Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 23

23

 

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Rider

Mes mots sortent tout seul.

— Désolé d’avoir été aussi con. Vraiment, du fond du cœur. Si je pouvais revenir en arrière et agir différemment, je le ferais. Entre le football, les cours et mes parents, j’étais complètement dépassé.

— Tu ne m’avais pas dit que ta mère avait disparu de la circulation ! Enfin…

Elle marque une pause. Puis reprend :

— Tu racontais qu’ils passaient leur temps à se disputer et que tu te sentais pris entre le marteau et l’enclume.

Gabby se souvient encore de mes problèmes familiaux trois ans après ? J’en ai l’estomac noué. À part le coach, il n’y a qu’à elle que j’en ai parlé. Tank connaît une partie de l’histoire parce qu’il a surpris quelques coups de fil, mais dans l’ensemble je préfère laver mon linge sale en famille.

Je me frotte les mains sur les cuisses. Pourquoi faut-il que cette fameuse nuit m’ait poussé à tout remettre en question ? Personne n’est au courant de cet épisode, mais j’ai besoin qu’elle comprenne ce qui s’est passé.

— Pas sûr que tu t’en souviennes, mais j’étais rentré chez moi, ce week-end-là.

Ce week-end où tout est parti en sucette. Moi. Ma famille. Ma relation avec Gabby. La seule chose qui a tenu le choc, c’est le football, car j’y avais mis tout ce qui me restait.

— Entre mes parents, c’était assez explosif, mais cette nuit-là, ça a vraiment pété. Ma mère a quitté mon père pour un autre type.

Le regard baissé sur mes mains, j’ajoute :

— Ils se sont disputés, elle a fait ses valises et s’est barrée avec son nouveau mec. Je ne l’ai pas revue depuis.

Gabby ne dit rien mais ses grands yeux débordant de compassion m’incitent à continuer :

— Mon père a toujours été fou amoureux de ma mère. Il vénérait le sol sur lequel elle marchait, alors son départ l’a dévasté. Le lendemain, en me réveillant, je l’ai trouvé à moitié étouffé dans son vomi. Il avait passé la nuit à se mettre minable.

— Oh ! Rider. Je suis tellement désolée.

Gabby attrape ma main, et je mêle mes doigts aux siens. Ça me vient naturellement. Je ne songe même pas à l’intimité de ce geste. J’ai besoin d’elle maintenant, point. Et elle ne proteste pas.

— Ça me fait tout drôle d’en parler enfin. C’est le football qui m’a aidé à m’en sortir. Mon père a passé le plus clair de son existence à picoler. Quand j’étais petit, il a failli tuer quelqu’un, en rentrant à la maison en voiture, complètement bourré.

Impossible d’expliquer pourquoi je déballe toutes ces histoires sur ma famille, c’est plus fort que moi. De ses yeux si profonds, Gabby semble mettre au jour des souvenirs auxquels j’essaie de ne jamais penser.

— Mon père s’en est tiré grâce à une subtilité juridique. Il a fait de la taule, mais pas très longtemps. J’avais l’impression que la ville entière m’en voulait, alors je me suis défoncé comme un malade pour être l’exact opposé de Hank Kingston. Il détestait le sport ? J’ai décroché des trophées dans trois sports différents, et avec un équipement pourri puisque je n’avais pas un rond. Et vu que mon père était incapable de garder un boulot, j’ai décidé d’assumer financièrement pour nous deux. C’est toujours le cas. Certains jours, il ne peut même pas sortir de son lit. De mon côté, je n’ai pas manqué un seul entraînement en deux ans. La dernière fois, c’était quand j’avais chopé la grippe, en deuxième année.

Au bout de longues secondes, Gabby me demande doucement :

— Pourquoi tu me racontes tout ça ?

Je me retourne vers elle pour lui répondre :

— Quand je t’ai dit que ce qui s’est passé en première année n’avait rien à voir avec toi, c’était sincère. Je me suis laissé entraîner dans une spirale négative. D’accord, côté sport, ça allait bien, mais c’était parce que j’ignorais tout le reste. Tu en faisais partie, et ça me désole d’avoir à l’admettre.

Je m’éclaircis la gorge. Je n’arrive pas à croire que nous évoquons cette histoire après tout ce temps, mais il faut que ça sorte.

— Le truc, c’est que… j’ai flippé, voilà. Tu m’as fait flipper.

J’ignore quelle réaction j’attendais de la part de Gabby. Toujours est-il qu’elle se met à rire tout bas.

— Je t’ai fait flipper ? Et comment, tu veux bien me l’expliquer ? En t’agitant la pointe d’un crayon à papier sous le nez ?

Je serre à nouveau sa main. Puis j’arrête.

— Tu me plaisais. Vraiment, même. Mais avec ce que mon père traversait, je… j’ai cru que ça devenait trop sérieux entre nous.

