Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 71

71

 

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Gabby

— Tu te fous de moi ?

Je foudroie du regard Sienna qui essaie de me peindre des traits violets sous les yeux.

— Pas du tout. Nous allons affronter nos principaux rivaux. Nos gars auront besoin de cette énergie là-bas.

D’un geste, elle désigne le flot de personnes qui convergent en direction du stade.

— Tu veux leur porter la poisse ? Évidemment que non. On est tous dans la même équipe. Tes divergences avec Rider, on s’en tape. Les garçons sont nos voisins et nos amis, pas vrai ?

Et merde. Elle a raison. J’ai beau être fâchée après Rider, j’adore ces grands gaillards.

Et tu aimes aussi Rider, idiote.

Dans un grognement, j’acquiesce.

Un immense sourire illumine le visage de Sienna.

— Génial. Et maintenant, sois sympa et mets ça.

Ma coloc me tend un T-shirt des Broncos.

— Dépêche, on va être en retard si tu continues de traîner les pieds. Puis je veux acheter de quoi boire et grignoter. Et il faut que j’aille faire pipi.

Elle serre les genoux tout en esquissant une petite choré sur le parking.

— Tu es toujours aussi pénible ? Je ne m’en étais encore jamais aperçue.

La défiant du regard, j’enfile le T-shirt par-dessus mon pull noir. Ça caille, alors pourquoi dire non à une épaisseur supplémentaire ? Personne ne le verra sous ma veste et s’il suffit de porter ce truc pour qu’elle la boucle, allons y. En plus, au milieu de ces dizaines de milliers de spectateurs, je doute que Rider me remarque.

Je ferme les yeux pour résister au tsunami d’émotions qui déferle sur moi dès que je pense à lui.

C’est juste un match, Gabriela. Arrête un peu de faire l’enfant. Tu vas t’assoir dans les gradins, soutenir l’équipe et passer un moment sympa avec Sienna. Ensuite, tu fileras la queue entre les jambes et tu iras chez Kat et Tori. Tu auras tout ton temps pour te remettre.

Dans ma tête, ça ne me semble pas déconnant.

Je peux faire un petit effort.

Malgré mon envie de râler d’avoir été traînée à ce match, difficile d’ignorer l’énergie contagieuse de la foule tandis que nous cherchons nos sièges. Mais ma méfiance s’accentue à mesure que nous descendons les travées du stade. L’une après l’autre.

— Nos places sont où, exactement ?

Sienna marmonne une réponse, mais avec ce boucan…

— Tu peux répéter ?

— On est dans la section réservée aux amis et aux familles.

Ne me dites pas que…

— Tu plaisantes ?

Je m’arrête si brusquement que le type derrière moi me rentre dedans et manque de me faire atterrir quelques marches plus bas, le nez sur le béton.

Sienna me prend par la main et m’oblige à avancer.

— On ne peut pas te laisser seule une seconde. Viens. Ça va être génial.

Lorsque nous arrivons au premier rang, au niveau de la ligne médiane, j’ai presque envie de vomir.

— C’est le côté des Broncos ? Les garçons seront assis ici ?

Je désigne la rangée de bancs pile devant nous.

— Tout juste. Trop fort, non ?

Avec un bon coup de coude dans les côtes, elle me lance :

— Tu n’es pas contente d’être dans l’ambiance ?

Je jette un regard alentour. Tout le monde – je dis bien tout le monde – est habillé aux couleurs de la fac et a le visage peinturluré.

— Ben, euh… je…

Je suis remuée, impossible de trouver les mots.

Sienna me serre si fort dans ses bras que je pousse un cri étranglé.

— Merci de m’avoir accompagnée !

La voilà qui se met à bondir, sans me lâcher. Ce qui fait que je suis obligée de sauter comme une débile à mon tour.

— J’ai trop hâte de voir mon mec jouer.

— Comment ça se passe, entre vous ?

J’ai pu poser ma question après qu’elle m’a enfin relâchée. Ça fait un petit moment qu’elle n’a pas évoqué son mystérieux copain, et je n’ai pas voulu insister.

— Au top.

— Du coup, c’est mon frère qui t’a donné ces tickets ou c’est par ton mec que tu les as eus ?

J’ai eu de super bonnes places en première année mais, là, c’est oufissime. Pas certaine que Ben puisse rivaliser.

