Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 21
Hailey
L’intensité de son regard me met mal à l’aise. Je hais sa manière de me sonder, de chercher la vérité au cœur de mon âme. Tout comme sa propension à être perspicace.
— Si je te le dis, je devrai te buter.
— Encore faudrait-il que tu y parviennes.
La confiance transpire de sa réponse. Il ne me lâchera pas. Pas cette fois. J’en ai l’intime conviction.
Il me le prouve en me relançant, toujours avec ce ton infaillible.
— Alors ?
— Découpe ce putain de cadavre, et rejoins-moi à la voiture quand tu as terminé.
J’amorce ma fuite, cependant, Hunter n’a pas dit son dernier mot.
— J’imagine que si tu opères à l’international, on parle de la CIA.
Je m’arrête aussitôt sa phrase finie. Mes yeux se ferment, mon pouls s’accélère. Je retiens difficilement les tremblements qui prennent possession de mon être tout entier.
Ma couverture vient de tomber.
En suis-je paniquée ?
Étrangement, non.
Bien au contraire.
Un soulagement m’envahit à mesure que l’air entre dans mes poumons.
Cependant, je n’ose pas me retourner pour observer la réaction de Hunter. Depuis le début, il se demande si nous sommes dans le même camp. Je ne veux pas voir sa déception lorsqu’il comprendra notre totale opposition.
— Tu ferais quoi si c’était le cas ?
— Je n’aurais pas d’autre choix que de te tuer.
Un sourire s’amorce sur mes lèvres en l’entendant réutiliser mes propres mots. Néanmoins je le perds rapidement, en proie à une analyse approfondie de sa réponse. M’éliminerait-il vraiment si je lui confirmais mon rôle ?
Je n’aurais pas d’autre choix que de te tuer.
Hunter énonce un fait, sans pour autant affirmer qu’il s’agit là de la décision qu’il prendrait. Je ne décèle aucune conviction dans ses mots. Comprendre que, malgré notre passé et les rancœurs subsistant entre nous, aucun de nous deux ne serait capable de mettre fin aux jours de l’autre me procure un sentiment particulier.
Compter sur quelqu’un me soulagerait d’un poids immense. Cela me donnerait aussi un espoir depuis longtemps perdu. Mais ai-je envie de croire en lui ?
Oui, me souffle mon cœur.
Ne fais pas cette erreur, me hurle ma raison.
— Encore faudrait-il que tu y parviennes, lancé-je en reprenant à mon tour ses propres mots.
Puis je poursuis mon chemin en le laissant décider du sort qu’il me réserve.
*
* *
L’eau tiède coule sur ma peau dans un maigre réconfort. D’ici quelques heures, nous nous en irons de Galway en direction de l’abbaye de Kylemore. Hunter s’est chargé de notre dommage collatéral avec une efficacité magistrale.
Emmené en dehors de la ville pour l’interroger, le barman gît désormais dans plusieurs poubelles d’habitants en campagne, au milieu d’un étang et dans le terrier d’un blaireau au cœur d’une forêt. Quant à ses entrailles, elles ont rejoint un conteneur destiné aux déchets dans un abattoir.
C’est l’unique endroit où nous pourrions nous faire repérer, mais le risque est minime. Qui fouillerait ce type d’établissement pour y trouver ce que nous avons jeté, tout en sachant que les porcs possèdent des organes similaires aux nôtres ?
Je bascule la tête en arrière dans l’espoir de me vider l’esprit de toutes ces images. Elles me donnent la gerbe. Malgré les années, je ne suis pas habituée à la boucherie engendrée par certaines éliminations. Seule ma conviction de mener à bien ma vendetta m’apporte le courage nécessaire pour avancer.
Cependant, avec ce que Hunter a deviné, sans que je le lui confirme, je crains pour la suite des opérations. Si j’y étais contrainte, parviendrais-je à le jeter en pâture à nos ennemis ? Ou bien compromettrais-je tout mon labeur pour ses beaux yeux ?
Deux iris gris glaciaux s’imposent à moi et me serrent le ventre, autant d’appréhension que de désir. Le souvenir de son baiser dans mon cou, lui, alimente l’incendie, et dissipe mes inquiétudes. On n’embrasse pas cette partie si érogène sans arrière-pensée. Mais Hunter connaît-il seulement mes ressentis vis-à-vis de lui ?
Je pourrais pousser le vice, initier la luxure entre nous pour tester ses limites. Rien que de songer à nos corps, l’un près de l’autre, le mien réagit dans une contraction délicieuse.
Cependant, à la vue de mon passif sentimental envers lui, ne risquerais-je pas de me transformer en Icare à voler trop près de son soleil ? N’ai-je pas suffisamment de marques sur la peau pour amorcer la calcination de mon cœur ?
