Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)

Catherine

 

« Dès lors qu’une femme prend position pour son mari, il n’y a pas de quartier à faire », disait Marc M., un voyou du sud de la France mort depuis longtemps par balles. « Il faut tous les tuer, les frères, les sœurs, si tu ne veux pas de représailles », ajoutait-il.

« Si tu es une femme, commente une figure de la voyoucratie toulousaine, reste au fourneau, occupe-toi de ton mari et il ne t’arrivera rien. Laisse les affaires tranquilles. C’est trop facile, autrement, de dire : “Je suis une femme, on me touche pas.” »

Catherine n’a pas eu le temps de prononcer ce genre de supplique. Ancienne prostituée, « elle avait de la gueule », comme en témoigne ce Toulousain qui l’a bien connue. « C’était une pétardière, poursuit-il. Elle avait envoyé chier cette équipe qui leur tournait autour, des malades, des fous furieux. Ils lui ont filé à elle sans hésiter [lui ont troué le corps de balles]. »

Ce soir-là, le 5 octobre 1996, trois hommes habillés de noir et cagoulés se glissent sur le chemin de terre qui conduit à la villa louée par un braqueur lyonnais recyclé dans les stupéfiants, Jacques Grangeon, dans le quartier Las Lomas, à Marbella (Andalousie). La soirée est douce, Jacques (45 ans) et Catherine reçoivent un ami venu de Marseille ; il y a aussi Rebecca, la fille de Catherine, qui monte miraculeusement dans sa chambre au moment où les trois visiteurs se plantent derrière la baie vitrée. Ils ouvrent le feu, tous en même temps, avant de pénétrer dans la villa pour achever leur sinistre mission : une balle pour Jacques, une autre pour Catherine, dont ils estiment à cet instant qu’elle est bien trop au courant des affaires de son homme pour la laisser dans la nature. Au fond de leurs cerveaux ils la « calculent » comme un mec. Le visiteur marseillais, lui, s’en sort avec une grave blessure.

Les enquêteurs espagnols trouveront sur les lieux une quarantaine d’étuis percutés, de trois calibres différents. Ils acquièrent rapidement la conviction que ces Français n’ont pas été victimes d’un cambriolage, mais bien d’un règlement de comptes, car les visiteurs ont laissé derrière eux une importante quantité de bijoux et un gros paquet de billets de banque dissimulés dans le téléviseur – 10 millions de pesetas. Un nouvel épisode de la guerre que se livrent jeunes et moins jeunes gangsters hexagonaux sur la Costa del Sol, dans le cadre du contrôle du trafic de drogue, comme en témoigne cette voiture garée dans la villa, équipée d’un double fond entre pare-choc et radiateur, dans lequel ont été dissimulés quelques kilos de cannabis, prêts à partir.

Les auteurs de ce double meurtre ne seront jamais formellement identifiés, mais le milieu fera lui-même son petit ménage : le responsable (présumé, n’ayant jamais été jugé) du commando est abattu quelques temps plus tard à Séville, tandis que ses complices quittent précipitamment l’eldorado andalou, semé d’or et de plomb.

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