Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)
Bandes de filles
receleuse et de complice de vols, elle serait passée aux escroqueries à la carte bancaire, un classique de la voyoucratie au féminin. Du moins est-ce la conviction des policiers qui investissent les lieux alors qu’un certain Patrick serait venu lui remettre six fausses cartes de crédit. De nombreux bordereaux traînent dans son salon, liés à des achats généralement réglés au moyen de fausses cartes ou de traveller’s cheques volés. Chez son ami Patrick, aux Lilas, on trouve un meuble à double fond cachant des bijoux, de faux documents, et même une carte de journaliste.
La dernière fois que Casquette a eu affaire à la police, c’est au lendemain d’un retentissant, mais foireux, vol à main armée visant une agence du Crédit agricole de Compiègne. Trois des auteurs ont été interpellés en flagrant délit, armes de poing et butin à la main, mais l’OCRB recherche deux présumés complices, également impliqués dans le braquage d’un couple de boulangers dans le Rhône, au cours duquel ils ont tout de même ouvert le feu. Deux garçons, prénommés Christian et Roger, qui seront finalement arrêtés chez Casquette : ange attentionnée pour hommes en cavale, celle-ci les hébergeait dans son appartement du 9 arrondissement. e
Bandes de filles
Elle a 36 ans et a passé quatre ans à Fleury-Mérogis avant d’atterrir au centre pénitentiaire de femmes de Rennes, où elle est maintenant détenue depuis trois ans. De ses méfaits, Virginie ne dira rien, mais, sur ses codétenues, elle lâche tout : « Je savais que je venais pas au Club Med. Je m’attendais à trouver des cafards, des cellules crades et de l’hyperviolence. Finalement, c’est pas les vacances, mais, côté conditions de détention, je ne me plains pas. Ce qui me gêne, c’est les gamines. Elles sont défoncées aux médocs, elles cherchent la bagarre, l’embrouille. Elles ne sont pas fair-play, elles te font des coups en douce, elles sont tordues, pas franches. Elles ne comprennent rien à ce qu’il leur arrive et sont totalement larguées. C’est une génération sans foi ni loi. Tout est pensé à l’envers chez ces petites délinquantes qui croient exister en faisant des conneries. Nous, les plus vieilles, on connaissait les risques qu’on prenait et on les assumait ; elles, pas du tout. Elles suivent des mecs qui leur font miroiter des palais de princesses, les types se barrent avec le magot et elles portent le chapeau. Franchement, pour certaines il faudrait tout recommencer à zéro, avant la naissance. »
Des propos qui résonnent singulièrement avec ceux que tiennent certains voyous à cheveux blancs confrontés à la génération montante qu’ils ne décryptent pas. Et qui trouvent également un écho chez les surveillantes, bousculées dans l’exercice de leur métier par ces filles qui ont les mêmes codes que les garçons. « Elles adoptent les mêmes attitudes, les mêmes comportements que leurs copains dans les quartiers. On sait que tout rentre en prison, le cannabis, les portables, alors elles nous provoquent avec ça ; elles vont par exemple planquer le téléphone, mais laisser traîner le chargeur bien en vue dans leur cellule, c’est énervant. Quand j’ai commencé à travailler il y a quinze ans, j’étais plus détendue, maintenant, croyez-moi, je n’aime pas quand elles sont derrière moi : je n’ai pas confiance. »
Nous avons rencontré une incarnation de cette classe à risque, il s’agit de Linda, 19 ans.
