Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 32
Hailey
La télévision diffuse un match de hockey. Comme si la chaleur ambiante, malgré l’heure tardive de ce mois de juin, ne l’accablait pas, mon père s’enthousiasme à chaque bonne action. Il a déjà vu cette rencontre à plusieurs reprises, mais a toujours été fan de sport au point d’en faire sa vocation. Ou des marathons « des plus grandes parties de tous les temps », selon ses dires.
— Une orangeade, ma chérie ?
Ma mère me sort de mes pensées.
Depuis plusieurs semaines, je larve sur le canapé sans but et sans volonté autres que de me raccrocher à l’instant présent. J’acquiesce sans un mot, mais devine à sa manière de m’observer qu’elle va me proposer de quoi nourrir mon corps aminci.
— J’ai préparé des cookies à la noix de pécan pour le dessert. Tu en veux avec un peu de glace ?
Mes gourmandises préférées, de quoi ravir mes papilles.
— Je n’ai pas faim, affirmé-je.
Avant qu’elle insiste, je lui lance un regard explicite. Ma mère m’offre une moue contrite, mais elle retourne en cuisine en silence. Après les récents évènements, mes parents se montrent conciliants malgré mes humeurs changeantes.
Noah, mon meilleur ami, a été tué le mois dernier. J’étais là, le jour de sa mort. Nous étions au square à proximité de sa maison. Quand il a aperçu des mecs arriver au loin, il m’a demandé de m’enfuir. Je l’ai à moitié écouté, préférant rester dans les parages. Jamais avant ce jour je n’avais vu la panique dans ses yeux gris. Il était mon double, intrépide et courageux.
Ils l’ont abattu de sang-froid, un sourire aux lèvres.
Mon cœur se serre tandis qu’une larme coule sur ma joue. À seize ans, on est supposé avoir la vie devant soi.
L’euphorie de mon paternel me ramène à l’instant présent. Mon regard se porte vers la baie où le ciel sans nuages contraste avec mes émotions intérieures. C’est alors que je la vois.
Cette berline noire.
Les muscles tendus, je me lève précipitamment du fauteuil, mais je n’ai pas la possibilité de parler que j’entends ma mère hurler, puis un objet fumant tombe sur le sol de notre salon.
Sans réfléchir, je m’élance vers l’escalier menant à l’étage. J’ai à peine le temps d’apercevoir mon père, le visage empreint de panique. Nous devons fuir.
— Courez ! m’époumoné-je.
La puissance de l’explosion qui suit me souffle dans les marches. La douleur dans mon bras m’arrache un cri. Un regard vers ma peau me confirme l’attaque des flammes. Malgré l’intensité de ma souffrance, je tape sur ce qui ronge ma chair.
Lorsque je parviens enfin à les éteindre, l’air me manque, mes oreilles sifflent, mon cœur semble sur le point d’éclater en voyant la force de l’incendie au milieu du salon.
Papa.
Maman.
Je ne peux plus redescendre.
Mue par l’urgence, je grimpe à quatre pattes. En bas, j’entends le verre se briser, le bois craquer. Une seconde détonation. Puis encore une autre. Tout va s’effondrer d’un instant à l’autre.
Une fois arrivée dans ma chambre, j’ouvre la fenêtre donnant sur le jardin arrière. Je saisis le treillis, fixé à la façade par mon père. Les épines du rosier en fleur s’enfoncent dans mes paumes, mais je serre les dents. Dans un état second, le souffle court, je descends par cette prise improvisée.
Lorsque je touche le sol, j’ai la sensation que mes jambes vont lâcher, mais je suis davantage préoccupée par les environs. Je me fige quand je vois le triste spectacle devant mes yeux.
Mon corps se met à trembler.
Hier encore, je sirotais une orangeade préparée par ma mère sur le perron de notre maison familiale.
Aujourd’hui, face à moi, tout brûle.
