Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)
Les michetonneuses
Elles ont le physique de l’emploi, un joli minois, des mensurations plus que raisonnables, du bagout et un art consommé de la séduction : ce sont les michetonneuses, comme on les appelait déjà autrefois. Autrement dit des « femmes à voyous », qu’elles chassent de préférence solvables, très solvables, hier braqueurs ou macs (proxénètes), aujourd’hui gros dealers. Plus elles font les belles, plus celui qu’elles ciblent étale sa fortune pour les attendrir. Elles ont remplacé les tapins d’autrefois, qui exerçaient pleinement leur métier de prostituées, affirmant n’en aimer qu’un seul, leur « mari », mais changent de mec plus facilement que ces aînées qui assistaient leur homme jusque dans sa cellule, en cas de pépin. Le jour où leur chéri tombe entre les mains de la justice, en général elles l’oublient et retournent sur la piste de danse. Aller faire la queue pendant dix ans une fois par semaine devant la prison, ce n’est pas pour elles : la vie est trop courte, n’est-ce pas ? Ce rôle est aujourd’hui dévolu à la famille, aux frangines notamment, qui se chargeront d’introduire dans la prison tout ce dont le petit ou le grand frère a besoin pour ne pas être malheureux.
Elles dénichent leurs proies dans les bars de nuit fréquentés par les voyous. Leurs critères sont simples, à en croire cette connaisseuse : « Elles regardent la taille du magnum et la marque de la voiture. Si tu mets des bouteilles sur la table, elles savent tout de suite que t’as un peu de lovés [billets]. »
« Les filles montrent ce qu’elles peuvent donner, les mecs tombent accros et elles obtiennent ce qu’elles veulent, résume une fille qui ne les respecte pas énormément, elle qui a choisi d’être voyou. Les pires, ce sont celles qui se prennent pour une “hallal”, qui se font passer pour des saintes. C’est un bizness. Elles se mettent sur leur 31, elles exigent le plus gros voyou et elles leurs vendent du rêve. Elles veulent la vie de princesse. Eux aussi aiment bien se montrer, faut dire : c’est pas avec la Saxo [petit modèle de chez Citroën] qu’ils vont au bar à chicha ! Ils vont allonger 1 500 euros pour louer la 48 [Audi] pour le week-end. Si le gars tombe en taule, cling-cling, elles profitent de leur argent autant qu’elles peuvent. »
À Lyon, on les appelle les « vaches ». À Grenoble, ce sont les « bourriques ». Tout un programme. Certaines de ces « bombes » seraient plus redoutables que d’autres. Leurs exploits n’arrivent jamais aux oreilles de la police, mais elles ne se contenteraient pas toutes de ce qu’on leur donne. Adeptes du toujours plus, elles organisent parfois l’enlèvement de leur dealer préféré pour mieux le plumer. L’idéal étant de s’adjoindre la complicité de quelques solides gaillards, pourquoi pas vigiles dans une boîte de strip-tease, un lieu dans lequel l’homme oublie facilement qu’il est aussi une proie…
Les « officielles » ne les aiment pas non plus énormément. Mariées à leur voyou, mère de leurs enfants, elles connaissent leur existence et se réconfortent comme elles peuvent, à l’instar de cette Iséroise qui compte à son actif une douzaine d’années de parloirs. « Toutes ces filles aimeraient être à notre place, confie-t-elle. Elles vivent les boîtes, les bouteilles de champagne, les moments de plaisir. Elles pensent que pour nous, c’est tous les jours la fête. Ce sont des matérialistes. Ce qui les intéresse, ce sont les hôtels, les sacs à main, les vacances et les bijoux. Elles vont de voyou en voyou en essayant de se mettre avec eux pour avoir les choses incroyables qu’on est censées avoir. Elles aiment la marque, mais elles ne pourraient même pas faire “femmes de voyou”. Elles sont un peu simplettes et ne les aiment pas pour leurs beaux yeux. Quand celui qui les gâte tombe en prison, on les entend pleurer sur ce qu’elles n’auront plus ! Je n’ai rien de commun avec elles. Je suis la femme, pas la meuf qu’on sort en boîte. Elles sont là pour la nuit à l’hôtel, mais ils ne les présentent à personne parce qu’elles sont imprésentables. »
La phase suivante, c’est une forme de professionnalisation. Le grand saut, comme celui que fit cette jeune femme grandi dans une cité de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, berceau du banditisme version « cités » : à l’invitation de jeunes Koweïtiens aux poches rembourrées de billets, la belle est devenue call-girl à Los Angeles. Pour arrondir ses fins de mois, elle n’en a pas moins continué à jouer les « nourrices » pour le compte de ses anciens amis trafiquants, sans commettre l’erreur de stocker la drogue à son propre domicile, ce qui lui a permis d’échapper à plusieurs reprises à la police.
Elle n’est pas la seule femme, dans ce coin de la banlieue parisienne, à avoir opté pour la prostitution en vue d’échapper au quartier, comme en témoigne l’histoire de cette Sicilienne qui, une fois son père décédé, s’est lancée dans le commerce du sexe avec un tel succès qu’elle a fini par se domicilier fiscalement à Londres, sa mère ayant dans son dos dilapidé au jeu ses premiers 100 000 euros d’économies… Avec les gains suivants, on raconte que la demoiselle s’est offert plus de séances de chirurgie esthétique que n’en auraient rêvé toutes les filles de la cité !
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