Tee-shirt bariolé, un piercing dans la lèvre inférieure, un autre juste au-dessus du sourcil. Dernière d’une fratrie de quatre, elle commence juste à se calmer après s’être beaucoup battue. « Je me bagarre depuis que je suis en classe de 5 , admet-elle. La première baston a commencé simplement. Une e
fille de mon collège parlait mal de moi, elle disait que j’avais peur d’elle, elle allait voir mes amis et leur conseillait de m’éviter ; j’ai attendu un mois et elle continuait à raconter n’importe quoi ; il a fallu que j’intervienne, je savais faire, j’avais vu les plus grandes se battre et régler tous leurs problèmes comme ça. À cette époque j’allais gare du Nord [à Paris], je voyais les gangs de filles. Elles se donnaient rendez-vous sur Facebook, elles venaient de partout et, là, elles menaçaient les gens, se la pétaient. Elles voulaient imiter ce qui se fait aux States, les groupes de nanas qui impressionnent. J’ai observé ces bagarres, comment elles démarraient, comment on tapait, quoi en premier, les pieds, les poings, quoi attraper, les cheveux par exemple. J’ai appris comme ça. Avant la 5 , je ne m’étais e jamais battue mais je pense que je devais être prête. À force de voir les techniques des gens, tu enregistres ; et puis j’ai toujours été sportive, alors, forcément, ça aide. J’ai convoqué la fille dans un bâtiment. Je lui ai demandé ce qu’elle avait avec moi et quel était son problème. Elle parlait avec ses mains, elle gesticulait. On s’est bien battues, enfin moi surtout. J’ai gagné. Voilà c’était réglé, je n’ai plus eu de problème avec elle et elle n’a plus jamais parlé de moi. »
Ce premier épisode a marqué Linda parce qu’elle a été le début d’une longue série de bagarres, qu’elle raconte dans un large sourire. « J’aimais me battre, j’étais “opé” [opérationnelle]. Quand on me disait : “Viens, on va mettre une rache”, j’y allais pour me défouler. » Aujourd’hui, Linda regarde en arrière et se dit qu’elle était très influençable. « Plus tu grandis, plus tu vois la vie comme elle est faite, qu’on n’est pas obligées tout le temps de se prendre la tête avec les gens parce que sinon ça finit mal un jour. Je devenais une Cocotte-Minute. Je démarrais au quart de tour et la bagarre commençait. Je frappais fort, c’était une contre une ou alors en bande et, là, ça partait dans tous les sens, mais on était quand même organisées, on savait où frapper et comment. J’avais ma réputation. Les filles de ma cité, je les protégeais ; quand on les embêtait, elles disaient : “Tu m’embêtes, j’appelle Linda”, du coup les gens ne me cherchaient pas. Je me faisais respecter. »
Sa dernière bagarre a eu lieu l’année de première, à 17 ans, quand elle était au lycée. Une dispute a commencé pendant un match de foot… « J’avais pas l’intention de me laisser faire, une fille de l’équipe en face m’avait fait un croche-patte, sur le coup j’ai rien dit mais j’ai pensé : “Toi, tu ne perds rien pour attendre.” Elle n’était pas dans le même lycée que moi. J’ai appelé des copines, on était dix en tout. On est allées à la sortie de son lycée et, dehors, on leur a mis une trempée. Les garçons regardaient. S’ils étaient intervenus, on se serait battues contre eux aussi, il n’y a pas de raison. Un jour j’ai cassé la mâchoire d’un garçon. Il était face à moi, il fallait se défendre, je ne me suis pas posé la question de savoir si j’étais un garçon ou une fille : à ce moment-là précis, on réagit avec l’honneur, c’est tout. On est strictement au même niveau avec les garçons, donc je me bats aussi avec les garçons ! »
Linda trouve maintenant que la violence n’est pas la solution. « Quand j’y pense, je me dis que j’étais bête. Je réfléchissais pas trop. Je voulais juste montrer aux gens que je ne me laissais pas faire. Je ne veux plus me battre parce que ça ne mène à rien, ça ne résout rien. Maintenant, si une fille vient et veut me frapper par exemple, je demande quel est le problème et j’essaye de régler ça. Oui, j’étais bagarreuse comme un vrai mec, sauf que, moi, j’ai commencé à réfléchir. Je me bats comme un homme, je sais que j’en suis capable, je l’ai démontré, mais, finalement, à quoi bon ? »
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