Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV
L’esprit des Essais. Extraits, Classés par Matière et dans un Ordre Méthodique, des Idées Caractéristiques qui Y Sont Émises.
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 8 parties.
est si cuysant et si naturel. Et quand ie les oye se vanter d’auoir leur volonté si vierge et si froide, ie me moque d’elles. Elles se reculent trop arriere. Ie suis fort seruiteur de la nayfueté et de la liberté: mais il n’y a remede, si elle n’est du tout niaise ou enfantine, elle est inepte, et messeante aux dames en ce commerce: elle gauchit incontinent sur l’impudence. Leurs desguisements et leurs figures ne trompent que les sots: le mentir y est en siege d’honneur: c’est vn destour qui nous conduit à la verité; par une fauce porte, III, 228.
Refuser tout abbor, c’est tesmoignage de foiblesse, et accusation
de sa propre facilité: vne dame non tentee, ne se peut venter de sa chasteté, III, 220.
Des violences qui se font à la conscience, la plus à euiter à mon
aduis, c’est celle qui se faict à la chasteté des femmes; d’autant qu’il y a quelque plaisir corporel, naturellement meslé parmy: et à cette cause, le dissentement n’y peut estre assez entier; et semble que la force soit meslée à quelque volonté, I, 640.
CHATIMENTS.
Les chastiemens, qui se font auec poix et discretion, se reçoiuent
bien mieux, et auec plus de fruit, de celuy qui les souffre, II, 608.
CHOSES.
Nous sçauons les choses en songe, et les ignorons en verité,
II, 226.
Combien y a il de choses peu vray-semblables, tesmoignees par
gens dignes de foy, desquelles si nous ne pouuons estre persuadez, au moins les faut-il laisser en suspens, I, 292.
Assez de choses peuuent estre et auoir esté, desquelles nostre
discours ne sçauroit fonder la nature et les causes, II, 130.
La foiblesse de nostre condition, fait que les choses en leur
simplicité et pureté naturelle ne puissent pas tomber en nostre vsage. Les elemens que nous iouyssons, sont alterez: et les metaux de mesme, et l’or, il le faut empirer par quelque autre matiere, pour l’accommoder à nostre seruice, II, 536.
Les gloses augmentent les doubtes et l’ignorance: il ne se voit
aucun liure, soit humain soit diuin, sur qui le monde s’embesongne, duquel l’interpretation face tarir la difficulté: il se sent par experience, que tant d’interpretations dissipent la verité et la rompent, III, 604.
L’humaine cognoissance, acheminée par les sens, peut iuger des
causes des choses iusques à certaine mesure, mais estant arriuée aux causes extremes et premieres, il faut qu’elle s’arreste et qu’elle rebouche: à cause ou de sa foiblesse, ou de la difficulté des choses. Elle a certaines mesures de puissance, outre lesquelles c’est temerité de l’employer, II, 336.
Les choses qui sont à nostre cognoissance les plus grandes,
nous les iugeons estre les extremes que nature face en ce genre, I, 290.
Les choses dequoy on se moque, on les estime sans prix, I, 556.
Si n’est-ce pas entierement mesdire de quelque chose, d’y
trouuer des deffauts: il s’en trouue en toutes choses, pour belles et desirables qu’elles soyent, III, 320.
Les hommes sont tourmentez par les opinions qu’ils ont des
choses, non par les choses mesmes, I, 440.
La nouvelleté des choses nous incite plus que leur grandeur, à
en rechercher les causes, I, 290.
De toutes choses les naissances sont foibles et tendres. Pourtant
faut-il auoir les yeux ouuerts aux commencements. Car comme lors en sa petitesse, on n’en descouure pas le danger, quand il est accreu, on n’en descouure plus le remede, III, 516.
Peu de gens faillent: notamment aux choses malaysées à
persuader, d’affermer qu’ils l’ont veu: ou d’alleguer des tesmoins, desquels l’authorité arreste notre contradiction. Suyuant cet vsage, nous sçauons les fondemens, et les moyens, de mille choses qui ne furent onques. Et s’escarmouche le monde, en mille questions, desquelles, et le pour et le contre, est faux, III, 528.
Combien de choses nous seruoyent hyer d’articles de foy, qui
nous sont fables auiourd’huy? I, 296.
Pour iuger des choses grandes et haultes, il faut un’ ame de
mesme, autrement nous leur attribuons le vice, qui est le nostre. Il n’importe pas seulement qu’on voye la chose, mais comment on la voye, I, 474.
Les choses à part elles, ont peut estre leurs poids et mesures, et
conditions: mais au dedans, en nous, nostre ame les leur taille comme elle l’entend. La mort est effroyable à Cicero, desirable à Caton, indifferente à Socrates, I, 554.
Les choses ne sont pas si douloureuses, ny difficiles d’elles
mesmes: mais nostre foiblesse et lascheté les fait telles, I, 474.
Des choses incommodes, il n’en est aucune si laide et vitieuse et
euitable, qui ne puisse deuenir acceptable par quelque condition et accident, tant l’humaine posture est vaine, III, 200.
CIVILITÉ.
Non seulement chasque païs, mais chasque cité et chasque
vacation a sa ciuilité particuliere. La nostre Françoise a quelques formes penibles, lesquelles pourueu qu’on oublie par discretion, non par erreur, on n’en a pas moins de grace. I’ay veu souuent des hommes inciuils par trop de ciuilité, et importuns de courtoisie, I, 84.
Pour moy ie retranche en ma maison autant que ie puis de la
cerimonie. Quelqu’vn s’en offence: qu’y ferois-ie? Il vaut mieux que ie l’offence pour vne fois, que moy tous les iours: ce seroit vne subiection continuelle. A quoy faire fuit-on la seruitude des cours, si on l’entraîne iusques en sa taniere? I, 84.
C’est inciuilité à vn Gentil-homme de partir de sa maison, comme
il se faict le plus souuent, pour aller au deuant de celuy qui le vient trouuer, pour grand qu’il soit: et il est plus respectueux et ciuil de l’attendre, pour le receuoir, ne fust que de peur de faillir sa route; il suffit de l’accompagner à son partement, I, 84.
C’est vne regle commune en toutes assemblees, qu’il touche aux
moindres de se trouuer les premiers à l’assignation, d’autant qu’il est mieux deu aux plus apparens de se faire attendre, I, 84.
C’est au demeurant vne tres-vtile science que la science de
l’entregent. Elle est, comme la grace et la beauté, conciliatrice des premiers abords de la societé et familiarité, I, 86.
Entre les masles depuis que l’altercation de la prerogatiue au
marcher ou à se seoir, passe trois repliques, elle est inciuile, III, 444.
COLÈRE.
Il n’est passion qui esbranle tant la sincerité des iugements, que
la cholere. Pendant que le pouls nous bat, et que nous sentons de l’esmotion, remettons la partie: les choses nous sembleront à la verité autres, quand nous serons r’accoisez et refroidis. Au trauers d’elle, les fautes nous apparoissent plus grandes, comme les corps au trauers d’vn brouillas, II, 608.
