Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)
Sacrilège !
Chef de bande, lieutenante, guetteuse, « nourrice » (détenue cachant pour d’autres, plus repérées, des produits illicites), les filles reproduisent dans la prison le modèle de leur cité. Celles qui le parlent s’expriment volontiers en arabe entre elles, parce que « ça fait bien et qu’on ne comprend rien », dit une surveillante. Elles déclarent toutes faire le ramadan en disant haut et fort : « Je suis “musu”, moi ! » Trois jours après, elles abandonnent le jeûne en invoquant divers prétextes, le plus courant étant qu’elles sont « indisposées ». « Quand on fouille leur cellule, poursuit la surveillante, elles poussent des cris : “Sacrilège ! Mécréante ! Vous avez touché à mon Coran !” La cellule leur appartient. Elles se croient chez elles. On doit faire bloc face aux bandes qui se créent, face aux zones de non-droit qu’elles essaient d’instaurer. »
La dernière fois que cela s’est produit, les filles avaient investi et presque privatisé la médiathèque, un lieu ouvert où venaient se servir les détenues en libre service, dans une ambiance plutôt bon enfant. Jusqu’au jour où quelques « balances » ont alerté l’administration sur la dérive en cours : cet espace était devenu celui de tous les échanges et de toutes les castagnes, loin des regards, avec des guetteuses postées aux points stratégiques, au cas où, et du shit dissimulé entre les livres.
« Pour elles, poursuit notre interlocutrice, les détenues se partagent en deux mondes, les jeunes et les vieilles, ces méchantes qui sont forcément de notre côté, nous respectent et discutent avec nous. À leur manière d’être et de marcher, certaines ressemblent à des mecs. Elles n’ont plus de tenue. On sent bien que c’est compliqué de grandir dans une cité. »