Serait-il seulement capable de m’aimer malgré mes choix ?
Serait-il seulement capable de me sauver malgré ma noirceur ?
Ou serait-il capable de m’abandonner à nouveau ?
Je ne suis sûre de rien.
Je coupe l’eau, les muscles de nouveau tendus.
Comment puis-je me poser ces questions !
J’ai trop trimé pour ne pas aller au bout de cette mission, j’ai fait tant de sacrifices. Et j’ai tué. À plusieurs reprises. Il est inenvisageable de construire un quelconque avenir à deux. Et puis, encore faudrait-il qu’il en ait envie. Que nous restions en vie, aussi.
Un poids alourdit ma poitrine et m’oblige à m’asseoir à même le sol. Cette souffrance m’accompagne sans que je parvienne à m’en débarrasser. J’ai tant rêvé d’une existence simple, à l’image de celle vécue par mes parents. Un quotidien où se faire brûler vif sans préambule ne faisait pas partie de l’équation.
J’aurais été conductrice de taxi ou de bus. J’avais sans cesse la bougeotte et le besoin de voir du pays. Peut-être aurais-je tenté de devenir hôtesse de l’air ou pilote de ligne si mon père m’avait poussée, comme il en avait l’habitude. J’étais la meilleure volleyeuse de mon équipe malgré ma taille, en dessous de celle de mes partenaires. Il aimait débriefer des matchs avec moi, me proposait des entraînements supplémentaires, et je les acceptais volontiers. Le voir fier de sa fille unique m’apportait une reconnaissance que j’adorais.
Mais l’incendie a anéanti tous mes espoirs de bourses grâce au sport, toutes les motivations que j’avais de concrétiser ces rêves d’adolescente énergique et joyeuse.
Je me relève, cette rétrospective en tête. Et lorsque je balaie le miroir d’une main pour y effacer la buée, mon reflet me renvoie l’image d’une tout autre personne.
Mes grands yeux mangent mon visage fin au teint pâle. Mes cernes dépeignent le maigre nombre d’heures de sommeil cumulées au fil de ces derniers jours. Ce qui me heurte le plus, c’est la froideur de mon expression. La rancœur a annihilé toute trace de compassion, la colère a réduit en cendres tout soupçon de bonheur, la haine a détruit toute notion d’amour.
— Tu en as pour longtemps ? tonitrue Hunter derrière la porte.
Un vent de panique s’élève en moi dès lors où il abaisse la poignée.
Et que cette dernière s’ouvre.
J’étais pourtant sûre d’avoir fermé à clé !
Il ne doit pas me voir… comme ça !
Mais il entre dans la pièce, et mon cœur cesse de battre.
Je n’ai pas peur qu’il découvre ma nudité. Il la parcourt d’ailleurs sans que cela éveille un quelconque besoin de la lui cacher.
Cependant, dès l’instant où son regard atterrit sur mon bras, je clos mes paupières, incapable de supporter la peine que je lis sur son visage.
— Hailey…
Mon prénom soufflé entre ses lèvres me déclenche soudain une nausée. Je donnerais tout pour disparaître.
Tétanisée, je ne réagis pas quand je l’entends s’approcher de moi. L’air frais provenant de la chambre me fait frissonner, mais pas autant que le tissu en éponge déposé sur ma peau. Hunter vient de me recouvrir du peignoir mis à disposition par l’hôtel. Son geste me chamboule bien plus que je ne l’admettrais jamais. Ses iris gris, que je rencontre dès l’instant où je rouvre les paupières, m’accueillent avec une bienveillance bouleversante.
— Est-ce que ça te fait mal ?
Sa sollicitude s’immisce dans chacune de mes blessures, pareille à un cicatrisant. Je lutte de toutes mes forces pour ne pas lâcher les armes, parce que je refuse d’être réparée. Même si le souvenir de celle que j’étais me laisse un goût amer, je ne veux pas redevenir autant naïve et insouciante. Ma souffrance m’a apporté une force insoupçonnée.
— Va-t’en, craché-je.
Je le fixe, avec un regard aussi mauvais que possible. En guise de réponse, son visage demeure impassible.
— Certainement pas. Je l’ai déjà fait. Et je ne commettrai pas une seconde fois cette erreur.
La conviction dans sa voix heurte mes défenses bancales. Elles s’écroulent dès l’instant où il réduit l’espace entre nous, pour replacer une mèche de cheveux derrière mon oreille.
Sa tendresse, son odeur, sa présence, je replonge sans pouvoir lutter dans cet océan d’amour que je lui ai voué par le passé. Je redeviens Hannah Lise, la fille éperdument éprise de ce jeune homme inaccessible. À la différence près que celui qui m’empêchait de me jeter dans ses bras ne fait plus partie de ce monde.
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