La tempeste ne s’engendre que de la concurrence des choleres,
qui se produisent volontiers l’vne de l’autre, et ne naissent en vn poinct. Donnons à chacune sa course, nous voyla tousiours en paix. Vtile ordonnance, mais de difficile execution, II, 618.
C’est vn’ arme de nouuel vsage: nous remuons les autres armes,
ceste cy nous remue: nostre main ne la guide pas, c’est elle qui guide nostre main: elle nous tient, nous ne la tenons pas, II, 618.
C’est vne passion qui se plaist en soy, et qui se flatte. Combien
de fois nous estans esbranlez soubs vne fauce cause, si on vient à nous presenter quelque bonne deffence ou excuse, nous despitons nous contre la verité mesme et l’innocence, II, 612.
On incorpore la cholere en la cachant: Il vaut mieux qu’elle
agisse au dehors, que de la plier contre nous, II, 616.
La philosophie veut qu’au chastiement des offences receuës,
nous en distrayons la cholere: non afin que la vengeance en soit moindre, ains au rebours, afin qu’elle en soit d’autant mieux assenee et plus poisante. A quoy il luy semble que cette impetuosité porte empeschement. Non seulement la cholere trouble: mais de soy, elle lasse aussi les bras de ceux qui chastient. Ce feu estourdit et consomme leur force, III, 494.
L’espander en empesche l’effect et le poids. La criaillerie
temeraire et ordinaire, passe en vsage, et fait que chacun la mesprise, II, 616.
COMBAT.
Le but et la visée, non seulement d’vn Capitaine, mais de
chasque soldat, doit regarder la victoire en gros; et que nulles occurrences particulieres, quelque interest qu’il ayt, ne le doiuent diuertir de ce point là, I, 504.
COMMANDEMENT.
Il n’appartient de commander à homme, qui ne vault mieux que
ceux à qui il commande, I, 488.
COMPASSION.
La plus commune façon d’amollir les cœurs de ceux qu’on a
offencez, lors qu’ayans la vengeance en main, ils nous tiennent à leur mercy, c’est de les esmouuoir par submission, à commiseration et à pitié: toutesfois la brauerie, la constance, et la resolution, moyens tous contraires, ont quelquesfois seruy à ce mesme effet, I, 16.
CONDUITE (FORTUNE).
C’est vne absoluë perfection, et comme diuine, de sçauoir iouyr
loyallement de son estre. Nous cherchons d’autres conditions, pour n’entendre l’vsage des nostres: et sortons hors de nous, pour ne sçauoir quel il y faict. Si auons nous beau monter sur des eschasses, sur des eschasses encores faut-il marcher de nos iambes, III, 702.
L’apreté et la violence des desirs, empesche plus, qu’elle ne sert
à la conduite de ce qu’on entreprend. Nous remplit d’impatience enuers les euenemens, ou contraires, ou tardifs: et d’aigreur et de soupçon enuers ceux, auec qui nous negotions, III, 492.
Nous ne conduisons iamais bien la chose de laquelle nous
sommes possedez et conduicts. Celuy qui n’y employe que son iugement, et son addresse, il y procede plus gayement: il feint, il ploye, il differe tout à son aise, selon le besoing des occasions: il faut d’atteinte, sans tourment, et sans affliction, prest et entier pour vne nouuelle entreprise: il marche tousiours la bride à la main. En celuy qui est enyuré de cette intention violente et tyrannique, on voit par necessité beaucoup d’imprudence et d’iniustice. L’impetuosité de son desir l’emporte. Ce sont mouuements temeraires, et, si Fortune n’y preste beaucoup, de peu de fruit, III, 492.
Le jeune doit faire ses apprests, le vieil en iouïr, disent les sages.
Et le plus grand vice qu’ils remerquent en nous, c’est que noz desirs raieunissent sans cesse. Nous auons le pied à la fosse, et noz appetis et poursuites ne font que naistre, II, 588.
Ne pouuant regler les euenements, ie me regle moy-mesme: et
m’applique à eux, s’ils ne s’appliquent à moy, II, 486.
Qui fait bien principalement pour sa propre satisfaction, ne
s’altere guere pour voir les hommes iuger de ses actions contre son merite, III, 510.
Pour me sentir engagé à vne forme, ie n’y oblige pas le monde,
comme chascun fait, et croy, et conçoy mille contraires façons de vie, I, 398.
I’ayme les malheurs tous purs, qui ne m’exercent et tracassent
plus, apres l’incertitude de leur rabillage: et qui du premier saut me poussent droictement en la souffrance. L’horreur de la cheute me donne plus de fiebure que le coup. Le ialoux, a plus mauuais conte que le cocu. Et y a moins de mal souuent, à perdre sa vigne, qu’à la plaider. La plus basse marche, est la plus ferme: c’est le siege de la constance. Vous n’y auez besoing que de vous. Elle se fonde là, et appuye toute en soy, II, 488.
Pour souffrir l’importunité des accidents contraires, ausquels
nous sommes subjects, ie nourris autant que ie puis en moy cett’ opinion: m’abandonnant du tout à la Fortune, de prendre toutes choses au pis; et ce pis là, me resoudre à le porter doucement et patiemment, II, 486.
I’aiguise mon courage vers la patience, ie l’affoiblis vers le desir,
III, 322.
Ie m’attache à ce que ie voy, et que ie tiens, et ne m’eslongue
guerre du port, II, 490.
En tous deuoirs de la vie, la route de ceux qui visent à l’honneur,
est bien diuerse à celle que tiennent ceux qui se proposent l’ordre et la raison, III, 514.
Qui ne participe au hasard et difficulté, ne peut pretendre interest
à l’honneur et plaisir qui suit les actions hazardeuses, III, 328.
Si ce qu’on a, suffit à maintenir la condition en laquelle on est
nay, et dressé, c’est folie d’en lascher la prise, sur l’incertitude de l’augmenter, II, 490.
Celuy à qui la Fortune refuse dequoy planter son pied, et establir
vn estre tranquille et reposé, il est pardonnable s’il iette au hazard ce qu’il a, puis qu’ainsi comme ainsi la necessité l’enuoye à la queste, II, 490.
CONFÉRENCE.
Aux disputes et conferences, tous les mots qui nous semblent
bons, ne doiuent pas incontinent estre acceptez. La plus part des hommes sont riches d’vne suffisance estrangere. Il peut bien aduenir à tel, de dire vn beau traict, vne bonne responce et sentence, et la mettre en auant, sans en cognoistre la force, III, 360.
CONFESSION.
Comme en matiere de biens faicts, de mesme en matiere de
mesfaicts, c’est par fois satisfaction. Est-il quelque laideur au faillir, qui nous dispense de nous en confesser? III, 188.
La pire de mes actions et conditions, ne me semble pas si laide,
comme ie trouue laid et lasche, de ne l’oser aduouer. Chacun est discret en la confession, on le deuroit estre en l’action. La hardiesse de faillir, est aucunement compensee et bridee, par la hardiesse de le confesser. Qui s’obligeroit à tout dire s’obligeroit à ne rien faire de ce qu’on est contraint de taire, III, 186.
CONFIANCE.
La fiance de la bonté d’autruy, est un non leger tesmoignage de
la bonté propre, I, 472.
