Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 64

64

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Gabby

— Merci.

J’attrape la boîte de mouchoirs que me tend la psychologue de la fac. Son front ridé s’adoucit tandis qu’elle m’adresse un sourire inquiet.

— Au risque de vous surprendre, sachez que vous n’êtes pas la première étudiante à pleurer dans mon bureau.

— Ça me console un peu.

Non, c’est surtout d’avoir passé une demi-heure à vider mon sac dans le bureau de Mme Vasquez qui me réconforte.

Elle tapote son stylo sur un bloc-notes et ajoute :

— La bonne nouvelle, c’est que cet épisode à l’Archer Academy n’aura sans doute aucun impact négatif sur votre avenir professionnel. Nous entretenons des liens avec plusieurs autres établissements scolaires. Vous êtes une étudiante brillante, et le collège de Hillcrest vous a d’ores et déjà accepté. Je doute qu’ils reviennent sur leur décision. Surtout que votre nom n’a pas été associé à ces photos où on ne voit strictement rien.

— C’est une bonne nouvelle, oui. Merci.

— Vous avez bien fait de venir m’exposer la situation.

La tête penchée sur le côté, Mme Vasquez ajoute :

— Et Rider, comment vit-il cette situation ? J’ai cru comprendre qu’il passait devant le conseil de discipline demain. Il doit être extrêmement tendu. On peut dire qu’il joue gros.

Une pierre m’écrase subitement l’estomac.

Depuis que j’ai été virée, je me suis focalisée sur moi. Il faut dire que j’étais tellement blessée que Rider n’essaie même pas de m’expliquer pourquoi il était avec Miranda – je n’ai pas songé une seule seconde que son avenir aussi était en jeu et que ce stress pouvait rejaillir sur son comportement.

Mais qu’il ne compte pas sur moi pour lui pardonner s’il a couché avec Miranda !

Cela dit, maintenant que j’ai eu le temps de redescendre, je ne crois pas que Rider se soit tapé cette meuf. Malgré tout, j’ai la sensation d’avoir été mise sur la touche cette semaine, ce qui me surprend beaucoup. Après tout, c’est quand même moi qui l’ai aidé à s’occuper de Poppy tout ce semestre. Miranda n’a jamais rien fait pour la petite. Et c’est avec elle qu’il préfère sortir ?!

Pff, la voix dans ma tête semble à la fois fébrile et désespérée, c’est navrant.

Alors que je me frotte les tempes, le souvenir d’hier soir me revient en mémoire. La honte. Engueuler Rider devant chez lui n’était évidemment pas une solution.

D’accord, mes accusations étaient peut-être injustes, je veux bien l’admettre.

Mais j’étais en hypoglycémie, ce qui a dû peser sur ma façon de réagir, même si ça n’excuse pas mon comportement. J’ai quand même failli tourner de l’œil en rentrant. Une chance que Sienna m’ait rattrapée avant que je m’effondre sur le plan de travail de la cuisine.

Ce que m’a dit Rider m’énerve encore, mais je lui téléphonerai ce soir. Avec un peu de chance, on mettra les choses à plat.

D’accord, ce qui s’est passé entre nous m’a blessée, mais il n’a pas ménagé ses efforts pour assumer son rôle de père. Il adore Poppy. La situation ne le réjouissait sans doute pas les premiers temps, mais il aime sa fille, ça se voit.

Plantée sur le pas de ma porte, j’observe la maison de Rider. Je devais vraiment être sur les nerfs, hier soir. La preuve : je n’ai même pas réussi à lui raconter toute l’histoire. Je parlais sous le coup de l’émotion, la tête me tournait, et j’étais en colère. Au lieu d’expliquer précisément pourquoi Miranda est une vipère, j’ai flippé.

Avec un grognement, je passe la main dans mes cheveux.

Rider ignore que Miranda et Zoe sont venues me voir lundi. Il ignore que le père de Miranda m’a virée hier à cause de ces photos qui, pour l’essentiel, ne figuraient pas sur ce fameux article de blog. Alors comment pouvait-il m’écouter s’il lui manquait des pièces importantes du puzzle ?

Avant de renoncer, je traverse la rue et je frappe à sa porte.

Tank ouvre quelques secondes plus tard et me serre dans ses bras si fort que j’en ai presque le souffle coupé.

— Meuf, ça fait tellement plaisir que tu sois là !

Le temps qu’il me repose et que je parvienne à respirer à nouveau, je ris doucement.

— Je t’ai vu lundi soir, et on n’est que mercredi après-midi.

