Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)

Chapitre 46

46

 

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Rider

Mortimer n’est pas si loin de Charming, mais l’ambiance qui règne ici est tellement différente qu’on se croirait dans un autre pays ! Tandis que nous traversons les quelques rues qui forment le centre-ville, j’essaie de me mettre à la place de Gabby. Je ne vois que des devantures défraîchies, des trottoirs défoncés et l’enseigne d’une station-service qui pendouille, prête à se décrocher au moindre coup de vent.

C’est encore pire quand nous approchons du quartier des mobile-homes où des lampadaires éclairent le périmètre d’une lumière jaunâtre. La moitié des baraques sont vides et les autres sont toutes branlantes, comme si elles étaient trop fatiguées pour rester debout plus longtemps.

Bon sang, qu’est-ce qui m’a pris de conduire Gabby ici ? C’était quoi, l’idée ? Lui montrer qu’on est de vrais tocards, chez les Kingston ? Lui faire comprendre, une fois pour toutes, que le football est mon seul moyen de m’en sortir ?

Je coupe le moteur et inspire un grand coup.

La main douce de Gabby recouvre la mienne.

— Hé, je suis là quoi qu’il arrive. Tu vas présenter Poppy à ton père, ce n’est pas rien.

C’est bien ça qui me fait peur.

Je reste muet. Que dire, de toute façon ?

Après avoir fait claquer ma portière, je me penche vers la banquette arrière pour détacher Poppy. Il est tard. Je devrais être en train de la préparer pour la nuit, mais mon planning est tellement blindé ! Et comme je ne me sentais pas la force de régler ça par téléphone, nous voilà.

Tandis que je remonte l’allée – enfin, ce qui serait une allée sans toutes ces mauvaises herbes –, je serre Poppy contre moi en cherchant la main de Gabby qui marche derrière nous.

— Attention dans l’escalier.

Une fois que nous sommes devant l’entrée, je frappe.

Du fond du salon, mon père beugle :

— Barre-toi, sale con ! Je t’ai dit que tu auras ton pognon la semaine prochaine.

Ça commence bien.

— Papa, c’est moi.

Je l’ai appelé plus tôt pour le prévenir de ma visite, mais pas sûr qu’il s’en souvienne. S’il a levé le pied sur l’alcool, le moment sera moins pénible.

J’essaie d’ouvrir. Le verrou n’est pas mis.

Mon paternel est assis dans son vieux fauteuil, vêtu d’un slip et d’un T-shirt taché. Une demi-douzaine de canettes de bière jonchent la table basse.

La mâchoire serrée, je dis :

— Je suis avec une amie. Tu devrais peut-être enfiler un pantalon.

Il ne prend même pas la peine de détourner les yeux de sa télé.

— C’est bon…

Tout en avalant les dernières gouttes de sa binouze bon marché, il rote bruyamment et demande :

— Alors comme ça, tu te décides à venir me voir. Quelqu’un est mort ?

Et hop, il se gratte l’entrejambe.

C’est tellement humiliant, putain.

— J’ai une nouvelle à t’annoncer, mais je ne voulais pas le faire par téléphone.

Je me racle la gorge. Allez, c’est le moment.

— Je me suis dit que ça te plairait de faire la connaissance de ta petite-fille.

Mon père cligne des yeux. Puis fronce les sourcils. De longues secondes se sont écoulées quand il se tourne vers nous.

Ses yeux injectés de sang passent de moi et Poppy à Gabby, puis se posent à nouveau sur moi.

— Tu n’avais qu’une chose à faire, jouer au football, marmonne-t-il entre deux renvois. Rien d’autre. Et même ça, tu n’as pas su le faire.

D’un mouvement du menton, il désigne Gabby.

— C’est la fille que tu as mise en cloque ?

Bon sang.

— Non, c’est, euh…

Si je la présente comme ma copine, ça risque de partir en vrille, non ? Bordel, j’aurais dû réfléchir à ce que je comptais dire avant de débarquer ici.

Gabby s’avance.

— Bonsoir, monsieur Kingston. Je suis la voisine de Rider et je garde Poppy de temps en temps.

Mon père jette un coup d’œil à la petite et me lance :

— Poppy ? Tu n’aurais pas pu trouver un prénom moins tarte ?

Je grimace, choqué qu’il puisse se moquer d’une enfant. Comment peut-on tomber aussi bas ? Une fois encore, Gabby me dispense d’avoir à répondre. J’en serais incapable, là, maintenant. 

— C’est vraiment une super petite.

Gabby me prend Poppy et l’embrasse sur le front.

— Dis bonjour à ton grand-père, Poppy.

C’est à peine s’il daigne la regarder avant de retourner à sa télé.

— Comment tu sais qu’elle est de toi ? N’importe quelle greluche peut prétendre que tu l’as mise enceinte.

La mâchoire serrée, je réplique :

— J’ai fait un test de paternité.

— Explique-moi pourquoi j’ai lâché tant de fric pour te permettre de faire du sport si c’est pour que tu foutes tout par terre au dernier moment.

Des postillons giclent hors de sa bouche. Je rétorque :

— Tu as déjà payé quelque chose dans ma vie, toi ? Sans les repas gratuits à la cantine, j’aurais crevé de faim. Les parents de mes potes avaient pitié de moi et me filaient de vieux vêtements. Mes coachs ont acheté mon équipement, tout ça parce que Hank Kingston était incapable de se sortir les doigts et de penser à autre chose qu’à sa gueule pendant deux minutes.

— Tu parles comme elle.

Elle. Ma mère. L’argument classique.

J’ouvre la bouche pour répliquer, mais il me coupe :

— N’essaie pas de la défendre. Qui a pris soin de toi quand elle s’est barrée ? Moi. Ne fais jamais confiance à une bonne femme, Rider, jamais. Je te l’ai dit des centaines de fois et je le répéterai autant de fois qu’il faut. Les gonzesses te feront toujours des sales coups.

Là, il se tourne vers Gabby – tellement pétrifiée que je me demande si elle respire encore – et braille :

— Même elle, avec sa jolie voix, sa jolie frimousse et ses jolies manières ! Je vois bien la façon dont elle te regarde. Tu la baises elle aussi, ne me fais pas croire le contraire !

La honte m’envahit, je n’ai jamais rien éprouvé de tel.

Je n’en reviens pas d’avoir demandé à Gabby de m’accompagner. D’avoir présenté ma fille à ce connard. D’avoir été assez bête pour imaginer que mon père serait heureux d’apprendre qu’il est grand-père.

Il lance à Gabby d’un ton méprisant :

— Laisse-moi deviner, tu l’aides par gentillesse. Mais je parie que tu attends qu’il touche son gros chèque, comme toutes les autres.

Un rire dément agite son corps flasque.

Le poing refermé autour de son T-shirt dégueulasse, je l’arrache de son fauteuil.

— Je t’interdis de lui parler comme ça. Si j’ai pu garder la tête hors de l’eau pendant tout le semestre, c’est grâce à elle. Et toi, qu’est-ce tu as fait à part vider mon compte en banque ?

Soudain, Poppy se met à pleurer, et je repousse mon père sur son fauteuil avant de lui casser la gueule.

— On t’attend dans la voiture, murmure Gabby, les joues rouges et les yeux brillant de larmes.

J’ai fait une erreur monumentale.

— C’est bon, on s’en va.

Nous n’aurions jamais dû venir.

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