Ie me fie aysement à la foy d’autruy: mais mal-aysement le feroi-
ie, lors que ie donrois à iuger l’auoir plustost faict par desespoir et faute de cœur, que par franchise et fiance de sa loyauté, I, 48.
CONNAISSANCE DE SOI-MÊME.
Sauf toy, ô homme, chasque chose s’estudie la premiere, et a
selon son besoin, des limites à ses trauaux et desirs. Il n’en est vne seule si vuide et necessiteuse que toy, qui embrasses l’vniuers. Tu és le scrutateur sans cognoissance: le magistrat sans iuridiction: et apres tout, le badin de la farce, III, 482.
Cette opinion et vsance commune, de regarder ailleurs qu’à
nous, a bien pourueu à nostre affaire. C’est vn obiect plein de mescontentement. Nous n’y voyons que misere et vanité. Pour ne nous desconforter, Nature a reietté bien à propos, l’action de nostre veuë, au dehors, III, 482.
Si l’homme ne se cognoist, comment cognoist-il ses functions et
ses forces? II, 338.
Si chacun se regardoit attentiuement, il se trouueroit plein
d’inanité et de fadaise. Nous en sommes tous confits, tant les vns que les autres. Mais ceux qui le sentent, en ont vn peu meilleur compte: encore ne sçay-ie, III, 482.
Tous les iours et à toutes heures, nous disons d’vn autre ce que
nous dirions plus proprement de nous, si nous sçauions replier aussi bien qu’estendre nostre consideration, II, 38.
De l’experience que i’ay de moy, ie trouue assez dequoy me faire
sage, si i’estoy bon escholier. Qui remet en sa memoire l’excez de sa cholere passee, et iusque où cette fieure l’emporta, voit la laideur de cette passion, et en conçoit vne haine plus iuste. Qui se souuient des maux qu’il a couru, de ceux qui l’ont menassé, des legeres occasions qui l’ont remué d’vn estat à autre, se prepare par là, aux mutations futures, et à la recognoissance de sa condition. Escoutons y seulement: nous nous disons, tout ce, dequoy nous auons principalement besoing. Qui se souuient de s’estre tant et tant de fois mesconté de son propre iugement: est-il pas vn sot, de n’en entrer pour iamais en deffiance? III, 616.
Nulle particuliere qualité n’enorgueillira celuy, qui mettra quand et
quand en compte, tant d’imparfaites et foibles qualitez autres, qui sont en luy, et au bout, la nihilité de l’humaine condition, I, 682.
Ce que nous rions des autres aduient à chacun de nous: nul ne
cognoist estre auare, nul conuoiteux: ie ne suis pas sumptueux, disons nous, mais la ville requiert vne grande despence: ce n’est pas ma faute, si ie suis cholere, c’est la faute de la ieunesse. Ne cherchons pas hors de nous nostre mal, il est planté en nos entrailles. Et cela mesme, que nous ne sentons pas estre malades, nous rend la guerison plus malaisée, II, 566.
En toutes nos fortunes, nous nous comparons à ce qui est au
dessus de nous, et regardons vers ceux qui sont mieux. Mesurons nous à ce qui est au dessous: il n’en est point de si miserable, qui ne trouue mille exemples où se consoler, III, 402.
Si quelcun s’enyure de sa science, regardant souz soy: qu’il
tourne les yeux au dessus vers les siecles passez, il baissera les cornes, y trouuant tant de milliers d’esprits, qui se foulent aux pieds, I, 682.
Quand i’oy reciter l’estat de quelqu’vn, ie ne m’amuse pas à luy:
ie tourne incontinent les yeux à moy, voir comment i’en suis. Tout ce qui le touche me regarde. Son accident m’aduertit et m’esueille de ce costé-là, II, 38.
La coustume a faict le parler de soy, vicieux: et le prohibe
obstinéement en hayne de la ventance, qui semble tousiours estre attachée aux propres tesmoignages. Ie trouue plus de mal que de bien à ce remede, I, 678.
Qui se connoistra bien, qu’il se donne hardiment à connoistre par
sa bouche, I, 682.
Il n’est description pareille en difficulté, à la description de soy-
mesmes, ny certes en vtilité. Encore se faut il testonner, encore se faut il ordonner et renger pour sortir en place, I, 678.
Ie tien qu’il faut estre prudent à estimer de soy, et pareillement
conscientieux à en tesmoigner: soit bas, soit haut, indifferemment, I, 680.
De dire de soy plus qu’il n’en y a, ce n’est pas tousiours
presomption, c’est encore souuent sottise, I, 682.
De dire moins de soy, qu’il n’y en a, c’est sottise, non modestie:
se payer de moins, qu’on ne vaut, c’est lascheté et pusillanimité, I, 680.
CONSCIENCE.
Les loix de la conscience, que nous disons naistre de nature,
naissent de la coustume, I, 168.
En tout et par tout, il y a assés de mes yeux à me tenir en office:
il n’y en a point, qui me veillent de si pres, ny que ie respecte plus, I, 158.
Il n’y a que vous qui sçache si vous estes lache et cruel, ou loyal
et deuotieux: les autres ne vous voyent point, ils vous deuinent par coniectures incertaines: ils voyent, non tant vostre naturel, que vostre art. Par ainsi, ne vous tenez pas à leur sentence, tenez vous à la vostre, III, 114.
Aucune cachette ne sert aux meschans, disoit Epicurus, par ce
qu’ils ne se peuuent asseurer d’estre cachez, la conscience les descouurant à eux mesmes, I, 660.
Vne ame courageusement vitieuse, se peut à l’aduenture garnir
de securité: mais de satisfaction, elle ne s’en peut fournir, III, 112.
Comme la conscience nous remplit de crainte, aussi fait elle
d’asseurance et de confiance, I, 660.
Il n’est bonté, qui ne resiouysse vne nature bien nee. Il y a certes
ie ne sçay quelle congratulation, de bien faire, qui nous resiouit en nous mesmes, et vne fierté genereuse, qui accompagne la bonne conscience. Ces tesmoignages plaisent, et nous est grand benefice que cette esiouyssance naturelle: et le seul payement qui iamais ne nous manque. De fonder la recompence des actions vertueuses, sur l’approbation d’autruy, c’est prendre vn trop incertain et trouble fondement, signamment en vn siecle corrompu et ignorant, comme cettuy-cy: la bonne estime du peuple est iniurieuse. A qui vous fiez vous, de veoir ce qui est louable? Dieu me garde d’estre homme de bien, selon la description que je voy faire tous les iours par honneur à chacun de soy, III, 112.
Merueilleux effort de la conscience: elle nous fait trahir, accuser,
et combattre nous mesmes, et à faute de tesmoing estranger, elle nous produit contre nous, I, 658.
Aussi à mesme qu’on prend le plaisir au vice, il s’engendre vn
desplaisir contraire en la conscience, qui nous tourmente de plusieurs imaginations penibles, veillans et dormans, I, 660.
On faut autant à iuger de sa propre besongne, que de celle
d’autruy. Non seulement pour l’affection qu’on y mesle: mais pour n’auoir la suffisance de la cognoistre et distinguer, III, 368.
