Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)

Mina

 

« Un cambriolage, un casse, un braquage, ce n’est pas la place d’une femme. Ça ne m’est jamais venu à l’idée d’en embarquer une dans un de mes projets. Imagine, s’il y a une charclade [fusillade] ! Les chèques sans provision, oui, c’est un domaine où elles excellent, mais les braquages, voyons, quand même ! On a beau dire ce qu’on veut, on est quand même de sexe opposé ! »

C’est un « professionnel » qui parle, né au siècle dernier, avant la Première Guerre mondiale, en un temps où le voyou considérait qu’une femme devait d’autant moins monter sur un « coup » qu’elle aurait pour mission de l’assister en cas d’incarcération. Ce n’est pas la place d’une femme, pense-t-il, mais il en a tout de même connu quelques-unes et elles ne l’ont pas vraiment rassuré. « Ce sont des folles, des fondues, dit-il. Elles tirent partout. »

Longtemps, les limiers de l’Antigang sont restés sur cette ligne : ils traquaient des hommes, les femmes ne jouant que des rôles subsidiaires. Jusqu’au jour où une Gitane, informatrice à ses heures, met le service sur la piste d’une femme que la nuit parisienne surnomme Mina.

Née à Oran en 1959, arrivée à Paris au début des années 1980, elle a commencé à gagner sa vie en fréquentant quelques Saoudiens et autres Émiratis à Paris, introduite par une Algéroise dans ce milieu de milliardaires. Elle réside en ce temps-là du côté de la place de la Madeleine, dans une résidence de bon standing où se domicilient pas mal de voyous. C’est là qu’elle commence à mettre le nez dans la cocaïne, en même temps qu’elle fait la connaissance de deux « rats d’hôtel », des Algérois eux aussi, avec lesquels elle se met à dévaliser les chambres des palaces parisiens, encore peu surveillés. Indépendante, toutes les nuits en boîte, elle fait quelques mois de prison en 1993 après son arrestation pour trafic de traveller’s cheques volés – elle essayait d’en négocier pour 4 000 dollars dans un bureau de change de la rue de Rivoli, à Paris…

Incidemment mis sur sa piste quelques années plus tard, les policiers la surprennent en train de compulser le Who’s who à la bibliothèque de Beaubourg, dans le quartier des Halles, en compagnie d’un certain Djamel Bougchiche, surnommé au Quai des Orfèvres l’« intello du 93 ». Un projet de « saucissonnage » d’une riche personnalité ? Un enlèvement en vue ? Mina ne fréquente que des voyous, mais pas seulement pour leur plaire : elle a une « mentalité de voyou, affirme un commissaire qui l’a interpellée plusieurs fois. Ce n’est pas une chochotte. Elle n’a jamais balancé personne ». Au point que l’« intello » et ses amis l’ont visiblement intégrée dans leur petite équipe, à la grande surprise des enquêteurs parisiens.

Mina l’Oranaise aime le luxe et les bijoux, la vie et les sorties. Les cheveux teints en blond, elle drague, vit à 200 à l’heure et n’a visiblement peur de rien, à la limite parfois de l’inconscience, comme ces malfrats qui s’enivrent de cocaïne. « C’est la fille affranchie, se souvient l’un des policiers qui l’a prise en filature. Elle traite d’égal à égal avec le reste de la bande. » Toujours coquette, une certaine allure, elle a ce type européen qui la rend moins repérable. Du moins en est-elle convaincue, elle qui ce jour-là oublie de descendre la cagoule sur son visage. Manteau de fourrure sur les épaules, elle fait partie du groupe qui s’apprête à passer à l’action, comptant dans ses rangs quelques-uns des fleurons du milieu franco-algérien de l’époque : un vol à main armée au domicile de Simone Del Duca, célèbre femme d’affaires…