Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 5
Hailey
Je ressors du loueur de voitures avec les clés de notre bolide pour les prochains jours. Le vent souffle un air glacial. Je maudis cette météo. Elle nous a fait subir de nombreuses turbulences durant notre vol jusqu’à Édimbourg.
Heureusement, Hunter n’a pas réagi à mes allers-retours incessants dans les toilettes, quand les conditions le permettaient. Il est resté muet dès nos ceintures bouclées. Ce qui n’a pas été pour me déplaire.
Vêtu d’un blouson en cuir, qui lui donne un air de mauvais garçon, je m’approche de lui. Asseoir ma position de supérieure est essentielle. Plus vite Hunter comprendra qui est aux commandes, plus vite je pourrai me concentrer sur notre mission. Elle est ma priorité.
— Prends ma valise, ordonné-je à mon binôme imposé.
Il fourre ses mains dans les poches, et redresse son menton, comme pour me narguer.
— Où allons-nous ? me demande-t-il avec nonchalance.
— Tu n’as pas besoin de le savoir.
— Où sont mes outils de travail ?
— Ils arriveront en temps et en heure.
Je décide de ne pas l’attendre avant qu’il me pose une énième question. Hunter semble comprendre le message en me suivant tout en tirant nos bagages.
Néanmoins, cette maigre victoire est de courte durée. Dès que nous approchons du véhicule de location, il intervient.
— Une Allemande dernier cri. La discrétion, tu connais ?
— Je me passerai de tes commentaires, répliqué-je sèchement.
J’ouvre la berline, et je m’installe derrière le volant. Mes cervicales sont tendues comme jamais.
Comment supporter sa présence à mes côtés durant ce périple de la plus haute importance, alors qu’il représente ma vie d’avant, celle où j’avais encore cette innocence qui me protégeait de la noirceur de ce monde ?
J’inspire, tentant de calmer mes nerfs pendant que Hunter dépose nos affaires dans le coffre.
Quand Ezekiel, le bras droit de la Mante, m’a annoncé que je devrais travailler avec Hunter, j’ai eu l’impression de perdre pied. J’appréhendais notre confrontation, mais je crains aussi notre mission qui n’a rien d’ordinaire. Nous devons retrouver la fille de la Mante, fille qu’elle a abandonnée à sa naissance pour la préserver des dangers du cartel.
Est-ce que je crois au hasard ? Pas vraiment. Mais je n’ai pas trouvé de réponse expliquant la raison de cette collaboration inopinée, me remettant sur le chemin de mon passé.
Si Ezekiel savait qui j’étais, il m’aurait fait abattre depuis bien longtemps.
J’aurais pu négocier pour un autre partenaire, simplement le palmarès impeccable de Hunter risquait d’éveiller les soupçons. Qui refuserait de travailler avec le Chasseur ?
Le coffre claque. Je finis de régler l’assise de mon siège quand Hunter me rejoint.
Son parfum boisé embaume presque aussitôt l’habitacle. Tout au long de notre vol, j’ai lutté contre les souvenirs liés à cette odeur rassurante. Encore une fois, Hunter me rappelle tout ce que j’ai perdu.
Je risque un regard vers lui pendant qu’il attache sa ceinture. Avec sa mâchoire carrée, recouverte d’une barbe naissante, et ses yeux d’un gris perçant, son allure se pare d’une aura aussi énigmatique que magnétique. C’est comme si vieillir l’avait rendu plus séduisant.
— Nous allons rejoindre l’hôtel où nous allons passer la nuit, expliqué-je en démarrant. Nous ne déballerons pas nos affaires, car nous repartons dès demain.
— Pourquoi ne pas aller directement à l’endroit où nous sommes supposés commencer ?
Des questions, toujours des questions !
Cela a le don de mettre mes nerfs en pelote. Je fais vrombir le moteur en quittant le parking au lieu de lui répondre. Comme lui, j’ai pour habitude de travailler en solitaire. J’ai gravi les échelons à la sueur de mon propre front. Partager cette mission avec lui ne m’enchante guère, autant pour le risque qu’il dévoile mon passé, que pour sa façon de m’y rattacher par sa simple présence.
— Comment sommes-nous supposés collaborer si tu ne me donnes pas de matière pour utiliser mes compétences ? me demande-t-il avec calme.
— Tu auras toutes les informations en temps et en heure, répliqué-je.
— Tu comptes me dire ça à chaque fois ?
Je serre les dents et retiens mon envie de sauter à pieds joints sur les freins.
— Tu comptes me briser les ovaires encore longtemps ?