C’est office de charité, que, qui ne peut oster vn vice en soy,
cherche ce neantmoins à l’oster en autruy: où il peut auoir moins maligne et reuesche semence. Tousiours l’aduertissement est vray et vtile: mais si nous auions bon nez, nostre ordure nous deuroit plus puïr, d’autant qu’elle est nostre, III, 348.
Ie ne dis pas, que nul n’accuse, qui ne soit net: car nul
n’accuseroit: voire ny net, en mesme sorte de tache. Mais i’entens, que nostre iugement chargeant sur vn autre, duquel pour lors il est question, ne nous espargne pas, d’vne interne et seuere iurisdiction, III, 348.
La force de tout conseil gist au temps: les occasions et les
matieres roulent et changent sans cesse. Il y a des parties secrettes aux obiects, qu’on manie, et indiuinables: signamment en la nature des hommes: des conditions muettes, sans montre incognues par fois du possesseur mesme: qui se produisent et esueillent par des occasions suruenantes. Si ma prudence ne les a peu penetrer et profetizer, ie ne luy en sçay nul mauuais gré: sa charge se contient en ces limites. Si l’euenement me bat, et s’il fauorise le party que i’ay refusé: il n’y a remede, ie ne m’en prens pas à moy, i’accuse ma fortune, non pas mon ouurage, III, 126.
CONSEIL.
Nous deuons aux nostres assiduité de correction et d’instruction:
mais d’aller prescher le premier passant, et regenter l’ignorance ou ineptie du premier rencontré, c’est vn vsage auquel ie veux grand mal, III, 364.
CONSTANCE.
Le commencement de toute vertu, c’est consultation et
deliberation, et la fin et perfection, constance, I, 602.
CONTINENCE.
Il est à l’aduenture plus facile, de se passer nettement de tout le
sexe, que de se maintenir deuëment de tout poinct, en la compagnie de sa femme, II, 646.
CONTRADICTION, CONTRASTE.
Il n’y a raison qui n’en aye vne contraire, II, 432.
Nous ne goustons rien de pur, II, 536.
Des plaisirs, et biens que nous auons, il n’en est aucun exempt
de quelque meslange de mal et d’incommodité, II, 538.
Nostre extreme volupté a quelque air de gemissement, et de
plainte. Diriez vous pas qu’elle se meurt d’angoisse? II, 538.
L’extremité du rire se mesle aux larmes, II, 538.
La profonde ioye a plus de seuerité, que de gayeté. L’extreme et
plein contentement, plus de rassis que d’enioué. L’aise nous masche, II, 538.
Le trauail et le plaisir, très dissemblables de nature, s’associent
pourtant de ie ne sçay quelle ioincture naturelle, II, 538.
Nostre volonté s’aiguise par le contraste: et il n’est rien
naturellement si contraire à nostre goust que la satieté, qui vient de l’aisance: ny rien qui l’aiguise tant que la rareté et difficulté, II, 432.
Nostre appetit mesprise et outrepasse ce qui luy est en main,
pour courir apres ce qu’il n’a pas. Nous defendre quelque chose, c’est nous en donner enuie. Nous l’abandonner tout à faict, c’est nous en engendrer mespris. La faute et l’abondance retombent en mesme inconuenient, II, 434.
CONTRAINTE.
Sauf la santé et la vie, il n’est chose pourquoy ie vueille ronger
mes ongles, et que ie vueill’ acheter au prix du tourment d’esprit et de la contrainte, II, 484.
CONVERSATION.
Le plus fructueux et naturel exercice de nostre esprit, c’est à mon
gré la conference. Et si i’estois à cette heure forcé de choisir, ie consentirois plustost, ce crois-ie, de perdre la veuë, que l’ouyr ou le parler, III, 322.
L’estude des liures, c’est vn mouuement languissant et foible qui
n’eschauffe point: là où la conference, apprend et exerce en vn coup, III, 322.
L’vnisson, est qualité du tout ennuyeuse en la conference,
III, 334.
Les vieillards sont dangereux, à qui la souuenance des choses
passees demeure, et ont perdu la souuenance de leurs redites. I’ay veu des recits bien plaisants, deuenir tres-ennuyeux, chascun de l’assistance en ayant esté abbreuvé cent fois, I, 60.
Ie festoye et caresse la verité en quelque main que ie la trouue,
et m’y rends alaigrement; et pourueu qu’on n’y procede d’vne troigne trop imperieusement magistrale, ie prends plaisir à estre reprins, III, 336.
Les contradictions des iugemens, ne m’offencent, ny m’alterent:
elles m’esueillent seulement et m’exercent. Nous fuyons la correction, il s’y faudroit presenter et produire notamment quand elle vient par forme de conference, non de regence. A chaque opposition, on ne regarde pas si elle est iuste, mais, à tort ou à droit, comme on s’en deffera. Au lieu d’y tendre les bras, nous y tendons les griffes, III, 334.
Il est malaisé d’attirer les hommes de mon temps à ceder. Ils
n’ont pas le courage de corriger, par ce qu’ils n’ont pas le courage de souffrir à l’estre. Et parlent tousiours auec dissimulation, en presence les vns des autres, III, 336.
La plus part changent de visage, de voix, où la force leur faut: et
par vne importune cholere, au lieu de se venger, accusent leur foiblesse, ensemble et leur impatience, III, 366.
Quand on me contrarie, on esueille mon attention, non pas ma
cholere: ie m’avance vers celuy qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la verité, deuroit estre la cause commune à l’vn et à l’autre, III, 336.
Il faut ne se formalizer point des sottises et fables qui se disent
en notre presence: car c’est vne inciuile importunité de choquer tout ce qui n’est pas de nostre appetit. Contentons nous de nous corriger nous mesmes, I, 244.
Aux disputes et conferences, tous les mots qui nous semblent
bons, ne doiuent pas incontinent estre acceptez. La plus part des hommes sont riches d’vne suffisance estrangere. Il peut bien aduenir à tel, de dire vn beau traict, vne bonne responce et sentence, et la mettre en auant, sans en cognoistre la force, III, 360.
I’oy iournellement dire à des sots, des mots non sots. Ils disent
vne bonne chose: sçachons iusques où ils la cognoissent, voyons par où ils la tiennent, III, 362.
Ces iugemens vniuersels, que ie voy si ordinaires, ne disent rien.
I’ay veu plus souuent que tous les iours, aduenir que les esprits foiblement fondez, voulants faire les ingenieux à remarquer en la lecture de quelque ouurage, le point de la beauté: arrestent leur admiration, d’un si mauuais choix, qu’au lieu de nous apprendre l’excellence de l’autheur, ils nous apprennent leur propre ignorance, III, 362.
Le silence et la modestie sont qualitez tres-commodes à la
conuersation, I, 244.
Faire à l’enuy parade de son esprit, et de son caquet, c’est vn
mestier tres-messeant à vn homme d’honneur, III, 334.
L’obstination et ardeur d’opinion, est la plus seuere preuue de
bestise, III, 364.
COURAGE (FERMETÉ).
Le courage et la hardiesse sont qualitez qui ne tombent
aucunement en ceux qui sont exempts de danger, III, 326.
