Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 4

Hunter

 

Assis devant ma ponceuse à bandes, je répète inlassablement le même geste afin d’aiguiser mon katana. Nombreux de mes couteaux de combat y ont eu le droit depuis le milieu de la nuit, moment où je suis venu me réfugier dans ma forge.

Le travail du métal m’aide à canaliser les émotions qui bouillonnent en moi. Il m’oblige à me concentrer sur l’instant présent et m’évite de plonger dans les méandres de mon passé.

Un rire amer m’échappe soudain en repensant aux paroles que ma mère ne cessait de nous répéter à Noah et moi.

— Pas de rédemption pour les pécheurs, soufflé-je.

Elle cherchait à nous faire peur, espérant sûrement que cela nous engagerait à rester sur le bon chemin. Notre père l’a laissée avec deux enfants à charge. Nous l’entendions chaque soir prier pour nous préserver de devenir des mauvais garçons.

Nous vivions dans un quartier de Montréal où la drogue prospérait à l’insu des autorités. Des flics, tous pourris jusqu’à la moelle, aidaient même les vendeurs à ne pas se faire choper.

Pendant des années, nous avons été la fierté de notre mère. Mon frère et moi étions des élèves brillants. Tout a pourtant viré au drame quand je suis parti pour mes études supérieures.

Le square où nous avions l’habitude de nous amuser le jour se transformait en terrain d’un jeu bien plus dangereux la nuit. Noah y a sniffé ses premiers rails de coke à douze ans. Il y a été tué d’une balle à seize.

Les pleurs de ma mère au téléphone hantent encore mes ténèbres alors que cet évènement date de dix ans. À trente-trois balais, l’âge du Christ, je me réveille en sursaut dès que mon subconscient ressasse mon passé. Dès que j’achève une commande de la Mante, à vrai dire.

Dans ces moments-là, mes draps humides de sueur me rappellent que je ne suis qu’un homme. Drôle d’ironie quand on jauge mon palmarès, celui-là même qui me vante comme étant le tueur à gages le plus efficace de la Pyramide.

J’ai perdu tout espoir de me sortir de ce cauchemar le jour où j’ai exécuté un receleur sans ressentir la moindre émotion. Le deal était rempli, mon âme était damnée.

Pas de rédemption pour les pécheurs.

Une étincelle atterrit sur mon bras, brûlant ma peau. Je lâche le katana qui tombe au sol dans un bruit métallique. Je coupe la machine, puis jette un coup d’œil à l’horloge installée juste au-dessus. Les aiguilles m’indiquent quatre heures.

L’avion décolle dans six heures, je devrais dormir pour conserver une bonne forme physique, mais comme à chaque fois qu’un élément ressurgit de mon passé, mes démons se réveillent pour me triturer les méninges.

Hailey.

Je peine à réaliser qu’elle est bel et bien en vie. Comment est-ce possible ? Comment s’en est-elle sortie ? Depuis combien de temps est-elle dans la Pyramide ? Tant de questions que j’ai retenues à la force de mon sang-froid.

Hannah Lise, de son prénom entier, traînait avec Noah depuis son plus jeune âge. Elle était une jeune fille pétillante, toujours prête pour l’aventure et dotée d’un caractère effronté. Trait de sa personnalité qui semble s’être accentué avec l’âge.

Tout comme sa beauté d’ailleurs.

Depuis notre entrevue, des bribes d’images me reviennent durant les sombres heures de la nuit. Son port de tête assuré dégage une élégance contrastant avec les basses besognes dont je m’occupe. Mâchoires fines, pommettes hautes, lèvres charnues. L’intégralité de son visage pourrait laisser croire à n’importe qui qu’elle est un ange. Une sorte de halo dans un putain d’enfer.

Pourtant, si elle en vient à me donner des ordres, elle ne doit pas être une enfant de chœur. Pourquoi n’as-tu pas choisi de briller, Hailey ?

*

* *

Je me fraye un chemin dans l’aéroport bondé, à la recherche de ce visage qui a hanté mes quelques heures de sommeil grappillées. Je ne tarde pas à repérer Hailey, toute de noir vêtue.

— Je ne savais pas que Matrix était ton film préféré, la taclé-je dès que je suis suffisamment proche d’elle.

— Et moi que tes références dataient du siècle dernier. Dépêche-toi, l’enregistrement de nos bagages a commencé.

