Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 9

Hailey

 

Arrivée au stop, j’appuie sur la clé. L’instant d’après, l’explosion retentit. Sa puissance résonne dans tout mon corps, mes oreilles sifflent.

Dans le rétroviseur, je ne peux pas m’empêcher d’observer les flammes pendant plusieurs secondes. Elles surgissent de la carcasse, la dévorent, et bientôt, il n’en restera plus rien. Comme la maison, comme mes parents.

— James Manson est-il vraiment mort ? me demande Hunter, qui a fini par monter dans le SUV.

Sa question a le mérite de m’éloigner de mes démons.

Je démarre en trombe. Les Italiens ont compris la supercherie, et mon coéquipier également.

— Non, lui confirmé-je.

— Où est-il ?

— Dans le coffre.

Au même instant un bruit sourd retentit, provenant de l’arrière du véhicule.

— Tu es sérieuse ?

— Nous avons besoin de réponses. On l’interroge et on l’élimine.

Cette fois, en plus des coups, des cris étouffés se font entendre.

— Pourquoi suis-je persuadé que tu as pris bien plus de risques que tu ne le devais ? s’insurge Hunter.

Je soupire. Si je lui avais expliqué mon plan, il m’aurait dissuadée de le mettre en place.

— Peu importe. Le gars est là, avec nous, et n’est pas tombé entre les mains des Italiens.

— Et quoi ? Tu veux que je te félicite peut-être ?

J’aurais dû l’abandonner sur ce putain de parking !

*

* *

Le coin est paumé en pleine cambrousse. Simplement éclairé par les phares du SUV, James Manson geint de douleur, le visage tuméfié. Les diverses incisions de Hunter contrastent avec ma méthode, moins chirurgicale.

— Réponds ! grondé-je.

— Elle ne m’a jamais donné son nom. Je savais juste qu’elle était la mère de l’enfant.

— Comment ?

— Parce que lorsqu’elle est venue nous rendre visite, elle avait une photo de la petite, endormie dans la couverture avec laquelle elle a été trouvée.

— Pourquoi a-t-elle abandonné sa fille ?

— Je n’en ai aucune idée. Elle a frappé à notre porte quelques jours après l’adoption. Elle nous a suppliés de la faire baptiser et nous a promis de disparaître. Elle lui avait acheté le médaillon.

Entre mes doigts, l’objet doré glisse. Je l’observe, suspicieuse. J’imagine mal une femme comme la Mante verser une larme pour qui que ce soit. James Manson nous cache forcément une information ! Et cela a le don de m’agacer.

Cependant, je n’ai pas le temps de déverser ma colère sur notre indic minable que Hunter intervient.

— À l’église, le prêtre a fait le rapprochement entre le bijou et vous. Comment est-ce possible ? lui demande-t-il. Après tout, il a dû baptiser une quantité d’enfants et ne doit pas se souvenir de chacun d’eux, encore moins des cadeaux offerts pour l’occasion.

La perspicacité de Hunter dans sa question, sa façon d’agir avec calme, me dévoile ses prédispositions. Il aurait fait un putain de bon agent.

Quant à James, ses yeux fouillent les alentours comme s’il espérait de l’aide. Mais seule la nuit obscure nous enveloppe.

Perdant patience dans ce froid glacial, j’attrape une poignée de ses cheveux pour lui relever la tête. Il étouffe son cri lorsque je glisse le Ka-Bar sous sa gorge.

— Dépêche-toi de répondre ou je vais chercher ta femme.

— J’ai… j’ai parlé au père Smith de cette histoire avec la mère de Rose, et du médaillon. Notre fille a été triste pendant des semaines quand elle l’a perdu, peu de temps avant son départ.

Je relâche ma prise et me place dans le dos de James. J’échange un regard avec Hunter à qui j’indique de poursuivre à l’aide d’un signe de tête.

— Son départ ? le questionne-t-il d’une voix neutre.

— Elle a quitté la maison à sa majorité, cela va faire deux ans. Elle recherche ses parents biologiques. Elle nous écrit chaque semaine, mais nous n’avons pas d’adresse où la joindre.

Pour la première fois depuis des heures, j’ai la sensation d’avancer.

Hunter poursuit son interrogatoire en optant pour la dernière information donnée par le père adoptif de Rose.

— Où sont les lettres et que disent-elles ?

— Ce sont des cartes postales, précise James d’une voix tremblante. Elles se trouvent à la maison, dans une boîte à chaussures, sous notre lit.

Et merde !