Quand la vertu mesme seroit incarnée, ie croy que le poux luy
battroit plus fort allant à l’assaut, qu’allant disner: voire il est necessaire qu’elle s’eschauffe et s’esmeuue, I, 500.
Il y a des pertes triomphantes à l’enui des victoires, I, 370.
Celuy qui tombe obstiné en son courage, il est battu non pas de
nous, mais de la fortune: il est tué, non pas vaincu: les plus vaillans sont par fois les plus infortunez, I, 370.
L’estimation et le prix d’vn homme consiste au cœur et en la
volonté: c’est là où gist son vray honneur, I, 370.
COUTUME (HABITUDE, USAGE).
C’est une violente et traistresse maistresse d’escole, que la
coustume. Elle establit en nous, peu à peu, à la desrobée, le pied de son authorité: mais par ce doux et humble commencement, l’ayant rassis et planté auec l’ayde du temps, elle nous descouure tantost vn furieux et tyrannique visage, contre lequel nous n’auons plus la liberté de hausser seulement les yeux, I, 156.
Il n’est rien qu’elle ne face, ou qu’elle ne puisse: et auec raison
l’appelle Pindarus, la Royne et Emperiere du monde, I, 168.
Que ne peut elle en nos iugemens et en nos creances? y a il
opinion si bizarre: ie laisse à part la grossiere imposture des religions, dequoy tant de grandes nations, et tant de suffisants personnages se sont veuz enyurez: car cette partie estant hors de nos raisons humaines, il est plus excusable de s’y perdre, à qui n’y est extraordinairement esclairé par faueur diuine: mais d’autres opinions y en a il de si estranges, qu’elle n’aye planté et estably par loix és régions que bon luy a semblé? I, 160.
Il ne tombe en l’imagination humaine aucune fantasie si forcenee
qui ne rencontre l’exemple de quelque vsage public, et par consequent que nostre raison n’estaye et ne fonde, I, 160.
Chasque nation a plusieurs coustumes et vsances, qui sont non
seulement incognues, mais farouches et miraculeuses à quelque autre nation, II, 632.
Les subiects ont diuers lustres et diuerses considerations: de là
s’engendre principalement la diuersité d’opinions. Vne nation regarde vn subiect par vn visage, et s’arreste à celuy là: l’autre par vn autre, II, 376.
Ce qui est hors les gonds de la coustume, on le croid hors les
gonds de la raison: Dieu sçait combien desraisonnablement le plus souuent, I, 170.
Le principal effect de sa puissance, c’est de nous saisir et
empieter de telle sorte, qu’à peine soit-il en nous, de nous r’auoir de sa prinse, et de r’entrer en nous, pour discourir et raisonner de ses ordonnances, I, 170.
C’est merueille comme la coustume en ces choses indifferentes
plante aisément et soudain le pied de son authorité, I, 496.
La pluspart des choses qui nous sont entre mains, c’est plustost
accoustumance, que science, qui nous en oste l’estrangeté, I, 290.
Les premieres et vniuerselles raisons sont de difficile
perscrutation. Qui veut les taster se iette d’abordee dans la franchise de la coustume, I, 172.
Qui voudra se deffaire de ce violent preiudice de la coustume, il
trouuera plusieurs choses receuës d’vne resolution indubitable, qui n’ont appuy qu’en la barbe chenüe et rides de l’vsage, qui les accompaigne: mais ce masque arraché, rapportant les choses à la verité et à la raison, il sentira son iugement, comme tout bouleuersé, et remis pourtant en bien plus seur estat, I, 172.
Quand ceux de Crete vouloient au temps passé maudire
quelqu’vn, ils prioient les Dieux de l’engager en quelque mauuaise coustume, I, 170.
Il n’est rien en somme si extreme, qui ne se trouue receu par
l’vsage de quelque nation, II, 376.
Chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son vsage, et nous
n’auons autre mire de la verité et de la raison, que l’exemple et idée des opinions et vsances du païs où nous sommes, I, 358.
L’assuefaction endort la veuë de nostre iugement, I, 162.
C’est la coustume qui nous fait impossible ce qui ne l’est pas,
I, 392.
C’est par l’entremise de la coustume que chascun est contant du
lieu où nature l’a planté, I, 170.
C’est vn commun vice, non du vulgaire seulement, mais quasi de
tous hommes, d’auoir leur visée et leur arrest, sur le train auquel ils sont nais, I, 544.
Il n’est supportable, qu’aux grandes ames et illustres de se
priuilegier au dessus de la coustume, I, 244.
CRÉDULITÉ (PRÉDICTIONS, MIRACLES).
Il s’engendre beaucoup d’abus au monde: ou pour dire plus
hardiment, tous les abus du monde s’engendrent, de ce, qu’on nous apprend à craindre de faire profession de nostre ignorance; et sommes tenus d’accepter, tout ce que nous ne pouuons refuter, III, 534.
C’est merueille, de combien vains commencemens, et friuoles
causes, naissent ordinairement fameuses impressions. Cela mesmes en empesche l’information. Car pendant qu’on cherche des causes, et des fins fortes, et poisantes, et dignes d’vn si grand nom, on pert les vrayes. Elles eschapent de nostre veuë par leur petitesse, III, 532.
Peu de gens faillent: notamment aux choses malaysées à
persuader, d’affermer qu’ils l’ont veu: ou d’alleguer des tesmoins, desquels l’authorité arreste notre contradiction. Suyuant cet vsage, nous sçauons les fondemens, et les moyens, de mille choses qui ne furent onques, III, 528.
Nous ne sommes pas seulement lasches à nous defendre de la
piperie: mais nous cherchons, et conuions à nous y enferrer, III, 528.
Quiconque croit quelque chose, estime que c’est ouurage de
charité, de la persuader à vn autre. Et pour ce faire, ne craint point d’adiouster de son inuention, autant qu’il voit estre necessaire en son compte, pour suppleer à la resistance et au deffaut qu’il pense estre en la conception d’autruy, III, 530.
L’erreur particuliere, fait premierement l’erreur publique: et à son
tour apres, l’erreur publique fait l’erreur particuliere, III, 530.
En choses de pareille qualité, surpassant nostre cognoissance: ie
suis d’aduis, que nous soustenions nostre iugement, aussi bien à reieter, qu’à receuoir, III, 534.
CRITIQUE.
Ie trouue rude de iuger celui là, en qui les mauuaises qualitez
surpassent les bonnes. Platon ordonne trois parties, à qui veut examiner l’ame d’vn autre: science, bienueillance, hardiesse, III, 624.
Il faict besoin d’oreilles bien fortes, pour s’ouyr franchement
iuger. Et par ce qu’il en est peu, qui le puissent souffrir sans morsure: ceux qui se hazardent de l’entreprendre enuers nous, nous montrent vn singulier effect d’amitié. C’est aimer sainement, d’entreprendre à blesser et offencer, pour profiter, III, 624.
La verité mesme, n’a pas ce priuilege, d’estre employee à toute
heure, et en toute sorte: son vsage tout noble qu’il est, a ses circonscriptions, et limites. Il aduient souuent, comme le monde est, qu’on la lasche, non seulement sans fruict, mais dommageablement, et encore iniustement, III, 626.