— Comment ça ? Moi, j’avais l’impression que c’était sérieux, mais tout est relatif, non ? Je ne sortais pas souvent avec des garçons, mais de ton côté… Je me demande comment tu as pu flipper alors que nous… nous n’avons pas franchi certains caps, toi et moi.

Je retiens un sourire.

— Ce n’est pas faute d’avoir fantasmé ces choses-là.

Gabby devient rouge comme une pivoine, elle se mord la lèvre.

— Tu fantasmais sur moi ?

— Totalement.

L’air rieur qu’elle arborait s’efface, et elle retire sa main.

— Tu veux dire pendant que tu couchais avec d’autres filles ?

— Eh bien, disons que… J’ai été dégueulasse de te larguer comme ça, mais j’ai évolué depuis.

— Tu essaies de m’expliquer que tu as arrêté de coucher à droite, à gauche ? rétorque-t-elle en en haussant les sourcils. Parce que j’ai entendu pas mal d’anecdotes sur ce qui se passe chez toi, et elles sont loin d’être flatteuses. Tu n’imagines pas à quoi j’ai assisté dans ton salon le soir d’Halloween.

Oh ! j’ai bien une idée.

— Et tu sais où j’étais à ce moment-là ? Ce que je faisais ?

Elle plisse le nez et me répond :

— Pitié, ne me dis pas que…

— J’étais au fond de mon lit, un casque antibruit sur les oreilles. Seul.

J’aimerais ajouter que je ne me suis pas souvent envoyé en l’air ce semestre. Mais rien que d’envisager l’idée me fait honte.

Gabby s’écarte et lève les yeux au ciel, les bras croisés sur sa poitrine.

— Et l’autre meuf, Miranda ? Sans le vouloir, j’ai vu le texto qu’elle t’a écrit hier soir. Ne me fais pas croire que vous n’êtes pas sex friends ou je ne sais quoi.

J’ai presque envie de sourire. Elle ne serait pas jalouse quand même ?

À mon avis, la seule façon de la convaincre qu’elle se trompe sur mon compte, c’est d’y aller sans prendre de gants.

— On l’a été, oui. Mais plus maintenant. J’ai essayé de tourner la page il y a quelques semaines, mais elle refuse de comprendre. Et précision importante : j’ai été cash avec elle à propos de ce je veux.

Nos regards se croisent.

— Et qu’est-ce que tu veux, exactement, Rider ?

Ma gorge se serre. Allez, on respire… Cette conversation est plus stressante qu’un match décisif.

— Eh bien… je veux qu’on redevienne amis, voilà. Tu me manques, Gabby, je regrette la façon dont je t’ai traitée. Tout ce qui se passe avec Poppy me rappelle à quel point tu es géniale.

Avec un haussement d’épaules, j’ajoute :

— Notre amitié me manque. Pas à toi ?

— C’est juste ça que tu veux ? demande-t-elle d’un ton méfiant. Qu’on soit amis ?

Oui.

Non.

J’en sais rien, putain.

— Je n’ai du temps que pour ça, en ce moment.

Est-ce que notre amitié me manque ? Carrément. Est-ce que j’ai envie de lui faire l’amour jusqu’à ne plus avoir la force de marcher ? Totalement. Est-ce que je peux gérer à la fois le sexe et tous les autres problèmes avec lesquels je dois jongler ? Sans doute pas. Alors oui, il vaut mieux que je garde le contrôle.

— Et tu ne me laisseras plus jamais tomber ?

La fragilité qui perce dans sa voix me fend le cœur. À nouveau, j’attrape sa main.

— Parce que ça me ferait chier de t’avoir parlé de mon passé en famille d’accueil si c’est pour que tu disparaisses encore.

Je ferme les yeux. Pff, pas étonnant qu’elle me prenne pour le pire des connards.

— Je ne disparaîtrai plus, c’est promis. Tu es officiellement condamnée à me supporter, à partir de maintenant.

Gabby essaie de ne pas sourire mais le coin de sa lèvre se relève malgré elle. Je fais mon air de chiot innocent.

— Ça veut dire que tu me pardonnes d’avoir été un giga-connard ?

Elle m’étudie de longues secondes. Je me demande ce qu’elle voit en moi. Un jeune con élevé dans une caravane ? Le fils d’un alcoolique ? Un bourrin avec un petit pois dans la tête ? Un mec qui s’accroche comme il peut ?

Finalement, elle retrouve son air espiègle.

— Je vais peut-être t’obliger à mériter mon pardon, va savoir.

Une vague de soulagement me submerge.

— Je suis prêt à ne pas compter mes heures.

Les yeux dans les yeux, nous éclatons de rire. Et cette victoire-là me semble plus belle encore que celle remportée sur le terrain, aujourd’hui.

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