Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)
Maître Yann Lebras : « Séduire… »
« Le deuxième, c’est celui de la dealeuse d’une vingtaine d’années qui joue la dure devant le juge d’instruction, ne reconnaît rien et vit sa détention comme un homme, sans jamais se plaindre, mais en collectionnant les incidents avec l’administration pénitentiaire. Le jour de l’audience, survêtement sur le dos et Nike aux pieds, elle est difficile à canaliser et continue à jouer les rebelles, au risque de prendre deux ou trois ans ferme.
« Le troisième profil, c’est la vraie “voyoute” comme on en croise à Marseille ; elle arrive devant le tribunal avec les félicitations de l’administration pénitentiaire, écoute les conseils de son avocat, joue volontiers celle qui a été dépassée par les événements, peut même se montrer drôle et chaleureuse derrière ce mélange de séduction et de violence que l’on retrouve chez les figures masculines du banditisme. »
Maître Yann Lebras : « Séduire… »
« Au parloir, le glauque n’empêche pas la sensualité. Avec un avocat, une femme détenue peut minauder, à nous de ne renvoyer aucun signe. Autant il peut arriver que des avocates tombent sous le charme de détenus, autant cela n’arrive pas, à ma connaissance, dans l’autre sens. C’est une saine mesure de sécurité, car, derrière ces femmes, il y a souvent un voyou, et le voyou ne pardonne pas : quand quelque chose ne lui convient pas, il met un contrat. Il suffit de le savoir pour ne pas partir dans le décor. Car c’est inhérent à ce milieu : l’attirance pour le voyou reste une constante. Séduire fera toujours partie de l’arsenal du beau gosse. »
Maître William Pineau :
« Elles sont en proie à des rituels magiques »
« En prison, j’ai surtout rencontré des filles en perdition, embarquées dans une délinquance de survie sur fond d’intolérance à la frustration ; certaines n’en sortent que le jour où elles se rangent et font des enfants. J’ai rencontré des femmes en proie aux stupéfiants, dans une logique de revente ou instrumentalisées par des hommes. J’ai vu toutes ces Latino-Américaines en butte aux amendes douanières calculées en fonction de la quantité de drogue saisie sur elles et à la contrainte par corps, dont on prolongeait la peine en espérant qu’elles payeraient, alors qu’elles sont insolvables ; pas vraiment professionnelles, elles étaient toutes isolées, pas soutenues et plutôt résignées.
« Il y a la catégorie des Mamas africaines ; convaincues du fait qu’il arrivera du mal à leur famille si elles ne respectent pas les injonctions, elles expliquent toutes qu’elles sont en proie à des rituels magiques. Elles doivent racheter leur liberté, avant de devenir elles-mêmes des semi-proxénètes.
« Il y a aussi ce profil, plus rare, de la fêtarde qui se transforme en vendeuse de cocaïne et profite de tous ses contacts dans la nuit pour s’enrichir.
« Il y a encore ces femmes qui piquent dans la caisse en se disant qu’elles rembourseront, qui s’effondrent lorsqu’elles sont confondues.
« Il y a enfin le crime de sang, quand madame sort le couteau au sein du couple, telle cette veuve noire, condamnée à deux reprises – et on ne compte pas les ratages –, aussi hystérique que glaciale. »
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