CROYANCE (RELIGION).
Quiconque est creu de ses presuppositions, il est nostre maistre
et nostre Dieu: il prendra le plant de ses fondemens si ample et si aisé, que par iceux il nous pourra monter, s’il veut, iusques aux nuës, II, 300.
Il est bien aisé sur des fondemens auouez, de bastir ce qu’on
veut; car selon la loy et ordonnance de ce commencement, le reste des pieces du bastiment se conduit aisément, sans se dementir. Par cette voye nous trouuons nostre raison bien fondée, et discourons à boule-veuë, II, 300.
Ce qui fait qu’on ne doubte de guere de choses, c’est que les
communes impressions on ne les essaye iamais; on n’en sonde point le pied, où git la faute et la foiblesse: on ne debat que sur les branches: on ne demande pas si cela est vray, mais s’il a esté ainsin ou ainsin entendu. Ainsi se remplit le monde et se confit en fadeze et en mensonge, II, 298.
«Il est besoin que le peuple ignore beaucoup de choses vrayes,
et en croye beaucoup de fausses», disoient Sceuola grand pontife et Varron grand theologien en leur temps, II, 290.
CRUAUTÉ.
I’ay souuent ouy dire, que la coüardise est mere de la cruauté: et
si ay par experience apperçeu, que cette aigreur, et aspreté de courage malitieux et inhumain, s’accompagne coustumierement de mollesse feminine. I’en ay veu des plus cruels, subiets à pleurer aiséement, et pour des causes friuoles, II, 568.
Les premieres cruautez s’exercent pour elles mesmes, de là
s’engendre la crainte d’vne iuste reuauche, qui produict apres vne enfileure de nouuelles cruautez, pour les estouffer les vnes par les autres, II, 580.
La vaillance de qui c’est l’effect de s’exercer seulement contre la
resistance, s’arreste à voir l’ennemy à sa mercy. La pusillanimité, pour dire qu’elle est aussi de la feste, n’ayant peu se mesler à ce premier rolle, prend pour sa part le second, du massacre et du sang, II, 568.
DEVOIR.
Il ne faut pas laisser au iugement de chacun la cognoissance de
son deuoir: il le luy faut prescrire, non pas le laisser choisir à son discours: autrement selon l’imbecillité et varieté infinie de nos raisons et opinions, nous nous forgerions en fin des deuoirs, qui nous mettroient à nous manger les vns les autres, II, 202.
DÉVOTION (D , ).
Il ne faut mesler Dieu en nos actions qu’auecque reuerence et
attention pleine d’honneur et de respect, I, 584.
Nous deuons plus rarement le prier: d’autant qu’il n’est pas aisé,
que nous puissions si souuent remettre nostre ame, en cette assiette reglée, reformée, et deuotieuse, où il faut qu’elle soit pour ce faire: autrement nos prieres ne sont pas seulement vaines et inutiles, mais vitieuses. Pardonne nous, disons nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offencez. Que disons nous par là, sinon que nous luy offrons nostre ame exempte de vengeance et de rancune? Toutesfois nous inuoquons Dieu et son ayde, au complot de nos fautes, et le conuions à l’iniustice. L’auaricieux le prie pour la conseruation vaine et superflue de ses thresors: l’ambitieux pour ses victoires, et conduite de sa fortune: le voleur l’employe à son ayde, pour franchir le hazard et les difficultez, qui s’opposent à l’execution de ses meschantes entreprinses: ou le remercie de l’aisance qu’il a trouué à desgosiller vn passant. Au pied de la maison, qu’ils vont escheller ou petarder, ils font leurs prieres, l’intention et l’esperance pleine de cruauté, de luxure, et d’auarice, I, 590.
Aux vices leur heure, son heure à Dieu, comme par
compensation et composition, I, 582.
Il semble, à la verité, que nous nous seruons de nos prieres,
comme d’vn iargon, et comme ceux qui employent les paroles sainctes et diuines à des sorcelleries et effects magiciens: et que nous facions nostre compte que ce soit de la contexture, ou son, ou suitte des motz, ou de nostre contenance, que depende leur effect. Car ayans l’ame pleine de concupiscence, non touchée de repentance, ny d’aucune nouuelle reconciliation enuers Dieu, nous luy allons presenter ces parolles que la memoire preste à nostre langue: et esperons en tirer vne expiation de nos fautes, I, 592.
C’est erreur, de recourir à Dieu en tous nos desseins et
entreprises, et l’appeller à toute sorte de besoing, et en quelque lieu que nostre foiblesse veut de l’aide, sans considerer si l’occasion est iuste ou iniuste; et d’escrier son nom, et sa puissance, en quelque estat, et action que nous soyons, pour vitieuse qu’elle soit, I, 578.
Celuy qui appelle Dieu à son assistance, pendant qu’il est dans
le train du vice, il fait comme le coupeur de bourse, qui appelleroit la iustice à son ayde; ou comme ceux qui produisent le nom de Dieu en tesmoignage de mensonge, I, 592.
Sa iustice et sa puissance sont inseparables. Pour neant
implorons nous sa force en vne mauuaise cause. Il faut auoir l’ame nette, au moins en ce moment, auquel nous le prions, et deschargée de passions vitieuses: autrement nous luy presentons nous mesmes les verges dequoy nous chastier, I, 580.
Quelle prodigieuse conscience se peut donner repos, nourrissant
en mesme giste, d’vne societé si accordante et si paisible, le crime et le iuge? I, 582.
L’assiette d’vn homme meslant à vne vie execrable la deuotion,
semble estre aucunement plus condemnable, que celle d’vn homme conforme à soy, et dissolu par tout, I, 580.
DIEU (DÉVOTION, PRIÈRES, RELIGION).
L’humaine raison ne fait que fouruoyer par tout, mais
specialement quand elle se mesle des choses diuines, II, 264.
Rien du nostre ne se peut apparier ou rapporter en quelque
façon que ce soit, à la nature diuine, qui ne la tache et marque d’autant d’imperfection. Cette infinie beauté, puissance, et bonté, comment peut elle souffrir quelque correspondance et similitude à chose si abiecte que nous sommes, sans vn extreme interest et dechet de sa diuine grandeur? II, 268.
Timæus ayant à instruire Socrates de ce qu’il sçait des Dieux, du
monde, et des hommes, propose d’en parler comme vn homme à vn homme; et qu’il suffit, si ses raisons sont probables, comme les raisons d’vn autre: car les exactes raisons n’estre en sa main, ny en mortelle main, II, 238.
Ie connoy par moi, dit S. Bernard, combien Dieu est
incomprehensible, puis que les pieces de mon estre propre, ie ne les puis comprendre, II, 306.
Nostre arrogance nous remet tousiours en auant cette
blasphemeuse appariation, II, 280.
Qu’est-il plus vain, que de vouloir deuiner Dieu par nos analogies
et coniectures: le regler, et le monde, à nostre capacité et à nos loix? et nous seruir aux despens de la diuinité, de ce petit eschantillon de suffisance qu’il luy a pleu despartir à nostre naturelle condition? et par ce que nous ne pouuons estendre nostre veuë iusques en son glorieux siege, l’auoir ramené ça bas à nostre corruption et à nos miseres? II, 250.
