Femmes hors-la-loi : Le banditisme au féminin (Documents) (French Edition)

Radio gamelle

 

« Radio gamelle » s’emballe souvent. Ça piaille dans la prison des femmes. Tout est décortiqué, rapporté, déformé, trituré, étudié. Quant à la direction, elle a pris l’habitude de scruter à la loupe les programmes télé, au cas où des documentaires ou des émissions sur de sordides affaires impliquant des détenues incarcérées à Rennes seraient diffusés. Les plus craintes ? « Faites entrer l’accusé », « Enquêtes criminelles », « Affaires criminelles » et quelques autres. À tous les coups, le lendemain, l’ambiance est à couper au couteau. L’« héroïne » de l’émission s’y sent souvent attaquée ou regardée de travers. « Ce jour-là, elle garde la tête sous l’oreiller », observe un gradé. Les surveillantes redoublent de vigilance. Au cas où ça leur aurait échappé, la direction inscrit le sujet à l’ordre du jour des réunions. Quand il s’agit d’une affaire particulièrement lourde, la détenue peut même être vue en audience préalable, histoire qu’elle se sache surveillée de près. Plus l’affaire est médiatisée, plus il y a des risques d’échauffement. S’il y a des enfants parmi les victimes, les insultes et les menaces vont fuser, forcément. Claire, une autre surveillante, admet « détester » l’ambiance après ce genre d’émissions. « Elles sont dures entre elles, elles se jugent et se jugent encore, elles se crachent à la figure littéralement, elles ne se font pas de cadeaux, moi ça m’énerve parce que, bon, ces nanas ont déjà été jugées par la société, il ne faut pas en rajouter des tonnes ! »

Pas tendres entre elles, les détenues, soupire à son tour la directrice adjointe : « Ici, c’est comme une cour de recréation. Elles se fâchent, se disputent, puis se réconcilient. Qu’est-ce que j’entends comme histoires ! Unetelle a fait ceci, telle autre a fait cela. De vraies ados ! »

Sans compter les cas pathologiques, comme cette fille qui frappe sans hésiter celle qui ne veut pas lui donner la cigarette ou le gâteau qu’elle réclame, au point d’avoir sa carte d’abonnement au mitard. Ou cette autre qui était plutôt mignonne en entrant et qui se retrouve toute bouffie quelques mois plus tard, pour cause d’abus de Subutex (un substitut à l’héroïne). Ou cette mère maquerelle ultra-siliconée qui n’a de cesse de recruter des filles pour relancer ses affaires en sortant :