— Tu n’étais pas obligée de m’attendre.

— Il fallait bien que quelqu’un se dévoue pour vérifier ta présence.

Le début de cette mission me déstabilise quelque peu. J’ai pour habitude de travailler en solitaire et, là, non seulement on m’impose un binôme, mais en plus de ça, il s’agit d’une personne que je pensais morte. Puis-je lui faire confiance ?

— Quel honneur ! lancé-je, sans masquer mon sarcasme.

— Des gars sont chez toi en ce moment même pour récupérer ton matériel. Ils auraient pu y venir pour une tout autre tâche si tu ne t’étais pas présenté. Ils n’attendaient que mon signal pour te pister, ajoute-t-elle, sérieuse.

Son assurance me prend à contre-pied. Elle est à l’opposé de la jeune fille que j’ai connue. Il me faut comprendre les raisons de sa présence au sein de la Pyramide. Ses vraies motivations, les plus profondes, les plus sombres. Je dois faire en sorte qu’elle baisse sa garde pour mieux l’apprivoiser. Comme chacune des proies que j’approche avant de les abattre, Hailey ne doit pas s’en douter.

— J’espère que tes gars ne perdront aucun de mes outils.

— Sinon, quoi ? Tu vas t’occuper de leur cas ?

Son ton teinté d’ironie me déplaît.

— Je me demande comment tu as pu atterrir à un tel poste en prenant la situation autant à la légère, Hannah Lise.

De profil, j’aperçois sa mâchoire fine se contracter, comme lors de notre entrevue.

— N’utilise jamais plus ce prénom, Hunter.

Une menace ? Un point sensible, donc. Je me note cette information dans un coin de l’esprit.

— Cela ne m’aiguille pas sur ton ascension fulgurante.

— Qu’est-ce que ça peut te faire ? Tu es jaloux parce que, toi, tu es resté en bas de l’échelle ?

Un léger rire m’échappe.

— Être sur le terrain me convient tout à fait. Devenir le bon toutou du bras droit ne m’apporterait aucune satisfaction.

— Tu préfères continuer à être le bâtard qui ronge son os en attendant nos ordres, je comprends, ce rôle te va si bien.

Quelle connasse !

Sa répartie m’amuse autant qu’elle me démange de lui coller une lame sous la gorge. Nous avançons dans la file.

— Si tu as aussi peu de considération pour mes talents, peut-être devrais-tu assurer toi-même cette mission ?

— Ce n’est pas l’envie qui me manque, déclare-t-elle, les dents serrées.

— Pourquoi ma présence est-elle donc nécessaire ? Est-ce une volonté de ta part ou un ordre direct d’Ezekiel pour que tu sois obligée de travailler en binôme avec moi comme une docile petite fifille ?

Cette fois, malgré son air courroucé, Hailey garde le silence. Je la sens néanmoins bouillir. Jusqu’à quelle limite conservera-t-elle son sang-froid ?

— Combien d’années es-tu restée sur le terrain ? lui demandé-je.

— C’est un interrogatoire ?

— Nous sommes amenés à collaborer contre notre gré, alors je préfère savoir à quoi m’en tenir, si je dois m’attendre à sauver tes fesses parce que tu es inexpérimentée.

Un rire sonore résonne depuis sa gorge.

— Je ne te connaissais pas aussi drôle, Hunter. J’espère que tu as développé d’autres talents que celui-ci, comme le fait de rester à ta place. Si tu es suffisamment sage dans les prochaines heures, peut-être auras-tu le droit à des informations concernant notre affaire. Dans le cas contraire, il me faudra sévir.

— Et que vas-tu faire, Hailey ? Me mettre au coin comme un gamin qui fait une connerie ? raillé-je, non sans sarcasme.

Elle pivote vers moi et approche sa bouche de mon oreille.

— Il existe tellement de possibilités pour faire perdre la tête à un homme, souffle-t-elle d’une voix chaude.

Sa réplique me prend à contre-pied. Je m’attendais à des menaces physiques, mais pas de ce genre. Le pire ? Son sous-entendu me laisse apercevoir ses moyens de torture privilégiés.

Mon être entier se crispe. Tout comme sa réapparition soudaine, celle que j’entrevois ne ressemble en rien à la Hailey que je connaissais. Sa présence à mes côtés s’en obscurcit d’autant plus. Qui est cette femme ?

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