Quand nous disons que l’infinité des siecles tant passez
qu’auenir n’est à Dieu qu’vn instant: que sa bonté, sapience, puissance sont mesme chose auecques son essence; nostre parole le dit, mais nostre intelligence ne l’apprehende point. Et toutesfois nostre outrecuidance veut faire passer la diuinité par nostre estamine. Et de là s’engendrent toutes les resueries et erreurs, desquelles le monde se trouue saisi, ramenant et poisant à sa balance, chose si esloignée de son poix, II, 278.
De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la
religion, celle là me semble auoir eu plus de vray-semblance et plus d’excuse, qui recognoissoit Dieu comme vne puissance incomprehensible, origine et conseruatrice de toutes choses, toute bonté, toute perfection, receuant et prenant en bonne part l’honneur et la reuerence, que les humains luy rendoient soubs quelque visage, soubs quelque nom et en quelque maniere que ce fust, II, 250.
Pythagoras adombra la verité de plus pres: iugeant que la
cognoissance de cette cause premiere, et estre des estres, deuoit estre indefinie, sans prescription, sans declaration: que ce n’estoit autre chose, que l’extreme effort de nostre imagination, vers la perfection: chacun en amplifiant l’idée selon sa capacité. Mais l’esprit humain ne se sçauroit maintenir vaguant en cet infini de pensées informes: il les luy faut compiler à certaine image à son modelle. La majesté diuine s’est ainsi pour nous aucunement laissé circonscrire aux limites corporels, II, 250.
A chaque chose, il n’est rien plus cher, et plus estimable que son
estre et chacune rapporte les qualitez de toutes autres choses à ses propres qualitez. Lesquelles nous pouuons bien estendre et racourcir, mais c’est tout; car hors de ce rapport, et de ce principe, nostre imagination ne peut aller, ne peut rien diuiner autre, et est impossible qu’elle sorte de là, et qu’elle passe au delà. D’où naissent ces anciennes conclusions. De toutes les formes, la plus belle est celle de l’homme: Dieu donc est de cette forme. Nulle raison ne peut loger ailleurs qu’en l’humaine figure: Dieu est donc reuestu de l’humaine figure, II, 286.
Cette attribution à la diuinité d’vne forme corporelle est cause de
ce qui nous aduient tous les iours, d’attribuer à Dieu, les euenements d’importance, d’vne particuliere assignation. Par ce qu’ils nous poisent, il semble qu’ils luy poisent aussi, et qu’il y regarde plus entier et plus attentif, qu’aux euenements qui nous sont legers, ou d’vne suitte ordinaire. Nostre arrogance nous remet tousiours en auant cette blasphemeuse appariation, II, 278.
Les hommes, dit sainct Paul, sont deuenus fols cuidans estre
sages, et ont mué la gloire de Dieu incorruptible, en l’image de l’homme corruptible, II, 280.
DIEUX.
Il est bien plus aisé de satisfaire, parlant de la nature des Dieux,
que de la nature des hommes: par ce que l’ignorance des auditeurs preste vne belle et large carriere, et toute liberté, au maniement d’vne matiere cachee. Il aduient de là, qu’il n’est rien creu si ferme, I, 376.
Il est impossible d’establir quelque chose de certain, de
l’immortelle nature, par la mortelle, II, 262.
L’homme ne peut estre que ce qu’il est, ny imaginer que selon sa
portée. C’est grande presomption, dit Plutarque, à ceux qui ne sont qu’hommes, d’entreprendre de parler et discourir des Dieux, presumant comprendre par quelque legere coniecture, des effects qui sont hors de sa cognoissance, II, 264.
Sur quel fondement de leur iustice les Dieux peuuent ils
recognoistre et recompenser à l’homme apres sa mort ses actions bonnes et vertueuses: puis que ce sont eux mesmes, qui les ont acheminées et produites en luy? Et pourquoy s’offencent ils et vengent sur luy les vitieuses, puis qu’ils l’ont eux-mesmes produict en cette condition fautiue, et que d’vn seul clin de leur volonté, ils le peuuent empescher de faillir? II, 262.
Platon en ses loix fait trois sortes d’iniurieuse creance des Dieux,
Qu’il n’y en ayt point, Qu’ils ne se meslent pas de noz affaires, Qu’ils ne refusent rien à noz vœux, offrandes et sacrifices. La premiere erreur, selon son aduis, ne dura iamais immuable en homme, depuis son enfance, iusques à sa vieillesse. Les deux suiuantes peuuent souffrir de la constance, I, 580.
De toutes les religions, que Sainct Paul trouua en credit à
Athenes, celle qu’ils auoyent dediée à vne diuinité cachée et incognue, luy sembla la plus excusable, II, 250.
DIRE ET FAIRE.
Le dire est autre chose que le faire, il faut considerer le presche à
part, et le prescheur à part. C’est sans doubte vne belle harmonie, quand le faire, et le dire vont ensemble: et ie ne veux pas nier, que le dire, lors que les actions suyuent, ne soit de plus d’authorité et efficace: mais vn homme de bonnes mœurs, peut auoir des opinions faulces, et vn meschant peut prescher verité, voire celuy qui ne la croit pas, II, 610.
Apprenons non à bien dire, mais à bien faire, I, 436.
DISSIMULATION.
Ie hay capitalement cette nouuelle vertu de faintise et
dissimulation, qui est à cett’heure si fort en credit: et de tous les vices, ie n’en trouue aucun qui tesmoigne tant de lascheté et bassesse de cœur, II, 492.
DIVERS.
Tout abbregé sur vn bon liure est vn sot abbregé, III, 368.
L’accoustumance, n’est pas chose de peu, I, 158.
L’accoustumance est vne seconde nature, et non moins
puissante, III, 496.
L’accoustumance à porter le trauail, est accoustumance à porter
la douleur, I, 244.
Tu as bien largement affaire chez toy, ne t’esloigne pas, III, 486.
Il ne faut pas se precipiter esperduement apres nos affections et
interestz, III, 504.
L’affirmation et l’opiniastreté, sont signes exprez de bestise,
III, 620.
A combien de sottes ames sert vne mine froide et taciturne, de
tiltre de prudence et de capacité? III, 352.
Nostre appetit est irresolu et incertain: il ne sçait rien tenir, ny rien
iouyr de bonne façon, I, 566.
Il mesprise et outrepasse ce qui luy est en main, pour courir
apres ce qu’il n’a pas, I, 434.
Bien apprentis sont ceux qui syndiquent leur liberté, I, 346.
O le vilain et sot estude d’estudier son argent, se plaire à le
manier et recomter! c’est par là, que l’auarice faict ses approches, III, 392.
Les arts qui promettent de nous tenir le corps en santé, et l’ame
en santé, nous promettent beaucoup: mais aussi n’en est-il point, qui tiennent moins ce qu’elles promettent, III, 628.
L’auarice et la profusion ont pareil desir d’attirer et d’acquerir,
I, 570.