J’ai cherché à devancer les Italiens en enlevant notre première piste avant eux, et en rééquilibrant la partie. Ils avaient un coup d’avance sur nous, j’ai donc pris des risques et fait jouer quelques contacts présents ici pour obtenir l’adresse de James Manson au plus vite, croisant les doigts pour arriver en premier sur les lieux.

Cela n’a pas été le cas, puisque deux hommes de Fratelli étaient sur place. Je ne sais pas ce qu’ils attendaient pour agir, alors je me suis servie de l’effet de surprise pour leur piquer leur proie sur leur nez.

Galvanisée, j’ai choisi de titiller nos adversaires au lieu d’interroger James Manson. En optant pour cette solution, j’ai perdu les mérites de mon travail.

Fratelli et ses hommes se seront sans doute rendus au domicile de James dès leur découverte de mon petit mot dans la benne à ordure, mot lui disant d’aller se faire foutre.

— Nous pouvons faire une croix sur ces indices-là ! annoncé-je, les dents serrées.

Hunter ne dit rien, mais je sens son jugement au travers du regard qu’il me lance.

— Que racontent-elles ? poursuit-il ses questions dans un calme apparent.

— Qu’elle est sur une piste sérieuse, lui répond James.

— D’où venait le dernier courrier, et de quand date-t-il précisément ?

— Nous l’avons reçu vendredi, Il s’agissait d’une carte postale de l’abbaye de Kylemore, à Galway en Irlande.

Avant même que mon binôme puisse reprendre son interrogatoire, je remets le bâillon au père adoptif de Rose. La seconde qui suit, James Manson gît au sol, une balle logée en pleine tête.

— Pourquoi as-tu fait ça ? s’énerve Hunter. Nous aurions pu lui poser plus de questions ! Comme par exemple, comment se fait-il que Rose ait perdu ce médaillon peu de temps avant son départ, alors que nous l’avons en notre possession ?

Le flingue toujours en main, je l’assassine aussitôt du regard. Je déteste qu’il ait raison.

— Tu veux la tienne aussi ? balancé-je, hargneuse. Plutôt dans les bijoux de famille ou préfères-tu un endroit en particulier ?

— Ton impulsivité te jouera des tours, Hailey.

Je n’ai pas pour habitude qu’on me dise comment agir. Et surtout, je n’ai pas besoin de ses réflexions à la con, je m’en veux suffisamment comme ça !

— Encore et toujours, tu me sors ton discours moralisateur, lâché-je avec sarcasme.

Malgré l’obscurité, j’aperçois les mâchoires de Hunter se crisper. Je me fiche de ce qu’il pense de mon attitude. Alors que je me prépare à contrer une répartie cinglante de sa part, il me prend à contre-pied.

— Que fait-on du corps ?

— Tu retires la balle, ensuite…

— Tu me prends pour un médecin légiste ? me coupe-t-il aussi sec.

Dommage, nous étions bien partis. Ce qu’il peut être emmerdant !

En deux pas, j’enjambe le cadavre encore chaud de James Manson pour me planter devant Hunter. Je le foudroie du regard, déterminée à ce qu’il agisse sans discuter mes ordres.

— Tu n’es pas sans savoir qu’un tueur à gages ramasse toujours ses balles. Ne me fais pas regretter de ne pas t’avoir laissé crever sur ce fichu parking.

Hunter ouvre la bouche, mais se ravise. Ses yeux gris me sondent durant un instant.

— Alors tu aurais tiré, dans la voiture, déduit-il.

Je décroche mon attention de lui, soudain mal à l’aise. Pourquoi est-ce que ses mots m’atteignent ? Il semble déçu.

Qu’est-ce que je suis supposée en avoir à faire ?

Je m’admoneste intérieurement de ressentir une forme de honte face à mon comportement envers lui. Tout aurait pu être différent. Tout aurait dû être différent.

— Je n’aurais pas appuyé sur la détente, ça aurait taché les sièges, déclaré-je avec un sarcasme acide.

Sans lui permettre de réagir, je le dépasse pour aller ranger mon arme dans le coffre du SUV. J’inspire une grande bouffée d’air glacial, comme si cela pouvait apaiser ma douleur intérieure.

Je ne dois pas le laisser m’atteindre de cette façon. Pourtant, c’est comme si tout me ramenait dix ans en arrière. Il est parti, il m’a abandonnée, alors qu’il aurait dû être là pour moi.

Comment suis-je supposée supporter la présence de Hunter, bien décidé à rester pour cette mission, quand tout mon être lui voue une haine incommensurable ?

— Voilà ta balle, me surprend ce dernier.

Dans sa main ensanglantée, la cartouche ratatinée et la douille. Mon cœur se serre aussitôt. Je revois une autre paume, dix ans plus tôt.

