Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 39
Hailey
Mes yeux rivés vers le hublot du jet privé, j’observe d’un air absent la nuit. Je suis fatiguée. Mon corps entier n’est qu’une douleur tout comme mon cœur depuis que j’ai croisé le regard de Rose Manson quand elle s’est réveillée.
Elle était là, perdue, à se demander ce qui pouvait bien lui arriver. Exactement ce que j’ai ressenti quand Noah a été abattu ou que mes parents ont péri dans l’incendie.
J’ai le sentiment qu’elle me ressemble, et cette idée m’est insupportable. Elle ne mérite pas tout ce qu’elle vient de traverser.
— Approche, murmure Hunter, installé à côté de moi.
— Pas devant eux, réponds-je sur le même ton.
Je désigne du menton les autres membres de l’équipage, composé de Nikolaï et de ses hommes. Antonio, aussi, fait partie du voyage. Il est rapatrié à cause de sa blessure par balle à la cuisse, et quand je l’ai aperçu monter à bord, j’ai bien cru que c’était ma dernière heure.
Quant à Fratelli, il est pieds et poings liés, prêt à être interrogé par la CIA pour lui soutirer un maximum d’informations. Nul doute qu’il sera relâché, jouant à son tour un double jeu, espérant en tirer le meilleur parti pour ses affaires.
— On s’en moque. Après ça, on ne les reverra plus, insiste mon sauveur.
Je soupire. Lutter contre mon besoin de lui m’accable davantage que d’y céder. Je détache ma ceinture que j’avais conservée, puis m’installe sur ses genoux. Ses doigts caressent mon dos, et son parfum réchauffe mon âme.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
— Je me donne envie de vomir depuis qu’on l’a récupérée.
— Rose Manson ?
J’opine du chef.
— J’ai tué son père de sang-froid. Je ne vaux pas mieux que ceux qui ont assassiné Noah et mes parents.
Le dire ne me soulage pas. Mes erreurs sont bien trop grandes pour que de simples mots les effacent. Jamais je ne le pourrai.
— Nos décisions sont prises dans un contexte qu’il ne faut pas oublier, déclare Hunter. Nos rôles au sein de la Pyramide nous ont poussés dans les méandres de l’humanité, dans ses recoins les plus sombres. Cela ne signifie pas pour autant que le halo en nous s’éteint. Il est toujours là, au creux de nous. Mais nous n’avons pas eu d’autre choix que de nous adapter à notre environnement.
— Elle aurait pu avoir une vie différente, Hunter. Je ne peux pas m’empêcher de nous voir en elle quand je pense à ses parents. Je culpabilise.
— Que tu aies tué son père ou non ne changerait rien à sa situation. Si tu n’avais pas abattu James Manson, les Italiens s’en seraient chargés. Désormais, l’unique action que nous pouvons mettre en place pour la soutenir dans son deuil, c’est de démanteler la Pyramide et d’en couper sa tête.
Il reprend mes mots, ceux dont j’ai usé quand je lui ai confirmé mon rôle au sein de la CIA. Le savoir sur la même longueur d’onde que moi ne m’aide pas à me sentir mieux. C’est comme si tout remontait à la surface après des années à terrer mes émotions.
— J’ai la sensation de courir après une chimère, Hunter. Tu l’as dit toi-même : avoir buté les malfrats qui ont tué Noah ne t’a pas apporté de satisfaction. Je crains de ne pas ressentir de soulagement, même après autant d’investissement. Tous ces sacrifices en valaient-ils la peine ?
— En un sens, cela m’a permis de te retrouver. Et… concernant mon frère, j’aimerais que tu me révèles enfin ce que tu sais. J’en ai besoin.
Le destin a eu une drôle de façon de nous réunir, si tant est qu’on croie à ce genre de chose.
Quant à la demande de Hunter, il va de soi que je lui dois une explication.
— Noah travaillait pour un gang adverse. Il vendait la dope dans le quartier, mais il participait aussi à des attaques contre les dealers de la Pyramide. C’était un moyen pour lui de récupérer de la came gratuitement et de se faire du bénéfice.
— J’imagine qu’une de ses offensives a mal tourné.
— Ses collègues et lui s’en sont pris à plus gros. Une cargaison de cocaïne en provenance d’un laboratoire clandestin au nord du Canada. Ils ont rondement mené leur affaire, puisqu’ils ont dérobé une partie du butin.
— C’est lui qui te l’a raconté ? m’interroge Hunter avant que je puisse terminer mon explication.
— Oui. Le soir où il m’a confié son médaillon.
Le poids de ce moment me pèse toujours autant malgré le temps qui passe. Encore une fois, je ne crois pas aux conneries de la religion ni à ma bonne étoile, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qui serait arrivé s’il l’avait gardé.
