Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)
Nathalie
Peter a eu une vie avant Nathalie. Une vie de cavale ponctuée de mandats d’arrêt, de braquages, surtout, en Allemagne pour commencer, son pays d’origine, puisqu’il est né à Heidelberg en 1957. La police allemande le soupçonne depuis son premier vol à main armée avec prise d’otages, le 3 décembre 1981, au préjudice d’une banque de Schillingen (dans l’ouest de l’Allemagne), de se planquer en France, où il commet un nouveau hold-up, seul, le 9 août 1984, visant une agence des PTT de Lescheraines, en Savoie. L’important dispositif mis en place autour de Chambéry permet son interpellation, le soir même, alors qu’il regagne sa chambre d’hôtel avec sa compagne de l’époque. Ce qui vaut à ce marginal du braquage, fréquentant plus volontiers les milieux hippies que le milieu tout court, de se retrouver pensionnaire de la maison d’arrêt la plus proche.
La suite des événements fait entrer Peter Kuntz dans le livre des records, au chapitre « évasions », ce qui ajoute certainement à son prestige, notamment auprès de la gent féminine.
De ce jour, le braqueur écume les agences des PTT, d’abord seul, puis accompagné. On le voit attaquer en solitaire la poste d’Arques (Pas-de-Calais), le 5 juillet 1985, passer à l’action neuf jours plus tard toujours seul, à Rennes-les-Bains (Aude), mais, le 31 juillet, dans la commune de Gy-l’Evêque (Yonne), Peter est en galante compagnie. Une femme est également signalée à ses côtés le 10 août à Brassy (Nièvre), le 20 août à Seuil-d’Argonne (Meuse), puis le 5 décembre de cette même année à Chaource (Aube). Une femme à laquelle les policiers croient pouvoir donner un nom depuis qu’un couple a menacé et désarmé deux gendarmes de la brigade de Montignac, en Dordogne, le 10 novembre 1985. Elle se prénommerait Nathalie et serait née dans les Landes en 1965, mais elle échappe à toutes les souricières, ne faisant qu’un avec cet homme qui fait tout pour ne pas se faire de nouveau coincer, privilégiant les routes secondaires aux grands axes, les petites villes tranquilles aux centres urbains, les villages communautaires aux hôtels de luxe.
Après une année sans donner signe de vie, le couple est de nouveau signalé dans le Var durant l’été 1986. On soupçonne l’Allemand d’être l’auteur d’un vol à main armée avec prise d’otages, le 5 juillet, dans une villa de Sainte-Maxime. Dans la foulée, le voilà à deux doigts de tomber entre les mains des gendarmes, appelés par un riverain convaincu que l’on vient de fracturer sa voiture. Toujours aussi vif et réactif, il se débrouille pour prendre un passant en otage, dérober la voiture des gendarmes et s’enfuir à bord d’un véhicule dans lequel des témoins n’aperçoivent pas seulement une femme, mais également un enfant. Peter et Nathalie, concluent les enquêteurs.
Comme s’ils avaient pris l’habitude d’hiberner, on les retrouve l’été suivant, cette fois dans le Tarn, où le bondissant gangster et sa compagne tentent un matin d’échanger des pièces de monnaie allemandes à la Caisse d’épargne de la petite ville de Brassac. Le client revient quelques heures plus tard pour demander qu’on le rembourse, essuie un refus, dégaine son arme et se fait remettre à la fois le contenu de la caisse (53 870 francs) et la cassette vidéo susceptible d’avoir gravé son image. Signalement : « 1,67 mètre, corpulence athlétique, début de calvitie frontale, fort accent germanique. » Peter tout craché, confirme l’employé de la banque à qui on présente des photos.
Un an plus tard, la police passe à quelques centimètres de la cible, celle qui neutralise deux Allemands au bord de commettre un vol à main armée en compagnie du même Peter dans une petite ville de Moselle. Selon les suspects, leur complice habite une ferme à moitié abandonnée à une dizaine de kilomètres de Perpignan, en pleine campagne. Mais, quand les policiers débarquent sur place, le couple a déjà quitté la France pour le Portugal, où ils vont rester environ deux années : ils ne reviennent en territoire français qu’en 1989, franchissant la frontière à pied pour aller s’installer en Lozère, où naît leur deuxième enfant, loin de toute maternité et à l’abri des registres de l’état civil.
Au début du mois de janvier 1990, Peter, Nathalie et leurs enfants, poussés par un froid de canard vers un endroit plus chaleureux, se posent dans un gîte rural de l’Hérault, où ils sont rapidement repérés. Le 14 janvier à l’aube, les gendarmes investissent en force le petit meublé, mais Peter parvient, une nouvelle fois, à s’évanouir dans la nature au volant d’une voiture, les motards aux trousses. Nathalie, encore au lit, se rend sans un mot. Présentée devant un juge d’instruction de Béziers, elle se voit notifier les sept mandats d’arrêt délivrés contre elle, entre autres, par les tribunaux de Béziers, Auxerre, Nevers, Bergerac et Troyes, elle que des témoins affirment avoir vue, arme au poing et à visage découvert, réclamer les caisses des petites agences bancaires ou des recettes postales rurales. Elle est écrouée au centre pénitentiaire de Perpignan en compagnie de la plus jeune de ses enfants. « Seule “Clyde” est tombée », titre le quotidien Le Midi libre, le 16 février 1990, illustrant son article par une photo de Peter prise une dizaine de jours plus tôt par Nathalie, avec cette légende : « Le marginal du hold-up a un début de calvitie. Il porte le plus fréquemment une casquette et s’exprime fort mal en français. Les Allemands offrent près de 400 000 francs pour le localiser. »