Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 2

2

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Rider

Plus je regarde mon coéquipier – et nouveau coloc – Ben Rodriguez parler à ma voisine, plus je me sens mal à l’aise.

Gabby Duran est la dernière personne que j’aurais voulu avoir pour voisine, mais j’ignorais qu’elle habitait en face quand j’ai signé le bail de cette maison, l’année dernière.

On dirait que ma vie me met sous le nez ce que je ne peux pas avoir, ce que je ne devrais pas désirer et ce que je ne sais pas gérer.

Aujourd’hui, Gabby est super classe, la parfaite bibliothécaire cochonne.

Un fantasme que je connais bien.

Quand on s’est rencontrés, en première année, elle portait un T-shirt avec l’inscription « Je corrige mentalement tes fautes de grammaire », alors que le mien représentait un atome qui se vantait d’être un électron libre.

Son regard s’était éclairé quand elle avait lu cette blague nulle et je n’avais pas eu le cœur de lui avouer que j’avais choisi ce T-shirt dans une friperie parce qu’il ne coûtait rien. Pas pour faire mon malin.

Elle a assez vite commencé à hanter mes pensées, même si ça m’ennuie de l’admettre. C’est une fille intelligente, avec de la suite dans les idées et un caractère bien trempé. Et puis ces longs cils et ces yeux bruns avec des reflets verts – noisette, comme on dit –, ça m’a toujours fait de l’effet.

Mon ancienne tutrice est une adulte, maintenant. Elle était déjà super mignonne il y a trois ans mais, désormais, elle a des formes épanouies carrément appétissantes.

Loin de moi l’idée de tenter ma chance, cependant. Vu les éclairs dans ses yeux quand j’ai essayé de la saluer, je ne pense pas qu’elle me dirait oui.

Pour être tout à fait honnête, ça m’a mis un coup au moral.

Tu t’attendais à quoi, ducon ? Voilà des années que tu ne lui as quasiment pas parlé.

Une partie de moi espérait que les événements du mois de mai avaient changé les choses, rien qu’un peu. Une manière chelou de briser la glace, disons. C’est vrai, quoi, je n’ai jamais voulu qu’elle me déteste. Mais je ne devrais pas être étonné de son doigt d’honneur. La dernière fois que nous nous sommes croisés, elle et moi, elle m’a claqué la porte à la figure.

En règle générale, les filles m’adorent – même mes anciennes copines et mes conquêtes. Mais Gabby ? Pas vraiment.

Je me frotte le torse en me demandant où elle va et pourquoi elle n’a pas pris sa voiture. Sa Honda est peut-être encore en panne…

Au moins, l’avantage d’habiter en face de chez elle, c’est qu’en cas d’urgence je serai là pour elle. Si elle veut me dire d’aller me faire foutre, pas de problème, mais ça me tranquillise de savoir qu’elle n’a qu’à traverser la route si elle a besoin d’aide.

Je fais signe à mon autre voisine, celle qui m’a eue à la bonne avant même que je tonde sa pelouse.

— Voulez-vous que je vous apporte des grillades ou un peu de pizza, Mme Goode ?

Elle acquiesce avec un grand sourire même si elle n’a sans doute rien compris car elle n’a pas son appareil auditif – ce qui fait qu’elle ne se plaint jamais quand on met la musique à fond, impec.

Mme Goode me paie pour tondre sa pelouse avec des bons de réduction du supermarché. Je ne refuse jamais, histoire de ne pas blesser son orgueil.

Mentalement, je me projette vers la longue sieste que je vais m’offrir cet aprèm. Après avoir fait du sport ce matin, trimballé des meubles une bonne partie de la journée et joué les jardiniers, je me serais bien passé de cette fête.

Mon meilleur ami, Tank, traverse la cohue massée devant la maison, vêtu d’un short de bain riquiqui, des palmes et un masque de plongée à la main.

— Concours de plongeons dans dix minutes.

— Il faudrait être teubé pour espérer gagner contre toi.

Un petit check, poing contre poing, et mon pote répond avec un large sourire :

— J’avoue. À mon avis, les gens cherchent juste un prétexte pour mater mon corps parfait voler au-dessus de l’eau.

J’éclate de rire. Tank, de son vrai nom Tamatoa Salamasina, mesure quasiment deux mètres pour près de cent cinquante kilos. C’est le pivot de la ligne d’attaque de mon équipe.

— Essaie de ne rien te casser, j’ai besoin de toi.

— T’inquiète, bro. Les seuls moments où je pourrais me faire mal, c’est au lit avec Bree.

Trop d’informations, mec.

