Campus Baby : USA Today Bestseller (&H) (French Edition)
Chapitre 38
38
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Rider
Après avoir été à deux doigts d’en venir aux mains avec Ben, je traverse la rue à la vitesse de l’éclair… après une bonne demi-heure de conversation avec mon coloc. Fort heureusement, j’ai réussi à le calmer sans que nous ayons à nous taper dessus. N’empêche que je suis toujours vénère. Comment a-t-il osé dire des horreurs pareilles devant Gabby ?
Le trou dans le mur ne devrait pas être trop difficile à reboucher. Pour la précision, c’est Ben qui l’a fait, pas moi. Et même si j’en avais envie, bordel, j’ai pensé que Gabby n’aimerait pas que je colle mon poing dans la gueule de son petit frère. Sans compter qu’on est censés être sur le terrain demain, lui et moi. Et ma règle d’or, c’est de ne jamais taper sur mes coéquipiers.
Cela dit, il n’a pas intérêt à répéter ce genre de saloperies devant elle.
Sienna ouvre la porte avant même que j’aie frappé.
— Salut, dit-elle d’un ton hésitant.
Elle tient ma fille contre sa hanche. À en juger par sa tête, elle sait qu’il s’est passé un truc. Mais avant toute chose…
J’attrape Poppy pour la serrer contre moi.
— Comment elle va, ma beauté ?
Je lui donne des bisous dans le cou qui la font piailler. Après avoir câliné ma fille, je me tourne vers Sienna.
— Désolé, je suis en retard. Ce matin, c’est, euh… c’était la folie.
— Il n’est même pas 9 heures, t’inquiète.
— Elle a bien dormi ?
Sienna me raconte toutes les choses mignonnes que Poppy a faites après son réveil aux aurores.
Je sors de ma poche une enveloppe remplie de billets.
— Franchement, je te dois plus.
J’ai commencé à verser un petit quelque chose à tout le monde. Je tiens des comptes afin de me rattraper dès que je le pourrai. Mes colocs ne me laisseront certainement pas mourir de faim, mais tout de même ça fait du bien. Tous ces soucis de fric me rappellent mon enfance. Et ça, je ne supporte pas.
Sienna tente de refuser mon enveloppe, mais j’insiste pour qu’elle la prenne.
Pendant une poignée de secondes, je cherche un truc à dire, puis je la vois glousser.
— Tu veux parler à Gabby, j’imagine ?
— Oui, s’il te plaît.
Elle s’écarte pour me laisser passer.
— Je crois qu’elle est sous la douche.
Une manière de m’éviter, donc. Je comprends.
— Je vais attendre.
À en juger par l’expression de Sienna, c’est la bonne réponse.
Poppy dans les bras, je m’assois sur le canapé. Sienna disparaît au fond du couloir. Calé contre les coussins, je tiens ma fille en équilibre pour qu’elle essaie de se mettre debout sur mon ventre. Quand elle bascule, j’ouvre de grands yeux et je lance :
— Attention, ma belle ! Papa va t’attraper !
Elle tombe et s’esclaffe à gorge déployée.
Après plusieurs minutes, elle finit par fatiguer et pose la tête sur mon torse. Je tapote ses petites fesses. J’ai une montagne de boulot en retard mais je tiens à partager ce genre de moments avec ma fille avant de m’y mettre. Ce n’est pas ma faute si j’ai un emploi du temps de malade. Promis, je me rattraperai dès que la saison sera terminée.
— Pa. Pa. Pa. Paaaah. Pii.
Je marque une pause.
— Tu viens de dire papa ?
Elle lève la tête puis, avec un sourire dégoulinant de bave, elle répète ce mot qui fait fondre mon cœur de pierre. Je ne pensais pas que l’entendre me toucherait autant. Les yeux fermés, je serre fort mon petit Zébulon.
— Je t’aime, Poppy.
Quand je rouvre les yeux, Gabby est près de nous, en peignoir. Elle me sourit doucement. Elle a les cheveux mouillés et n’a plus une seule trace de maquillage. Mais de toute évidence, elle a pleuré. Et ça me dévaste littéralement.
— Viens là.
Je tapote la place à côté de moi. Étonnamment, elle ne proteste pas, mais s’installe à bonne distance.
— Eh, tu peux faire mieux que ça.
En me penchant vers elle, je passe un bras autour de ses épaules et je l’attire vers moi. Finalement, elle accepte de se rapprocher et pose la tête sur ma poitrine pour cajoler Poppy.
Ma fille ouvre et referme plusieurs fois ses menottes pour que Gabby la prenne à son tour.
Ces deux-là s’adorent, ça crève les yeux.
L’espace d’un instant, je m’interroge. Et si c’était ça, ma vie ? Et si je rentrais chez moi pour passer des soirées tranquilles avec ma fille et Gabby, loin des terrains de football, des caméras, de la presse, des fans ?
Problème : cette idée me donnerait presque des sueurs froides.
Avant de me mettre à flipper, je repense au conseil que m’a offert Tank ce matin. Il faut y aller petit à petit. Pas la peine de brûler les étapes ou je risque de perdre pied.
« Tu n’y vas pas pour la demander en mariage, m’a-t-il prévenu. Elle se foutrait de ta gueule, de toute façon. Fais-lui comprendre qu’avec elle c’est différent, point. »
Il n’a pas eu besoin de m’expliquer ce qu’il entendait par là.
