Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 53

53

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Rider

Ça se passe mal.

Mme Hildebrand est installée au bord de notre canapé. Elle semble au bord de l’explosion.

Étonnamment silencieux et immobiles, Tank et Olly sont assis à côté de moi. Je me suis dit que ce ne serait pas du luxe d’avoir du soutien si jamais cette femme recommence à me menacer. Tank a écrit à Bree – elle arrive avec Poppy.

— Vous voulez dire que ma petite-fille vous a laissé le bébé au beau milieu d’une fête ?

Et voilà, c’est parti.

Aussi calmement que possible, je lui fais remarquer :

— Nous sommes des footballeurs, madame. Nous ne vivons pas dans un monastère.

Vu qu’elle a débarqué le couteau entre les dents avec l’intention d’obtenir la garde de ma fille, je dirais que je m’en sors plutôt bien. Ces longues heures passées devant des micros à répondre à la presse m’ont appris la patience.

— Elle a déposé le bébé à la fin d’une fête. Il était assez tard. Je dormais déjà, mes colocs m’ont réveillé quand ils l’ont trouvée.

Mme Hildebrand secoue la tête, l’air incrédule.

— Je n’aurais jamais dû la laisser seule.

— Qui ça, votre petite-fille, la mère de Poppy ?

Voyant qu’elle acquiesce à contrecœur, je poursuis :

— Puis-je vous demander où elle est ?

Les tacos que j’ai mangés tout à l’heure me pèsent sur l’estomac comme un tas de cailloux.

— Elle s’appelle Cricket, c’est bien ça ?

Pitié, pourvu que ce soit le cas ou je vais passer pour le pire des connards. L’autre jour, Olly m’a dit qu’il se souvenait de quelques détails de ce fameux week-end. D’après lui, la fille qui avait apporté les brownies à la beuh s’appelait Cricket… ou Cicada.

Espérons que ce ne soit pas Cicada.

Après m’avoir gratifié d’un regard dur, Mme Hildebrand pousse un soupir :

— C’est comme ça que l’appellent ses amis. Elle trouvait Margot trop prétentieux.

Margot. Je laisse échapper un soupir à mon tour. Enfin, j’ai l’info que je cherchais.

— Margot… Hildebrand, alors ?

La vieille dame penche la tête sur le côté.

— Je me trompe ou vous ne la connaissez absolument pas, jeune homme ?

Eh bien, euh…

Je sais que Cricket prépare des brownies capables de mettre KO un éléphant, mais quelque chose me dit que mamie n’a pas besoin de savoir ce détail.

J’ouvre la bouche avant de la refermer aussitôt.

Allez, Rider, réfléchis. Il faut que je parle.

— Cricket s’est très bien occupée de Poppy.

Voilà.

Ma remarque me vaut un nouveau regard excédé.

— C’est moi qui me suis très bien occupée de Poppy.

Je me frotte la nuque. Ça craint, sérieux.

— Écoutez, pouvons-nous discuter de tout ceci calmement ? Poppy m’a été confiée le soir d’Halloween, et j’ai fait de mon mieux pour prendre soin d’elle. Elle est heureuse, en bonne santé et très éveillée pour son âge ! Elle m’appelle « dada » et dit « haca » quand elle veut du rab. Avant cette nuit-là, je ne me doutais pas que j’avais une fille, croyez-moi. Sans quoi, j’aurais été là pour elle.

Pas sûr de savoir d’où me viennent ces grands mots, mais c’est la stricte vérité. Si les choses s’étaient déroulées autrement, je me serais bougé et j’aurais aidé Cricket – même si je ne la connais ni d’Ève, ni d’Adam. Visiblement, cette fille est tombée enceinte à cause de moi, je suis donc responsable du bébé… et de Cricket, d’une certaine manière.

Ce qui me ramène à la question gênante à laquelle Mme Hildebrand n’a pas encore daigné répondre.

— Puis-je vous demander où est Cricket ? Dans son message, elle parlait de m’appeler en arrivant.

Ce qui paraissait difficile, vu qu’elle n’a pas mon numéro, mais passons.