Tank est à fond sur sa copine. Il a déjà choisi une bague de fiançailles et compte avoir une demi-douzaine de gosses. Je me suis souvent demandé comment il pouvait rester indifférent face à ces dizaines de filles qui se jettent à nos pieds : il n’y a qu’à se servir, pourtant ! Mais je commence à comprendre ses raisons. Surtout quand il rentre avec tous ces bons petits plats maison qu’il refuse de partager.

Ces temps-ci, je préfère sortir quelques mois avec une fille plutôt que d’enchaîner les coups d’un soir. Tant qu’on est sur la même longueur d’onde, on s’éclate, rien de plus. Préservatif obligatoire, systématiquement. La règle est stricte.

Je ne suis pas comme Tank : rien qu’à l’idée d’avoir un seul gosse, je me chie dessus, alors six ? Je finirais à l’asile direct.

En me retournant, je m’aperçois que Ben est toujours en train de discuter avec Gabby, un peu plus loin dans la rue. Ma mâchoire se serre. Mais qu’est-ce qu’il lui veut, bordel ?

Soudain, une masse de cheveux blonds surgit dans mon champ de vision. J’ai à peine le temps de faire comme si de rien n’était : Miranda bondit en enroulant ses bras bronzés autour de mon cou comme un koala.

— Waouh !

Je rigole mais le cœur n’y est pas. Finalement, si je m’enferme dans ma chambre, ce ne sera pas pour y faire la sieste.

Les deux mains sous ses fesses moulées par son bikini, je la hisse sur mon épaule. Elle piaille tellement fort que ça me vrille le tympan.

Tout le monde s’arrête pour nous observer. Les mecs en profitent pour mater son cul alors qu’elle gigote par-dessus mon épaule. Je n’ai même pas la force de les fusiller du regard.

Avec Mira, c’est toujours l’éclate, mais on a passé un marché. Rien de sérieux, quoiqu’il arrive. Voilà pourquoi ça marche entre nous. Parce que je ne me suis jamais senti envoûté par elle. Et de son côté elle ne réclame rien de plus.

Je jette un regard vers Gabby qui parle encore avec l’autre idiot.

Pendant un bref instant, je m’interroge. Est-ce que ce serait une si mauvaise idée de m’engager avec une fille, une seule, plutôt que de multiplier les conquêtes ? Sans avoir peur qu’on reste avec moi pour ma popularité sur les réseaux sociaux, les soirées de folie ou mon statut de star du campus ?

Je pourrais être avec quelqu’un qui ne me réduirait pas à mes statistiques sur le terrain, à mon dernier touchdown ou à la montagne de pognon qui m’attend si une équipe me recrute. Une amie avec qui je pourrais être moi-même et baisser la garde.

Est-ce que ce serait si horrible d’avoir un corps de femme tout chaud contre lequel je pourrais me lover dès le matin ?

Et puis je reviens à la réalité. Tu déconnes ou quoi, Rider ?

J’ai presque envie de renifler de dégoût.

Non, ce n’est pas pour ça que j’ai signé. Les histoires sans engagement, c’est ce qui me permet de rester concentré sur la seule chose qui compte pour moi : le football. Les matchs. La gagne. Point barre.

Car en dehors de ça, qu’est-ce que j’ai ? Le vieux camping-car pourri de mon père ? Les factures qu’on n’arrive pas à payer ? Les gens du coin qui nous prennent pour des débiles ? Une chance que Charming soit suffisamment loin de ma ville natale, ça me permet d’échapper à toutes ces conneries.

Ma carrière de footballeur me sortira de là, il n’y a qu’à elle que je suis fidèle. Les filles qui réchauffent mon lit connaissent les règles du jeu. Je suis toujours honnête là-dessus. Et ma jolie voisine est bien placée pour le savoir.

La mine dédaigneuse qu’arborait Gabby ce matin me revient en mémoire et j’ai honte. Elle doit me prendre pour une merde, et je déteste ça.

Si elle parlait aux gens de ma ville d’origine, ils seraient du même avis. Tel père, tel fils…

J’ai envie de croire que je lui ai rendu service en prenant mes distances. L’engagement, ce n’est pas mon truc, elle le sait. Tout comme je sais qu’elle cherche quelqu’un pour la vie.

Elle et moi on est comme l’eau et l’huile, en somme.

Bref, malgré les sentiments qu’elle m’inspire et l’attirance que j’ai pour elle, il ne peut rien se passer avec cette fille. Car elle ne se contentera jamais d’une aventure d’un soir et, moi, je ne voudrai jamais davantage.

Par-dessus mon épaule, Miranda braille :

— Et c’est partiii !

La foule toujours plus nombreuse acquiesce en rugissant. Comme tout le monde, je me marre. D’un rire sans joie, mais personne ne s’en rend compte. Personne ne s’en rend jamais compte.

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