— Oui, mais cette semaine est interminable.

Pas faux.

Tout en montrant un point derrière lui, il m’explique que Rider est dans sa chambre. Puis il grimace.

— Ça fait un moment qu’il discute avec son père.

Oh ! mince. C’est mauvais signe.

Devant ma réaction, Tank s’esclaffe :

— Mais c’est pour ça que je veux t’envoyer à l’étage. Et puis il faut que j’aille à l’entraînement.

Alors que je m’apprête à demander si Rider ne va pas se mettre en retard, je me souviens qu’il est écarté du terrain tant que le conseil de discipline n’a pas rendu son verdict.

Ma rancune s’apaise. Je n’ai pas envie d’être fâchée contre lui, pas maintenant. L’issue de ce rendez-vous peut changer tant de choses… Même si, au bout du compte, chacun de nous doit repartir de son côté, je ne veux pas revivre ce qui s’est passé en première année quand nous étions redevenus deux étrangers l’un pour l’autre. Mettre ses différends de côté pour discuter, c’est ce qui s’appelle agir en adulte, non ?

Tandis que je monte l’escalier menant à sa chambre, je me répète que j’en suis capable. Oui, je suis capable d’être mature et de me concentrer sur la journée de demain. Je suis même prête à l’aider en gardant Poppy. À me comporter en véritable amie, en somme. Je râlerai après son entretien. Si j’étais à sa place, c’est ce que je voudrais.

La porte de Rider est entrouverte, je le vois tourner comme un lion en cage tandis qu’il parle à son père.

— Je fais de mon mieux, papa !

Même d’ici, j’entends Hank beugler, mais je ne saisis pas grand-chose.

— Au cas où ça t’aurait échappé, c’est tout sauf évident de s’occuper d’un enfant, d’aller en cours, de faire ses devoirs et de jouer au football. Je n’ai pas beaucoup dormi ce semestre.

Rider bougonne alors que son père lui répond.

— Évite de parler d’elle, s’il te plaît.

Je m’immobilise. Mon cœur s’emballe. De qui s’agit-il ? De moi ou de Miranda ?

Je ne devrais pas rester au milieu du couloir pour écouter aux portes. Épier une conversation privée, ce n’est jamais une bonne idée.

Alors que je fais volte-face pour m’en aller, j’entends une phrase qui me brise le cœur.

— Tu crois que je tiens aux filles avec qui je sors ? Tu rigoles ou quoi ?

Non, non. Il ne parle quand même pas de moi ? De nous ? Impossible !

Le ton de Rider est glacial. Et la suite de son discours m’achève :

— Je te l’ai déjà dit mille fois. Si je couche à droite, à gauche, c’est pour me défouler, rien de plus. Toutes les filles que je me tape connaissent les règles du jeu, il n’y a jamais rien de sérieux là-dedans ! Je ne m’accroche à personne avant d’avoir intégré une équipe pro. C’est ça que tu veux entendre ? Tu m’as toujours répété que l’amour est un mensonge. Une arnaque sans nom.

J’ai les tempes qui bourdonnent.

Il n’y a jamais rien de sérieux là-dedans.

C’est pour me défouler.

Toutes les filles que je me tape connaissent les règles du jeu…

L’amour est un mensonge.

J’hallucine.

Pour la troisième fois en deux jours, j’essaie de ravaler mes larmes mais, cette fois, elles finissent par ruisseler sur mon visage.

Impossible d’affronter ce connard alors que je suis en train de chialer !

Dévastée, je m’éloigne de la porte de Rider et descends l’escalier en coup de vent. Je sors. Je traverse la rue.

Une fois enfermée dans ma chambre, je m’effondre sur mon lit et j’éclate en sanglots.

Au moins, je sais ce qu’il ressent, maintenant.

Je m’abandonne à la détresse, au désarroi, au désespoir. Je les sens s’immiscer dans les moindres recoins de mon âme.

Car je ne suis pas juste en train de perdre Rider. Je perds aussi Poppy.

Pendant un bref instant, j’ai à nouveau huit ans et je suis à l’arrière de la vieille voiture d’une assistante sociale qui m’emmène loin de chez moi, une fois de plus. Je perds mon frère. Je perds ma si jolie maman. Je perds tous les gens à qui je tenais.

Je secoue la tête. Ça ne va pas recommencer. Je ne supporterai pas.

À cet instant précis, là, dans ma chambre, je prends ma décision. C’est la dernière fois que je verse une larme pour ce mec.

Rider Kingston peut aller se faire foutre.

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