Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 26

26

 

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Rider

Je frappe à la porte. Sully m’invite à entrer.

— Vous vouliez me voir, coach ?

Sully est comme un père pour moi. Mais je n’ai pas plus envie qu’un autre d’être convoqué dans son bureau.

— Assieds-toi.

Je me laisse tomber sur l’une des chaises en plastique face à lui. Avec la carrière qu’il a menée, il pourrait demander des sièges un peu plus confortables. Mais il est tellement de la vieille école, pas sûr que l’idée lui ait traversé l’esprit !

Il m’étudie brièvement de ses yeux vitreux, je m’efforce de rester immobile.

— Comment ça va ? Samedi, c’était tendu, mais tu es allé la chercher, cette victoire. Tu veux qu’on en parle ?

Il aime bien ces tête-à-tête, surtout après les gros matchs. Seulement, d’ordinaire, ça se passe dans les vestiaires. Je dois vraiment lui faire une sale impression pour qu’on en arrive là. Ces trois dernières années, j’ai traversé des moments difficiles – qui se soldaient parfois par des défaites –, mais je m’en suis toujours sorti avec une tape dans le dos et quelques mots d’encouragement.

Je plonge la main dans mes cheveux pour dégager mes yeux.

— J’ai eu du mal à trouver mon rythme en première mi-temps. J’étais décevant, j’en suis conscient.

— N’importe quoi. Tu as profité de la pause pour te remettre en selle, c’est ce qu’on attend d’un vrai capitaine. Tu t’es ressaisi, tu as remotivé les troupes et tu n’as rien lâché. Non, ce que j’aimerais savoir, c’est ce qui se passe dans ta tête. Ce qui t’a perturbé toute la semaine. Tu veux bien qu’on en parle ?

J’acquiesce lentement. Si nous considérons tous Sully comme une espèce de gourou, ce n’est pas sans raison. Il a une manière de regarder au fond de votre âme et de mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Voilà pourquoi tant de ses anciens joueurs restent en contact avec lui. Parce qu’il tient vraiment à nous. Et il est capable de voir des choses qui échappent aux autres.

Tout en déglutissant avec difficulté, je frotte les mains sur mes cuisses. Il est temps de cracher le morceau.

— J’ai appris un truc qui m’a pas mal chamboulé le cerveau.

Et ma préparation d’avant-match. Mon sommeil. Mon boulot. Ma vie sexuelle. Ma vie sociale. Tout.

Mais quand je pense à ce grand sourire édenté que Poppy m’a offert ce matin avant que je la laisse avec Bree, mon cœur fond. Cette enfant m’a fait tomber sous son charme plus vite qu’un joueur qui file marquer un touchdown.

Elle a passé la nuit agrippée à moi, comme si elle avait peur de me lâcher, ce qui est toujours mieux que de l’entendre pleurer. Mais tout de même. Malgré tous mes efforts, le coucher n’est pas aussi facile qu’avec Gabby. Sauf que je ne peux pas l’appeler au secours toutes les cinq minutes. C’est à moi d’y arriver. Et à moi seul.

Sully se cale au fond de sa chaise qui craque, les mains croisées sur son ventre.

— Dis-moi tout. Essayons de régler ça. Il faut que tu aies les idées claires pour le déplacement de ce week-end.

Merde. Je serai obligé de trouver quelqu’un pour garder la petite en mon absence.

Le coach tapote le doigt sur son bureau.

— Encore une histoire de fille ? lance-t-il en ricanant. Neuf fois sur dix, quand je dois convoquer l’un d’entre vous, c’est pour ce genre de souci.

Mes pensées volent aussitôt vers Gabby. Je serais presque tenté de répondre oui.

Mais c’est non.

Une seconde. Il n’a pas tort, en un sens.

Pff, pas moyen de réfléchir correctement.

— Oui, c’est à cause d’une fille.

Je marque une pause. Vite, une grande inspiration, ça m’évitera de paniquer. J’ai tellement peur de les décevoir, Sully, mes potes, tous autant qu’ils sont. Des semaines que je n’ai pas parlé à mon père – il ne m’a pas appelé depuis que j’ai presque vidé mon compte en banque pour payer son loyer et lui acheter de quoi bouffer. Mais le coach s’inquiète pour moi. Je lui dois la vérité.

— C’est à cause de ma fille.

Il hausse un sourcil.

— Tu veux bien répéter ?

— Elle a environ six mois.

Plus un bruit dans la pièce. Puis Sully recommence à tapoter le doigt sur son bureau.

— Si j’en crois la tronche que tu tires, tu viens d’apprendre la nouvelle.

C’est bien ça. Sully devine toujours tout.

— C’est…

Il reste muet de longues secondes. Incroyable, j’ai réussi à lui faire perdre ses mots, ce qui n’est pas une mince affaire. Prépare-toi à en prendre pour ton grade, Rider.

— Eh bien… Félicitations, dans ce cas ! finit-il par dire.

À mon tour de tomber des nues.

— Mon garçon, avoir un enfant est l’une des choses les plus extraordinaires qui puissent arriver dans la vie d’un homme.

Et voilà Sully qui commence à me faire son speech d’encouragement, ce qui me fait le plus grand bien.

Vingt minutes plus tard, au moment de me raccompagner, il me donne une tape sur l’épaule.

— La maman de la petite est là pour t’aider ?

— Non, coach, mais, euh… je peux compter sur une amie.

— Une amie ?

Je confirme d’un hochement de tête.

Sully semble à deux doigts d’ajouter quelque chose, mais se ravise. Bizarre. Ce n’est pas son genre.

Il connaît bien ma situation familiale et s’abstient donc de demander si mes parents peuvent me soutenir. Le jour où mon père restera sobre assez longtemps pour jouer les baby-sitters, il neigera dans le désert.

À nouveau, j’ai droit à une tape sur l’épaule. Malgré tous ses efforts pour me remotiver, je le sens triste. Résigné, même. Une boule d’angoisse me broie l’estomac.

Mon entraîneur laisse échapper un profond soupir et me gratifie d’un pâle sourire.

— Bien. Inutile de te dire de ne pas te coucher trop tard le soir. Ne traînasse pas, sans quoi tu n’arriveras pas à te reposer. Je me rappelle quand Beth Ann se réveillait à tout bout de champ. C’était l’enfer.

Il rit puis ajoute :

— Je ne t’envie pas, mais tu es jeune. Et en parfaite santé. Tu vas y arriver. Tout ce que tu as à faire, c’est de donner de l’amour à cette petite. Concentre-toi sur elle et sur tes cours, le reste suivra.

J’attends d’être sur le chemin du retour pour me rendre compte qu’il n’a pas évoqué le football. Il ne m’a pas dit de me concentrer là-dessus.

Il voulait sûrement que le sport reste une priorité pour moi, non ?

Mon coach vit pour ce sport. Moi aussi, et il le sait forcément. Ma nouvelle vie n’y change rien.

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