Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)

Maître Richard Koplewicz : « Elles sont souvent fidèles à leur malfrat »

« Alors, devant la justice, elles n’attendent pas d’indulgence, ni de leurs défenseurs, ni de leurs juges. Elles ont plus l’habitude de se justifier, d’être observées. Avec un homme, on va incarner, nous, avocates, la mère, la femme, l’amante ; cette demande maternante n’existera pas chez une femme. Elle peut dire : “Aidez-moi”, mais elle ne va pas dire : “Protégez-moi.”

« Les femmes ne comprennent pas qu’on ne les comprenne pas. Les juges, le personnel pénitentiaire, tout le monde est pétri de morale. Dès lors qu’il s’agit de femmes, tout est baigné de notre morale judéo-chrétienne. Dans les prisons pour femmes, il y a un jardin, des roses, des ateliers, mais tout ça pousse les femmes à régresser ».

 

Maître Richard Koplewicz :

« Elles sont souvent fidèles à leur malfrat »

 

« Quand on défend une femme détenue à Fleury et que ça marche, on tire la pelote et elles appellent toutes. C’est un petit monde et elles se parlent beaucoup entre elles.

« Avec elles, ela ne se passe jamais mal, même si je veille d’emblée à c

montrer une vraie distance, à ne pas ouvrir la porte à autre chose, qui serait déplacé. Elles vous disent ce qu’elles ont sur le cœur avec moins de violence que les hommes. On sait à quoi s’en tenir. Elles sont même souvent dans une forme de dépendance et attendent de savoir ce qu’elles doivent dire, notamment aux magistrats.

« Il y a cependant des exceptions, comme cette toxicomane qui m’a désigné dans un dossier de trafic de stupéfiants il y a quelques années, alors qu’elle venait d’être extradée des Pays-Bas. Je suis tombé sur une furie qui passait son temps au mitard, à pleurer et à éructer parce qu’elle était en manque… Un monstre… Quand arrive l’audience devant la 16e chambre correctionnelle, à Paris, elle se met à expliquer qu’elle était amoureuse de son trafiquant et qu’elle a fait tout ça pour le protéger. Son mec ne moufte pas. “Vous racontez n’importe quoi”, intervient le président. Elle sort de ses gonds : “Espèce de connard ! Je ne crois pas en ta justice !” Le président ne s’énerve pas. Je commence à plaider en expliquant qu’elle veut porter un chapeau trop grand pour elle. Elle se lève comme une furie et m’insulte : “Tu racontes n’importe quoi !” “Voulez-vous une suspension ?” me demande le président en riant. “Oui.” Je passe derrière avec la cliente qui s’énerve encore : “Tu plaides ce que je te dis !” Je plaide ce qu’elle réclame. “Cela ne correspond pas au dossier”, intervient le président. “Laissez-moi terminer.” Il s’est excusé et ne l’a finalement pas massacrée…