— L’ennui, c’est qu’elle n’a pas mentionné où elle allait et je n’ai aucun moyen de la contacter.

J’ai un peu honte d’admettre que je n’ai pas fait beaucoup d’efforts pour retrouver sa trace. Il faut dire que j’étais furieux qu’elle ait abandonné Poppy de cette façon. Et gêné de ne rien savoir à son sujet. Quoi qu’il en soit, il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’il y avait peut-être un problème. Et si elle avait des gros soucis ? Peut-être même qu’elle est en danger.

— Je… vous voyez…

Mme Hildebrand se triture les mains.

— Margot est d’un caractère… anticonformiste, disons. Lors de sa grossesse, elle est parvenue à rester sur le droit chemin. Je l’ai emmenée chez sa thérapeute toutes les semaines. Chez une acupunctrice, également. Je lui ai même dégoté un prof de yoga qui lui a appris à méditer afin qu’elle soit en bonne santé jusqu’à la naissance de la petite. Ça a marché. Je ne l’ai jamais vue aussi sobre. La venue de Poppy la motivait.

La femme esquisse un sourire qui ne tarde pas à s’effacer.

— Mais peu de temps après, elle est retombée dans ses vieux travers.

Je lui demande gentiment :

— Les soirées ?

À contrecœur, elle hoche la tête.

— Ses amis voulaient qu’elle les rejoigne dans une région de Californie qui porte un drôle de surnom. Une histoire de pierre précieuse, je crois. Le Triangle de saphir, ou de rubis…

Tank claque des doigts.

— Le Triangle d’émeraude. C’est une région très montagneuse dans le nord de l’État, au-dessus de Sacramento.

— Voilà, c’est ça.

Je me tourne vers mon coloc.

— C’est quoi, cet endroit ?

L’étincelle dans ses yeux disparaît tandis qu’il plisse les lèvres.

— C’est, euh… c’est un immense champ de cannabis à ciel ouvert.

La beuh est légale en Californie, où est le problème ?

— D’accord, mais pourquoi tu fais cette tête ?

— J’ai entendu parler du Triangle d’émeraude dans un documentaire Netflix.

Tank marque une pause, se gratte le crâne et regarde Olly qui hausse les épaules.

— Le truc, c’est que chaque année, des tas de gens disparaissent dans cette région.

— Tu déconnes ?

Olly lève les mains pour calmer le jeu.

— Attends, ça ne veut pas dire que Cricket est portée disparue, quand même ?

Nous nous tournons tous vers Mme Hildebrand dont le visage est sillonné de larmes. Je fusille du regard Tank, qui me glisse :

— Quoi ? Tu aurais préféré que je mente ?

J’attrape la boîte de mouchoirs que Gabby a déposée sur notre table basse il y a quelques jours – Poppy n’arrêtait pas de baver sur nos cahiers.

Mme Hildebrand saisit un Kleenex d’un air reconnaissant et le porte au coin de ses yeux.

— Excusez-moi.

Une fois qu’elle semble s’être calmée, je demande :

— La dernière fois que vous avez eu des nouvelles de Cricket, c’était quand ?

— Il y a deux semaines, répond-elle les yeux remplis de larmes.

Tank tape dans ses mains.

— Ce n’est rien du tout. Une fois, j’ai laissé passer un mois entier avant de téléphoner à ma mère. Elle était furieuse, je ne vous raconte pas. Pas besoin d’appeler les flics pour ça.

Je tends un autre mouchoir à la vieille dame.

— Mais, euh… vous avez essayé de la joindre ? Ou d’appeler ses amis ?

Avant qu’elle réponde, la porte de la maison s’ouvre en grand. Bree, Gabby et Poppy font leur entrée.

Bordel, il y a à peine une heure que j’ai déposé Gabby devant chez elle, et j’ai l’impression de ne pas l’avoir vue depuis un an. Cette journée est vraiment partie en vrille.

Alors que je m’apprête à faire les présentations, Gabby aperçoit Mme Hildebrand et s’écrie :

— Adele ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

Et elle court la prendre dans ses bras.

Non mais il se passe quoi, là ? semble me demander Tank sans même bouger les lèvres.

Je me pose la même question.

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