Je voudrais secourir mes parents, mais les flammes dévorent tout sur leur passage. La fumée me fait tousser.
Je dois partir.
Maintenant.
Où ? Je ne sais pas, mais loin.
L’adrénaline m’aide à grimper par-dessus les claustras nous séparant du terrain de nos voisins. Je me réfugie dans leurs buissons épais. Des larmes dévalent mes joues. J’entends les sirènes des pompiers hurler au loin.
Un mois plus tôt, mon meilleur ami me quittait, ce soir, je perds ce qu’il me reste d’âme. Et comme si le Ciel m’avait écoutée, le toit de notre maison s’écroule au même instant dans un bruit assourdissant.
Mon cœur se déchire en percevant les cris de mon père suivi d’un calme glaçant.
Les soldats du feu arrivent trop tard.
Je les entends, à moitié absente, partir à l’assaut du brasier déchaîné. Et plus le temps passe, plus ce feu criminel, destiné à assurer mon silence, anéantit mon expectative d’une vie normale.
Après le décès de Noah, j’espérais retrouver un semblant de quotidien classique, et vivre comme toutes les ados de mon âge. J’espérais aussi que Hunter reviendrait et m’aiderait à surmonter ma peine.
Mais, face à ces flammes, la haine monte en moi à mesure qu’elles dévorent le bâtiment et qu’elles incendient mon innocence.
Mes doigts gagnent la chaîne autour de mon cou. Je porte le médaillon qui y est attaché à mes lèvres, puis l’embrasse. Je me promets de faire payer ceux qui ont détruit ma famille, qui m’ont pris mon meilleur ami, et ont fait fuir celui pour qui mon cœur n’a jamais cessé de battre.
— Hailey ?
Un petit rire m’échappe. Le destin me joue des tours. Hunter ne peut pas être là. Il m’a abandonnée.
— Hailey, réveille-toi !
Tout se mélange dans mon esprit. Ma gorge me fait un mal de chien, tout comme l’intégralité de mon corps.
Une main posée sur ma joue me fait ouvrir les yeux. Je suis allongée. Je ne me trouve pas dans le jardin des voisins, mais face à deux billes grises reconnaissables dont l’une est marquée par une tâche noisette.
— Hunter ?
Je commence à me redresser. La douleur me stoppe et je grimace.
— Où sommes-nous ? Que s’est-il passé ? Qu’est-ce...
Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase que ses bras m’entourent.
— J’ai eu tellement peur, bon sang !
Le soulagement dans sa voix me prend de cours. Je me laisse aller contre lui, respire son odeur boisée, mélangée à une senteur plus âcre. Plusieurs flashs me reviennent d’un coup.
Fratelli qui me frappe en plein visage, ses sbires qui se chargent de me rouer de coups.
Mes poignets douloureux me rappellent les attaches de métal qui entraient dans ma chair.
L’incendie, la fumée.
Hunter.
— Tu m’as sauvée ? lui demandé-je en me détachant de lui.
Son regard se dérobe au mien, puis il se lève.
— Peu importe. Tu devrais te reposer, la suite de la mission nous attend. Et si tu allais prendre un bain pour récupérer ? me propose-t-il.
— Tu n’as pas suivi les Italiens ? Et Rose ? Elle était avec eux.
Je ne parviens pas à réaliser son geste. Il a risqué sa vie pour me secourir. Quel homme dont ce n’est pas le métier agirait ainsi si ce n’est un homme qui tient à vous plus qu’à sa propre existence ?
— Hunter, réponds-moi !
— Oui, Hailey ! s’écrie-t-il en faisant volte-face. Je t’ai sauvée. J’ai failli à ma promesse parce que l’idée de vivre sans toi m’était insoutenable.
Il me faut plusieurs secondes pour réagir. Je me lève malgré la douleur de mon corps, et me jette dans ses bras. L’entendre me dire à quel point il tient à moi m’apporte un réconfort plus que bienvenu.