Noah et moi étions dans le parc, proche de la maison des Roy. La chaleur du soleil au zénith caressait ma peau. Un papillon magnifique, dont les ailes multicolores brillaient, se tenait sagement au creux de sa main. Quand il a relevé les yeux vers moi, Noah souriait. Jusqu’à ce qu’ils arrivent.

— Hailey ?

Les iris de Hunter se superposent à ceux de son frère, me ramenant à la triste réalité.

— Mets-la dans ce sac de congélation, je vais changer les plaques de la voiture avant qu’on reprenne la route. Le raffut au niveau du bar aura sûrement rameuté les flics. Même si l’établissement n’est pas équipé de caméra de surveillance, certains commerces aux environs en possèdent peut-être. Nous devons tout faire pour passer entre les mailles du filet jusqu’à demain.

— J’ai toujours rêvé d’une course poursuite avec les poulets. Merci, Hailey.

Je reporte aussitôt mon attention sur Hunter, dont le visage me dévoile un sourire moqueur. Mon ventre se serre en le voyant. Crétin !

— Les Italiens ont sûrement trouvé les correspondances de la gamine avec ses parents, enchaîné-je en éludant sa pique. Nous ne devons pas perdre de temps pour nous rendre à Galway.

*

* *

À quelques mètres de moi, Hunter fait basculer le corps lesté de James Manson par-dessus le pont. L’obscurité avale son cadavre avant que le bruit caractéristique de son atterrissage ne retentisse et m’assure que la rivière Don l’accueille dans son lit.

Le silence qui suit m’enveloppe. Ma bouche, elle, laisse échapper des volutes de fumées blanches.

J’imaginais mon binôme imposé me faire une nouvelle fois la leçon sur ma décision d’éliminer ce père de famille. Mais pour une raison que j’ignore, il semblerait que Hunter tienne sa langue pour une fois. Tant mieux.

Avoir abattu cet homme va me hanter dans les nuits à venir, comme à chaque innocent supprimé. Simplement, il s’agit de leur vie ou de la mienne. Et tant que je n’ai pas accompli ce pour quoi je me bats depuis l’incendie qui a ravagé la maison de mes parents, elle vaudra plus que n’importe quelle autre.

Le bruit de pas venant dans ma direction me sort de mes pensées. Hunter s’approche de moi sans un mot. Ses yeux gris semblent dans l’attente de ma sentence.

— Tu as bien pris tous ses effets personnels, lui demandé-je.

— Oui, tiens. Il avait une photo de sa fille plus récente.

Son attitude conciliante me surprend, mais ma curiosité en ce qui concerne notre mission l’emporte. Mes doigts frôlent les siens au moment où je saisis le bout de papier. Je fais abstraction de la décharge électrique qui parcourt ma nuque pour me concentrer sur le cliché.

Une adolescente souriante pose fièrement à côté de son père. Elle tient une coupe dans les mains. Lorsque je retourne l’image, une écriture manuscrite m’indique l’origine de ce trophée. « Championnat de cross – Aberdeen ».

— Changement de programme. On revient sur nos pas avant d’aller à Galway.

Interroger des proches de la gamine nous sera peut-être plus utile que de poursuivre une piste qui date de plusieurs jours. Après tout, si elle a gardé contact avec ses parents, c’est sûrement le cas avec certains de ses amis. Avoir leurs coordonnées est notre priorité.

— J’ai fait quelques recherches dans la voiture. Il existe plusieurs lycées sur la ville. Et j’ai réservé un hôtel pour cette nuit.

— Tu as fait quoi ?

— J’ai…

— La ferme, Hunter ! Je ne te demande pas de répéter ta phrase comme un idiot. Tu dois requérir mon aval pour ce genre de décision ! Quel nom as-tu donné ?

— L’un des miens. Mais ôte-moi d’un doute, Hailey, est-ce que pour me torcher le cul je dois te consulter aussi ?

Sa pique me tend malgré sa puérilité qui, elle, prête à sourire. Nos échanges conflictuels me portent sur les nerfs, mais je refuse de lâcher le bout de gras. La réussite de cette mission est ma seule option, je ne permettrai à personne de me faire échouer. Pas même lui.

— Inutile de te rappeler que tu parles à ta supérieure, je ne te pense pas stupide au point de ne pas avoir compris ce détail. En revanche, il va falloir que tu laisses ton ego de côté. Et rapidement. Tu nous mets en danger.

— Parce que ta frénésie est plus sécuritaire pour nous peut-être ?

— Jamais je ne te permettrai de me dicter ma conduite. Soit tu fais avec, soit tu dégages !

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