— Il m’a aussi averti que l’un d’entre eux s’était fait choper. Deux jours après le braquage, l’un des participants a été trouvé mort chez lui. Noah avait confiance en lui, s’imaginait qu’aucun indice ne pouvait permettre aux gars de la Pyramide de remonter jusqu’à lui.
— Le type a balancé ses collègues, je suppose.
Sur ce point, je n’en sais pas plus que lui. Nikolaï m’a donné quelques infos que j’ai pu corroborer en faisant boire des mecs en bas de l’échelle. Et en pensant à ça, cela m’amène à poser une question à Hunter.
— Comment es-tu entré dans la Pyramide ?
— C’est Nikolaï qui m’a trouvé. Après ton… décès, j’ai remué ciel et terre pour retrouver une trace de ceux qui avaient tué mon frère. Je me suis promis de me charger de ceux qui avaient incendié la maison de tes parents après ça. Et quand j’ai compris que cela ne m’apporterait aucun réconfort, j’ai continué dans cette voie-là, empêtré dans ce putain de cercle vicieux, à me nourrir de l’adrénaline, en me disant que jamais plus je ne pourrais revenir à une vie normale, en espérant que la mort viendrait rapidement.
Son discours sombre me bouleverse, autant par sa dureté que par la similarité de ce que j’ai ressenti pendant des années.
— Encore une promesse que je n’ai pas tenue, souffle Hunter.
Un léger sourire naît sur mes lèvres.
— En vérité, si. Puisque quand tu as tué ceux qui ont abattu Noah, tu as aussi supprimé ceux qui ont incendié la maison de mes parents. Ce sont les mêmes types qui ont opéré pour m’éliminer, car ils m’ont sûrement aperçue lorsqu’ils s’en sont pris à ton frère.
Hunter m’observe d’une drôle de manière. J’ai la sensation qu’il peine encore à réaliser que je suis bel et bien en vie.
— Tu aurais pu mourir le même jour que lui, constate-t-il.
J’opine du chef.
— Peut-être que les miracles existent tout compte fait, lancé-je avec une pointe d’humour.
Hunter lâche un petit rire, mais retrouve vite son sérieux.
— J’ai une demande particulière à te soumettre, Hailey.
— Laquelle ?
— Pour la rencontre avec Ezekiel, protège ton cœur et porte un gilet pare-balles.
C’est plus fort que moi, je souris en pensant à une blague.
— On se croirait dans un film à l’eau de rose, lancé-je.
— Hailey, je ne plaisante pas ! Je ne supporterais pas s’il t’arrivait quoi que ce soit.
Je me reprends aussitôt. Savoir qu’il s’inquiète me berce dans une douceur surprenante. Je montre donc patte blanche.
— J’y songerai.
Mes doigts glissent dans les siens, et leur chaleur m’apporte un réconfort bienvenu. Est-ce que je mérite vraiment d’être aimée après avoir répandu le mal sur mon passage ? Même si j’ai vécu l’enfer, est-ce que cela justifie tous mes choix et tous ces cadavres que je laisse derrière moi ?
Dois-je entraîner Hunter avec moi comme me l’a ordonné Nikolaï ou bien dois-je le préserver de cette dernière étape de la mission ?
Accepterait-il seulement de rester sur le banc de touche ? Bien sûr que non.
— Tu en porteras un, toi, de gilet pare-balles si je te le demande ?
— Je n’ai pas pour habitude d’en mettre. Cela me gênerait dans mes…
La première partie de sa réponse me blesse. Aussitôt, j’attaque.
— Deux poids, deux mesures, donc.
— J’allais te dire que ça allait me gêner, mais que si ça pouvait te rassurer, j’exigerais d’en avoir un.
Je dérobe mon regard au sien, consciente de mon impulsivité.
— Je devrais tourner ma langue dans ma bouche avant de parler, pas vrai ? lancé-je.
— Tu peux le faire dans la mienne, enchaîne Hunter.
Mon attention se reporte sur lui, et je découvre une moue amusée sur son visage. Putain, ce qu’il est magnifique !
— Affaire conclue, déclaré-je en lui tendant ma main.
Hunter la jauge un instant, puis remonte ses deux prunelles vers les miennes. Mon ventre se tord délicieusement à son regard magnétique. Jamais je ne pourrai survivre sans lui. Et en cet instant, s’il me demandait n’importe quoi, j’accepterais sans broncher.
— Je veux qu’on s’en sorte, tous les deux, déclare-t-il.
Sa voix, ses mots, sa façon de me fixer, tout dans son attitude laisse transparaître toute l’importance que j’ai à ses yeux. Mon cœur fond.
— Moi aussi, affirmé-je, avant de l’embrasser.
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