Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)

Maître Marie Dosé : « Elle m’a frappée de toutes ses forces »

« Il y a une forme d’immunité familiale en droit pénal qui voudrait qu’on ne soit pas placée en garde à vue sous le seul prétexte qu’on vivrait avec un voyou, mais la police utilise les femmes de plus en plus facilement. Elle les place en garde à vue, voire plus. Ils arrêtent la maîtresse pour faire pression et priver les hommes d’une partie de leur logistique. Cela ne fonctionne pas avec celles qui sont prêtes à faire de la prison pour protéger leur mec.

« Les belles femmes sont moins pardonnées par les magistrats, surtout quand le tribunal est composé de grandes bourgeoises sans aucune connaissance du terrain. Si la prévenue est amoureuse et qu’elle accepte qu’on le dise, cela peut aider à défendre leur cause, mais les vraies délinquantes restent parfois, pour l’avocat, inexplicables. Certaines sont devenues voyous pour ne pas rester femme de voyou. Pour échapper à l’emprise de leur mec, elles ont fini par le copier… »

 

Maître Marie Dosé :

« Elle m’a frappée de toutes ses forces »

 

« Les sœurs, les mères et les femmes se mobilisent toujours pour les hommes qui se retrouvent en prison, mais le contraire n’est pas vrai. Les femmes sont souvent plus seules que les hommes. Elles ont mis la honte à la famille, du coup elles sont privées de visites, et l’avocat d’honoraires. Les hommes, eux, se désolidarisent vite.

« Quand un avocat est à la mode dans une maison d’arrêt, elles se donnent le mot et il voit toutes les détenues appeler son cabinet dans les deux mois… En même temps, elles peuvent se détester entre elles, j’en ai même vu une relever par-dessus la tête d’un avocat le nom du juge en charge du dossier d’une codétenue et écrire à ce juge pour l’enfoncer : “C’est une pute, elle m’a tout avoué…” Entre femmes, ça peut être très chaud, surtout pour celle qui est accusée d’avoir violé ses enfants.

« On voit tous les profils à la MAF [maison d’arrêt des femmes] de Fleury, des Africaines tombées pour ce que la police appelle les “escroqueries à la zaïroise”, des voleuses roumaines, des Brésiliennes trafiquantes de cocaïne, des “bouletteuses” qui ont pris tous les risques en ingérant le temps d’un voyage des dizaines de grammes de cocaïne, comme des femmes qui pour être aimées ont décidé un beau jour d’être François Besse [célèbre gangster un temps complice de Jacques Mesrine].