La complicité et la proximité que j’ai toujours eues avec Gabby m’ont sauté aux yeux quand on a fait l’amour. Avec elle, tout ce que j’éprouve me paraît nouveau.
Ça me fiche la trouille.
Mais ma première année m’a appris que nier ce sentiment ou le fuir est inutile. Et je le regretterais forcément. Avec elle, les choses sont trop extraordinaires pour les ignorer.
Je m’éclaircis la gorge.
— Poppy se demande si tu souhaites te joindre à nous pour le petit déjeuner.
— Poppy ?
Gabby se redresse avec un sourire en coin.
— Oui, Poppy.
Maintenant, c’est vers moi que ma fille ouvre et referme ses menottes. Je la reprends.
— Elle a lancé l’idée juste avant que tu arrives. Elle a dit : « J’aime beaucoup Gabby. Viens, on l’invite à boire un café et manger des tartines avec nous. »
Je tapote le dos de la petite d’une main, avec l’espoir que ça l’aide à se tenir tranquille pendant notre conversation. Heureusement, elle a l’air contente d’être allongée sur mon torse et suce son poing.
Ma somptueuse voisine m’adresse un large sourire, le premier depuis un moment !
— Je pensais que tu comptais faire du jogging dans les collines, ce matin. Tes potes et toi, vous êtes de sacrés coureurs, paraît-il.
Et bim.
Elle secoue la tête.
— Le plus dingue, c’était de voir mon frère se transformer en homme de Néandertal alors que ce n’est pas exactement un expert en matière de relations affectives.
Gabby n’a pas tort au sujet de Ben, mais qui suis-je pour le critiquer ?
— Il essaie juste de veiller sur toi, c’est compréhensible. Si j’avais une sœur, je voudrais que son mec la respecte.
Voyant qu’elle ne réagit pas, je soulève son menton pour qu’elle me regarde.
— Je ne compte ni courir après quelqu’un d’autre, ni disparaître.
Deux yeux tourmentés plongent au fond des miens. Ils sont rougis et inquiets, ça me désole qu’elle ne me fasse pas confiance.
— Tu peux me croire, Gabby. Et c’est ce que j’ai dit à Ben.
C’est sans doute pour ça que la maison ne s’est pas transformée en ring de boxe, mais pas besoin qu’elle connaisse ce détail.
De longues secondes plus tard, elle penche la tête vers ma main et je caresse sa peau douce.
— Tu me le promets ? demande-t-elle lentement.
J’acquiesce, en me rapprochant pour que nos lèvres se frôlent.
— Je te le promets.
— Et Ben ne va pas tenter de te tuer dans ton sommeil ?
Je laisse échapper un son qui ressemble autant à un rire qu’à un grognement.
— J’espère que non. Ça va aller, je crois.
Enfin, pas complètement. Mais ça n’ira pas jusqu’au meurtre, déjà.
Certain d’avoir dissipé tous les doutes de Gabby, j’essaie à nouveau de l’embrasser, mais elle s’écarte encore.
— Tu n’iras pas voir ailleurs, c’est vrai ?
Pas compliqué de répondre à cette question, vu que Gabby a occupé mes pensées pendant tout le semestre. Tu n’as pas arrêté de penser à elle depuis la première année. Mais tu étais trop trouillard pour prendre une décision.
— Non, promis.
Avec un petit sourire, je me love contre elle et l’embrasse avant qu’elle ait le temps de réagir. Je n’ai aucune expérience en matière de relations sérieuses, mais si c’est ce qu’elle veut, si je suis ce qu’elle veut, tentons le coup.
Je plonge la main dans ses cheveux humides.
— Mais je dois être honnête avec toi sur plusieurs points.
Je me recule pour repousser ma fille qui essaie de me grimper sur la tête.
— Pendant les prochaines semaines, le football sera ma priorité. Mes performances vont décider de ma vie et de celle de Poppy. Pas question de tout foutre en l’air. Du coup, tout ce qui ne concerne pas le football doit me donner le minimum de soucis. C’est beaucoup demander, mais il faut que j’essaie, pour ma fille. Si tu es partante, je suis prêt à voir où ça nous mène.
Tout en lui décochant mon sourire le plus convaincant, je rapproche le visage de Poppy du mien. Avec un peu de chance, Gabby ne nous dira pas non. La bouille de la petite est tellement mignonne.
— Tu auras les deux pour le prix d’un. Imbattable, comme offre, tu ne trouves pas ?
Gabby nous regarde tour à tour et lève les yeux au ciel devant ma façon d’utiliser éhontément ma fille – qui est ma meilleure arme, je dois le reconnaître.
— C’est moche, ce que tu fais.
Je n’ai aucune limite, méfie-toi.
Heureusement, je la vois hocher la tête.
— C’est oui ?
Mon cœur bat la chamade.
— C’est oui.
— Un petit bisou, alors ?
Je serais d’avis d’aller un peu plus loin, mais Poppy est là, il va nous falloir rester tout public.
Gabby se rapproche en faisant la moue. Devant mes sourcils froncés, elle rit :
— Tu vas devoir patienter pour avoir droit à mieux.
Elle accompagne sa phrase d’un mouvement des sourcils qui me fait rire.
Et tandis que nous nous préparons à sortir prendre le petit déjeuner, je me demande s’il est possible de faire encore mieux que la nuit que nous venons de passer.
J’ai hâte de découvrir ça.
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