Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 20
20
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Rider
Les cris stridents ont rameuté mes colocs dans ma chambre qui ressemble à un magasin de puériculture.
Je fais les cent pas et je tapote le derrière de Poppy tout en la berçant doucement, comme Gabby m’a montré.
— Je ne comprends pas. Je l’ai nourrie, je lui ai fait faire son rot, j’ai changé sa couche. Alors qu’est-ce qu’elle a ? Pourquoi elle ne dort pas ?
La petite me regarde, les yeux remplis de larmes et le visage rouge tomate, puis se remet à pleurer.
— Poppy, tu me rends malade. Je donnerais n’importe quoi pour savoir ce que tu veux.
La scène n’amuse pas mes colocs, loin de là. Il est 2 heures du mat et nous avons un match dans quelques heures. Impossible de la calmer, je commence à paniquer. Pas la moindre solution en vue.
Telle une avalanche, la vérité me tombe dessus. J’ignore qui est la mère de ma fille. Je me souviens vaguement que la nana qui nous avait filé ces brownies de l’espace était blonde, mais pour ce qui est de son nom ou de son apparence physique ? Zéro. Nada. Que dalle ! Et il y a pire : rien ne dit que c’est elle la mère. Il y a toujours moyen de se renseigner discrètement, mais comment se fait-il que je n’aie rien su ? Elle a porté mon enfant pendant neuf mois, quand même !
Je suis vraiment le plus gros connard de l’univers, hein ?
Olly et Tank se relaient pour essayer de calmer Poppy mais finissent par me la repasser. Du coin de l’œil, je vois Ben qui téléphone, mais je n’entends pas ce qu’il dit car mon adorable petit démon tente de me rendre sourd. Elle pleure de façon tellement déchirante ! Mon cœur, qui s’est pourtant durci au fil des années, se serre.
Aussitôt raccroché, mon coloc ricane.
— N’oublie pas de me remercier demain matin.
Et sur ces mots, il se barre.
Cinq minutes plus tard, ma personne préférée au monde apparaît. Gabby ! Quel soulagement… Les yeux fermés, je remercie les forces invisibles qui m’ont envoyé cette fille.
Elle pince la bouche d’un air navré.
— Elle fait ça depuis longtemps ?
— Aucune idée. Des heures. Et c’est de pire en pire.
— Oh ! la pauvre petite puce.
Elle défait la fermeture Éclair de son blouson, qu’elle écarte pour révéler un débardeur blanc moulant. Malgré le manque de sommeil, je sens une certaine partie de mon anatomie se dresser devant ce décolleté à tomber à la renverse. Sans soutien-gorge qui plus est, comme je peux le constater en observant ses tétons qui pointent.
Ma fille doit apprécier elle aussi, car dès l’instant où elle se retrouve contre cette magnifique poitrine, la voilà qui se calme. Gabby referme les pans de son blouson autour de la petite, qui souffle et marmonne, certes, mais qui ne pleure plus.
Tank se penche pour embrasser Gabby sur le front.
— On te paie à dîner. Tu nous sauves !
Elle sourit tout en serrant Poppy encore tout contre elle. Elle se met à chantonner, et moins de dix minutes plus tard, la pitchoune dort à poings fermés.
— Comment tu fais ça ? je murmure.
— C’est mon pouvoir secret, répond-elle en levant des yeux pétillants vers moi.
Elle est tellement sublime avec cette masse de cheveux longs qui retombent en cascade sur ses épaules… Je pourrais l’embrasser.
— Je peux ? demande-t-elle en désignant mon lit.
— Bien sûr. Installe-toi comme tu veux.
Assise au bord du matelas, elle se met à bercer doucement Poppy qui grogne brièvement. Mais une minute plus tard, son visage se détend, et elle respire profondément.
C’est irréel de voir Gabby sur mon lit, avec un bébé endormi contre elle par-dessus le marché ! Il m’est arrivé de fantasmer sur cette fille – et même très souvent, pour être honnête – mais je n’ai pas exactement imaginé une situation de ce genre.
— Tu veux la coucher ?
Nous regardons le parc que Gabby m’a fait acheter.
— Je te préviens, dès que je la pose là-dedans, elle pète un plomb. Il lui faut un vrai lit, j’ai l’impression.
Gabby réfléchit quelques secondes, puis me suggère :
— Et si tu t’allongeais ? Commence par enlever ton T-shirt.
Je lui lance un regard espiègle.
— Ouh là, je ne suis pas certain que ce genre de spectacle soit adapté à un jeune public.