Les Barbares ne nous sont de rien plus merueilleux que nous
sommes à eux: ny auec plus d’occasion, I, 162.
La bestise et la sagesse se rencontrent en mesme poinct de
sentiment et de resolution à la souffrance des accidens humains: les sages gourmandent et commandent le mal, et les autres l’ignorent, I, 570.
On dit: Il ne sçauroit estre bon, puis qu’il n’est pas mauuais aux
meschans. Ou bien ainsi: Il faut bien qu’il soit bon, puis qu’il l’est aux meschants mesme, III, 598.
Chacun en sa chacuniere, I, 390.
Quand nous voyons vn homme mal chaussé, nous disons que ce
n’est pas merueille, s’il est chaussetier, I, 218.
Rien ne chatouille, qui ne pince, III, 564.
La plus grande chose du monde c’est de sçauoir estre à soy,
I, 418.
La maladie se sent, la santé, peu ou point: ny les choses qui
nous oignent, au prix de celles qui nous poignent, III, 520.
Toutes choses ont leur saison, les bonnes et tout. Et ie puis dire
mon patenostre hors de propos, II, 586.
Nous admirons et poisons mieux les choses estrangeres que les
ordinaires, II, 164.
La difficulté donne prix aux choses, II, 434.
L’application aux legeres choses nous retire des iustes, III, 270.
La plus part des choses du monde se font par elles mesmes,
III, 358.
Toutes choses tombent en discretion et modification, III, 458.
On me faict haïr les choses vray-semblables, quand on me les
plante pour infaillibles, III, 534.
Les choses se guerissent par leurs contraires: le mal guerit le
mal, I, 350.
Il n’est chose, en quoy le monde soit si diuers qu’en coustumes
et loix. Telle chose est icy abominable, qui apporte recommandation ailleurs, II, 376.
On commence ordinairement ainsi: Comment est-ce que cela se
fait? mais, se fait-il? faudroit il dire, III, 528.
Qui ne peut venir à bout du commencement, ne viendra pas à
bout de la fin. Ny n’en soustiendra la cheute, qui n’en a peu soustenir l’esbranslement, III, 510.
Il y a beaucoup de commodité à n’estre pas si aduisé, II, 218.
L’issuë authorise souuent vne tres-inepte conduite, III, 354.
La confession genereuse et libre, enerue le reproche, et desarme
l’iniure, III, 444.
Ie croy des hommes plus mal aisément la constance que toute
autre chose, et rien plus aisément que l’inconstance, I, 602.
Pour mesurer la constance, il faut necessairement sçauoir la
souffrance, III, 506.
Tous les iours la sotte contenance d’vn autre, m’aduertit et
m’aduise, III, 332.
Nous nous corrigeons aussi sottement souuent, comme nous
corrigeons les autres, III, 412.
Comme si nous auions l’attouchement infect, nous corrompons
par nostre maniement les choses qui d’elles mesmes sont belles et bonnes, I, 344.
Il ne faut pas croire à chacun, par ce que chacun peut dire toutes
choses, II, 358.
Encore faut-il du courage à craindre, III, 288.
Ie n’ay point l’authorité d’estre creu, ny ne le desire, me sentant
trop mal instruit pour instruire autruy, I, 232.
I’ay peur que nous ayons les yeux plus grands que le ventre, et
plus de curiosité, que nous n’auons de capacité, I, 354.
La curiosité de cognoistre les choses, a esté donnée aux
hommes pour fleau, dit la saincte Escriture, II, 470.
La defense attire l’entreprise, et la deffiance l’offense, II, 438.
Nous defendre quelque chose, c’est nous en donner enuie. Nous
l’abandonner tout à faict, c’est nous en engendrer mespris, II, 434.
Il ne faut rien designer de si longue haleine, ou au moins auec
telle intention de se passionner pour en voir la fin, I, 120.
Nostre desir s’accroist par la malaisance, II, 432.
Au pis aller, courez tousiours par retranchement de despence,
deuant la pauureté, III, 382.
Qui est desloyal enuers la verité, l’est aussi enuers le mensonge,
II, 494.
Il fait bien piteux, et hazardeux, despendre d’vn autre, III, 420.
Nous ne prestons volontiers à la deuotion que les offices, qui
flattent noz passions, II, 120.
Les dieux s’esbatent de nous à la pelote, et nous agitent à toutes
mains, III, 404.
La difficulté donne prix aux choses, II, 434.
Qui establit son discours par brauerie et commandement, montre
que la raison y est foible, III, 536.
Il y a encore plus de discours à instruire autruy qu’à estre instruit,
III, 160.
Le vray miroir de nos discours, est le cours de nos vies, I, 272.
La dissimilitude s’ingere d’elle-mesme en nos ouurages, nul art
peut arriuer à la similitude, III, 600.
Il ne nous faut guere de doctrine, pour viure à nostre aise,
III, 550.
Comme le donner est qualité ambitieuse, et de prerogatiue, aussi
est l’accepter qualité de summission, III, 422.
La douleur a quelque chose de non euitable, en son tendre
commencement: et la volupté quelque chose d’euitable en sa fin excessiue, III, 692.
Platon veut plus de mal à l’excés du dormir, qu’à l’excés du boire,
III, 662.
Les effectz nous touchent, mais les moyens, nullement, III, 528.
L’eloquence faict iniure aux choses, qui nous destourne à soy,
I, 278.
Nous embrassons tout, mais nous n’estreignons que du vent, I,
354.
Enfant, tu és venu au monde pour endurer: endure, souffre et tais
toy, III, 648.
L’enfance et la decrepitude se rencontrent en imbecillité de
cerueau, I, 570.
Nous ne faisons que nous entregloser. Tout fourmille de
commentaires: d’autheurs, il en est grand cherté, III, 606.
Les esprits hauts, ne sont de guere moins aptes aux choses
basses, que les bas esprits aux hautes, III, 466.
On s’appriuoise à toute estrangeté par l’vsage et le temps,
III, 532.
Où cuidez-vous pouuoir estre sans empeschement et sans
destourbier? III, 458.
Estant peu apprins par les bons exemples, ie me sers des
mauuais: desquels la leçon est ordinaire, III, 322.
Ny vne estuue ny vne leçon, n’est d’aucun fruict si elle ne nettoye
et ne decrasse, III, 460.
Les euenemens, sont maigres tesmoings, de nostre prix et
capacité, III, 356.
Autant se fache le cheuelu comme le chauue, qu’on luy arrache
le poil, I, 470.
Il y a moyen de faillir en la solitude, comme en la compagnie,
I, 428.
Tout ce qui peut estre faict vn autre iour, le peut estre
auiourd’huy, I, 118.
Ie ne me mesle pas de dire ce qu’il faut au monde: d’autres
assés s’en meslent: mais ce que i’y fay, I, 214.
Toute femme estrangere nous semble honneste femme, III, 434.
Les femmes qui communiquent tant qu’on veut leurs pieces à
garçonner: à medeciner, la honte le deffend, I, 346.
La fortune a meilleur aduis que nous, I, 386.
La fortune se rencontre souuent au train de la raison, I, 384.
Plaisante foy, qui ne croid ce qu’elle croid, que pour n’auoir le