Sienna n’a pas le temps de répondre car la voix du commentateur résonne dans les haut-parleurs :

— Faites du bruit, Charming ! Souhaitez la bienvenue aux Lone Star State Broncos, toujours invaincus cette saison !

Paradise City de Guns N’ Roses fait vibrer le stade et quatre-vingt mille fans en délire rugissent quand les joueurs sortent du tunnel menant à la pelouse, au milieu d’épaisses volutes de fumée.

J’applaudis en criant moi aussi. J’entonne les chants des supporters. C’est plus fort que moi.

Bree nous ayant rejoints, nous sommes donc trois à soutenir les garçons. Je cherche aussitôt Rider. Il parle à son coach, l’air détaché.

La vache, il est tellement sexy dans sa tenue. Ce pantalon blanc devrait être interdit par la loi, c’est quasiment érotique !

Une fille derrière moi crie :

— Je t’aime, Rider !

Et c’est dans ma direction qu’il regarde.

J’ai beau être noyée dans une véritable marée humaine, on dirait qu’il n’y a que nous deux, ici. Tout ralentit. Mon cœur. L’air ambiant. La terre arrête sa course autour du soleil tandis que nous nous dévisageons.

Je repense à ce que m’a dit Sienna tout à l’heure au sujet de ces joueurs qui sont aussi mes amis. Ma décision est prise : je veux être là pour Rider. Peu importe ce qui se passe entre nous, je vais le soutenir. Il vit l’une des journées les plus déterminantes de sa carrière, et après tout ce que nous avons traversé, le moins que je puisse faire, c’est de donner de la voix pour lui.

Bonne chance, lui dis-je en remuant les lèvres, mais sans un bruit.

Un sourire se dessine lentement sur sa bouche magnifique, et il m’adresse un clin d’œil.

Ou du moins, je crois qu’il est pour moi même si, derrière moi, une meuf au taquet décrit de manière très précise ce qu’elle aimerait faire à Rider après la rencontre et crie qu’elle est prête à porter son enfant.

Tank donne une grande tape dans le dos de Rider, nous salue d’un geste et l’entraîne.

— Waouh, murmure Sienna, j’ai failli tomber enceinte. Pitié, jure-moi que vous allez vous réconcilier. Pour l’équilibre dans ton karma, on doit trouver un moyen de vous rabibocher.

Un petit coup de coude et elle ajoute :

— De préférence à poil, pas vrai ?

— On verra. J’ai envie de prendre ma décision calmement, sans me laisser déconcentrer par tout ce cirque.

Elle claque des doigts sous mon nez.

— Parle-lui après le match, déjà. Sinon, je ne te pardonnerai jamais.

J’éclate de rire.

— OK. À tes ordres, chef.

À vrai dire, c’est dur de rester fâchée avec Rider.

Bree y va de son petit coup de coude, elle aussi :

— Fais-le courir un peu, quand même.

Je suis entourée de mes amies quand j’aperçois Miranda et Zoe, à quelques rangées de là, qui m’observent d’un œil noir. Miranda tient une pancarte avec l’inscription « Rider, vas-y ! », assortie d’une photo de Jennifer Lawrence dans Hunger Games lorsqu’elle lève la main pour se porter volontaire. Tout comme Zoe, elle arbore un T-shirt qui dit : « J’ai chevauché un Bronco ! »

Je secoue la tête, les yeux au ciel, même si une petite partie de moi doit admettre que ce T-shirt n’est pas mal.

Je me remémore les messages de Rider. Si ce qu’il affirme est vrai, Miranda n’est pas une menace. Au nom de ce que nous vivons, je me dois de l’écouter et de le laisser m’expliquer pourquoi il était avec elle.

Le temps que le match commence, je suis tellement concentrée sur le terrain que je ne pense même plus à Miranda.

La partie est tendue. Si tendue que je passe presque toute la première mi-temps en apnée. Les Longhorns de l’Université du Texas prennent rapidement l’avantage mais Rider marque deux touchdowns, et nous arrivons à la mi-temps sur une égalité parfaite.

Je perds ma voix pendant le troisième quart-temps. Et au quatrième, j’ai rongé tous mes ongles.

Lorsque nous entrons dans les cinq dernières minutes, nous en sommes toujours au même point. Le stress m’empêche presque de respirer.

C’est là que je finis par admettre la vérité. Je suis raide dingue de Rider.

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