Cette fois, Hunter ne renchérit pas. J’espère qu’il saura tenir sa langue jusqu’à notre arrivée à l’hôtel, sans quoi je ne réponds plus de rien. L’espace exigu de l’habitacle, sa présence, son parfum, tout en lui éveille bien trop d’émotions pour l’adolescente que j’étais.
*
* *
La salle de restaurant transpire le luxe avec un mobilier moderne et l’agencement du bar aux lignes épurées. Les teintes sombres du marbre contrastent avec la chaleur du bois naturel. Je me sens à mon aise dans ces espaces où l’argent achète la discrétion.
Enfin, si tant est que la personne qui vous accompagne sache se fondre dans le décor.
Sur mes talons aiguilles, parée d’une combinaison noire à manches longues, comme toujours, j’avance jusqu’à Hunter. Vêtu d’un jean brut et d’un pull à col roulé bleu marine, il est diablement séduisant.
Après une douche salvatrice, j’imaginais être en mesure de supporter sa présence le temps du repas où je suis supposée lui révéler une part de notre mission. Mais dès lors que son regard se pose sur moi, je tressaille.
Je les revois, son frère et lui, assis sur les marches devant la maison de leur mère. Ils souriaient, complices. Noah avait les mêmes yeux gris que lui, à l’exception près d’une tache de couleur noisette qui rend ceux de Hunter uniques.
— Tu es sur ton trente et un, s’exclame-t-il, dès que je suis près de notre table.
Il me reluque de la tête aux pieds. J’ai la sensation qu’il me déshabille. Je déteste ça.
— Je ne peux pas en dire autant de ton cas. C’est risible quand on pense à ta réflexion sur la discrétion concernant la berline, lâché-je en m’asseyant.
— Si tu m’avais donné des informations, nous n’en serions pas là.
— Mon petit doigt me dit que même si je t’avais prévenu, le smoking n’est pas dans tes tenues de travail habituelles.
Une serveuse nous oblige à interrompre nos joutes verbales en nous confiant une carte chacun. Je parcours les lignes sans pour autant retenir les différents choix. Je sens le regard pesant de Hunter sur moi, et ce sentiment se confirme lorsque je lève les yeux au-dessus du menu.
— Quoi ? sifflé-je.
— Je suis étonné qu’une fille aussi précieuse que toi fasse partie d’une telle institution, déclare Hunter comme s’il me parlait de la pluie et du beau temps.
Je resserre ma prise autour du document, en contenant mon envie de lui planter ma fourchette dans la main. La tâche n’est pas aisée, car je suis persuadée de prendre un malin plaisir à le mutiler.
— Ton expérience ne t’a donc rien appris, Hunter ?
— Je sens que tu vas éclairer ma lanterne de ta sagesse.
— Ou te laisser dans l’ignorance pour savourer ta chute lors de ta dernière mission.
Hunter semble sur le point de rebondir, mais notre serveuse attitrée revient pour noter nos commandes. Je lui demande des précisions sur de nombreux plats, histoire de faire bouillir mon binôme, mais sa maîtrise de lui-même me frustre. Je hais son sang-froid autant que son sarcasme.
En revanche, dès que l’employée repart, il attaque.
— Ma dernière mission ?
— Je te l’ai dit : la Mante t’émancipe une fois sa fille retrouvée et ramenée en vie.
— Sa fille ?
— Oups, j’ai lâché une information contre mon gré, m’exclamé-je en jouant faussement la confusion.
Hunter ne rebondit pas, au contraire, il s’applique à conserver un calme déroutant. Je le devine méthodique, patient et prêt à porter un coup uniquement s’il en vaut la peine. En somme : redoutable.
— Pourquoi la gamine n’est-elle pas avec elle ?
— Tu te verrais assurer la sécurité de tes enfants, Hunter, dans de telles conditions de travail ?
— Je ne me verrais pas en avoir tout court.
Son affirmation brute me percute. L’entendre évoquer son refus d’être père me rappelle avec véhémence le choix que j’ai moi-même fait, une décennie plus tôt. Mais, à seize ans, mesure-t-on vraiment ce qu’impliquent nos décisions sur le long terme ? Et si c’était à refaire, quelle option prendrais-je ?
Sûrement la même.
Je suis l’unique personne sur qui j’ai pu compter, alors vivre comme n’importe quelle femme de mon âge me semble grotesque. Quant à construire une famille, en étant aimée par un homme solide avec qui je voudrais d’un quotidien simple, et loin de tout danger ? Tellement ridicule.
OceanofPDF.com