concept variable. Je dirais plutôt que Rider…
Elle le fait taire d’un regard aussi perçant qu’un laser.
— Vous êtes en train de m’expliquer que vous avez oublié ce qui s’est passé durant ce fameux week-end ? Je dois donc en conclure que vous aviez l’esprit trop embrumé par la fumette, l’alcool ou je ne sais quoi pour vous rappeler vos… vos ébats ?
Elle s’étrangle presque en prononçant ce mot.
Le numéro lamentable de mon père face à Gabby a été le moment le plus gênant de ma vie, certes. Mais ce que je vis actuellement n’en est pas loin.
Et maintenant, c’est quoi, la suite ?
— Madame Hildebrand, je ne sais pas quoi vous dire.
Je déglutis tant bien que mal, prêt à me faire tailler en pièces.
Tout à coup, Olly se penche pour glisser quelques mots à Gabby, qui s’empresse de reprendre Poppy et de tapoter délicatement le bras de la vieille dame.
— Adele, c’est peut-être dur à entendre mais, d’après ce que j’ai cru comprendre, au cours de ce fameux week-end Margot avait apporté des… des gâteaux un peu particuliers. Elle ne s’était peut-être pas aperçue qu’ils étaient aussi forts. Je ne sais pas s’il y avait de l’herbe ou une autre drogue dans ces brownies, mais…
— Seigneur, s’exclame Mme Hildebrand, la main sur le visage.
— Je n’essaie pas de trouver des excuses à Rider. Néanmoins, je doute que quelqu’un se soit rendu compte à quel point ces gâteaux étaient chargés. Olly ici présent peut le confirmer, et les autres aussi. Tout ça pour dire que les garçons n’ont pas gardé beaucoup de souvenirs de cette soirée ou des personnes qui y participaient. Et puis le message laissé par votre petite-fille quand elle a déposé Poppy était plutôt vague, ils n’avaient aucun moyen de connaître son identité ou de la contacter.
Voilà, exactement !
Je lâche un soupir. Une fois encore, Gabby me sauve la mise, merci à elle. Dès que j’aurai un peu d’argent sur mon compte en banque, j’offrirai des centaines de roses à cette fille et je l’emmènerai en week-end dans un hôtel avec spa ou ce qu’elle voudra.
Mme Hildebrand ayant l’air dépassée, nous lui laissons le temps de reprendre ses esprits, en silence. Elle finit par se tourner vers moi.
— Si vous n’avez aucun souvenir de Margot, comment savez-vous que cette enfant est la vôtre ?
J’ouvre la bouche pour tout lui expliquer mais l’angoisse me noue l’estomac. Si jamais ma réponse ne la convainc pas, que va-t-elle faire ? Essayer de me retirer ma Poppy ?
— Adele, dit doucement Gabby, Rider et ses colocataires ont tous passé des tests de paternité pour en avoir le cœur net. Il est son père, ça ne fait aucun doute. Et il a pris soin de Poppy comme un chef, si vous voulez mon avis.
Le visage de Mme Hildebrand se décrispe légèrement, mais aussitôt après, elle me transperce d’un regard aussi tranchant qu’un rasoir.
— Jeune homme, si j’apprends d’une manière ou d’une autre que vous ne vous occupez pas correctement de cette enfant, je vous traînerai devant les tribunaux pour obtenir sa garde. C’est bien compris ?
En entendant sa voix, j’ai comme une impression de déjà-vu. C’est sur ce ton que la plupart de mes profs me parlaient, avant que je ne joue au football. Le fait d’être le fils de Hank Kingston, un ivrogne doublé d’un minable, m’a valu d’être considéré avec méfiance, depuis toujours.
La mâchoire serrée, je dis :
— Ne le prenez pas mal, madame, mais ce n’est pas moi qui ai abandonné mon enfant au beau milieu d’une fête remplie d’inconnus et qui suis parti récolter de l’herbe à l’autre bout du pays. Si vous tenez absolument à accuser quelqu’un de négliger Poppy, vous vous trompez de cible.
Mme Hildebrand serre les poings. La vieille chouette a bien envie de me botter les fesses, j’ai l’impression. Rien à foutre. Je ne l’apprécie pas des masses, moi non plus.
Et puis franchement, Cricket a déconné sur toute la ligne. Il aurait pu arriver n’importe quoi à Poppy, cette nuit-là. Une chance que Gabby l’ait trouvée !
Celle-ci se penche en avant depuis son siège.
— Adele, j’aimerais bien savoir pourquoi vous avez attendu tout ce temps avant de contacter Rider.
Bam. Rép’ à ça, mamie.
Les bras croisés sur le torse, je regarde Mme Hildebrand hésiter de longues secondes. Finalement, elle admet qu’elle ignorait lequel d’entre nous était le père de Poppy.
— Cricket ne m’a guère donné de détails. Et puis l’autre jour, je vous ai vu aux informations. Lorsqu’ils ont montré une photo de vous avec Poppy coiffée de ce petit bonnet rose que j’avais tricoté, les pièces du puzzle se sont assemblées.
Mais, oui, après la conférence de presse !
Elle renifle à nouveau :
— Quand pourrai-je revoir mon arrière-petite-fille ?
Au moins, elle n’exige plus – elle demande.
Allez, on respire et on se calme. J’essaie de me mettre à sa place et je sors la réponse la plus diplomate possible.
— Quand vous voulez. La semaine prochaine sera compliquée pour moi car le dernier match de la saison approche et les phases finales arrivent juste après, mais si vous êtes d’accord pour une visite à l’heure du déjeuner ou pendant mes révisions, vous serez la bienvenue.
À en juger par le grand sourire de Gabby, c’était la bonne réponse à donner.
— Échangez vos numéros afin que vous puissiez vous joindre, dit-elle en tapotant la main de Mme Hildebrand.
Quelques minutes plus tard, la voilà partie. Ouf.
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