— Ce n’est pas pour moi, espèce de gros pervers. C’est pour la petite. Les bébés adorent sentir le contact de la peau. Et puis elle a passé la semaine trimballée de bras en bras, sans avoir sa maman auprès d’elle. Il lui faut une bonne dose de douceur et de tendresse.
Sans avoir sa maman auprès d’elle. Voilà qui me rappelle qu’une personne a abandonné son bébé au beau milieu d’une fête, le soir d’Halloween. Qui ferait un truc pareil ? Dans ces cas-là, on prépare le terrain, bordel ! Du genre Je t’amène ta fille. Veille à ce que tes potes ne soient pas en train de s’envoyer en l’air dans ton salon quand je la déposerai. Oh ! et au fait, moi, c’est…
Mon cerveau finit par comprendre où Gabby veut en venir. Les bébés adorent sentir le contact de la peau. Hop, j’enlève mon T-shirt. À mon grand désarroi, elle ne me regarde même pas. Après avoir calé quelques oreillers contre la tête de lit, je m’allonge.
Gabby me rejoint et, étrangement, la voir toute décoiffée, les yeux baissés sur moi, me fait aussitôt de l’effet. Je remonte la couette jusqu’à ma taille, histoire qu’elle ne prenne pas peur. Mais à l’évidence, je ne l’intéresse pas du tout.
Bien joué, Einstein. Tu as pile ce que tu voulais. Une partie de moi a envie de casser la gueule à mon moi du passé. Ce que j’ai pu être con en première année !
Je repense au fait qu’elle connaît le calendrier de nos matchs. Si elle s’y intéresse, c’est sûrement parce que Ben est dans l’équipe, tout bêtement.
Mon membre se dégonfle dès qu’elle dépose Poppy dans mes bras.
Tellement gênant.
Avoir un gosse va forcément influer sur ma vie sexuelle qui est plutôt calme, ces temps-ci. Je suis soulagé d’avoir pris mes distances avec Miranda. Entre nous, c’était de moins en moins souvent l’extase, de toute façon.
Mira ferait quoi, dans cette situation ? Aurait-elle la bienveillance et la gentillesse de Gabby ?
Je manque d’éclater de rire. Sans doute que non.
Miranda continue de me harceler par téléphone mais, au moins, elle ne s’est pas repointée ici. Une chance. Je lève la tête. Gabby m’observe avec une immense douceur dans les yeux. Cette fille a été d’une patience infinie avec moi. J’ai honte de constater qu’elle s’est comportée comme une super amie malgré mon attitude de connard. Même si elle fait tout ça pour Poppy, qui sortirait de chez soi en pyjama pour aider quelqu’un, et au beau milieu de la nuit en plus ? Pas grand-monde, je crois. Pour faire la fête ? Picoler ou fumer des pétards ? Pour baiser ? Oui, oui et encore oui. Mais pour aider un jeune père à s’occuper de son enfant ? Personne.
Poppy endormie sur moi, je murmure :
— Comment tu fais pour te débrouiller comme une pro avec les bébés ? Tu sais exactement quoi faire.
— Question d’expérience, répond-elle en jouant avec une mèche de cheveux. Ma tante en a eu deux quand je vivais avec elle. Elle se laissait facilement déborder.
Gabby hausse les épaules et ajoute :
— Je déteste voir la détresse de ces petits bouts.
Elle sera une mère incroyable, un jour.
J’ouvre la bouche pour le lui dire mais elle désigne la porte.
— Je ferais mieux de rentrer. Ça va aller ?
— J’ai peur de répondre à cette question.
Nous nous sourions. Ses yeux noisette sont si lumineux qu’ils sont presque dorés. Hypnotisant.
Elle s’éclaircit la gorge.
— Où est ton portable ? Tu peux m’appeler ou m’écrire en cas de souci.
Je désigne mon bureau du doigt. Quelle chance d’avoir cette fille de mon côté.
— Tu me sauves la vie. Merci.
Mais quand elle se retourne vers moi, son sourire a disparu. Elle me balance mon téléphone et quitte la chambre. J’ai dit une bêtise ou quoi ?
Les sourcils froncés, je regarde mon portable. L’écran s’éclaire. Des tas de messages non lus. Rien d’anormal pour un vendredi soir qui précède un gros match, mais le premier de la liste est de Miranda.
Tu me manques, chaton. On se retrouve plus tard pour baiser. Je sais que tu en meurs d’envie.
Super. Évidemment, il a fallu que Gabby voie ça.
Mais… une seconde.
Je m’interroge.
Si ça l’a énervée à ce point, c’est qu’elle n’est peut-être pas si indifférente qu’elle en a l’air. C’est peut-être même tout le contraire.
Et ce ne serait pas une mauvaise nouvelle.
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