— J’espère que tu ne tiendras pas l’autre non plus, soufflé-je. Celle de quitter ma vie une fois la mission terminée.
— J’aimerais t’assurer de rester, mais a priori je ne suis pas capable de tenir mes engagements.
Un petit rire nous échappe, puis Hunter resserre sa prise autour de moi. C’est un soulagement indescriptible qui me traverse. Cela fait tant d’années que j’espérais compter un jour pour quelqu’un, tout en refusant de dévoiler les décombres de mon passé. Je n’avais pas le temps, pas le désir. Avec Hunter tout est différent. Il me connaît déjà. Et mon cœur lui appartient depuis toujours.
Je m’écarte légèrement de lui, et résiste à l’envie de l’embrasser. Ses lèvres sont pourtant bien là, devant moi, à portée des miennes. Mais le souvenir de son premier rejet refait surface, avec ce même goût amer, malgré son acte héroïque. Je dois être sûre que c’est ce qu’il désire, lui aussi.
— Que fait-on maintenant ? lui demandé-je.
— Nikolaï débarque d’ici trois heures. Nous devons en profiter pour nous reposer. Ensuite, nous échafauderons un plan pour aller débusquer les Italiens. D’après le Russe, ils ont toujours le téléphone avec lequel tu as appelé notre ami russe. Peut-être que ton idée de leur livrer la Mante a fait son chemin, tout compte fait.
Je peine à déglutir. La mission. Elle demeure notre priorité, bien entendu. Même si je dois admettre que la fatigue physique, les émotions de ces dernières heures et l’espoir apporté par Hunter me donnent plutôt envie de capituler.
Je puise dans ce qu’il me reste de courage pour relancer la conversation.
— Et Rose ?
— Elle porte un pantalon de couleur clair ?
— Oui.
— Ils l’ont emmenée avec eux, affirme Hunter. Je pense sincèrement qu’ils vont la maintenir en vie. Elle est leur unique moyen d’appâter la Mante.
— Je n’en suis pas sûre. Fratelli s’interroge, car seul leur clan a été tenu informé pour l’existence de la fille. Je n’ai pas eu le temps de le questionner sur leur indic, mais je trouve ça louche aussi. S’ajoute à cela notre collaboration. J’en suis venue à me demander si la Mante n’était pas au courant pour ma couverture.
— C’est possible. Peut-être même que Rose n’est pas sa fille. Mais elle est loin de savoir à qui elle a affaire. Nous allons la faire tomber.
L’assurance dans sa voix devrait me réconforter, néanmoins elle me rappelle que je peux encore le perdre. La peur m’assaille, mais j’ai conscience de devoir tenir debout pour la suite des opérations.
— Bien, je vais aller me prendre un bain, comme tu l’as suggéré. J’ai l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur.
Hunter opine du chef, puis il m’observe m’éloigner dans la pièce adjacente à la chambre. Je découvre alors une panoplie de petites bougies à LED allumées sur le rebord de la baignoire.
— Je me suis dit que tu détesterais qu’elles soient vraies, souffle Hunter derrière moi.
Mon regard accroche le sien dans le miroir en face de nous, qui couvre l’intégralité du mur.
— Est-ce que tu m’autorises à venir avec toi ? me demande-t-il.
Je pivote vers lui pour étudier l’expression de son visage. Son attitude entière trahit son inquiétude. Ou bien est-ce la mienne qui prend trop de place dans ma poitrine ?
La peur me comprime l’estomac, mais il me faut lui poser la question.
— Si je te dis « oui », qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
Hunter réduit un peu plus l’écart entre nous. Ses paumes gagnent mes joues pour attirer mon visage près du sien.
— Que jamais plus je ne te laisserai tomber, affirme-t-il dans un murmure. Que je t’aiderai à accomplir cette mission jusqu’au bout. Que chaque jour de ma chienne de vie, je te chérirai comme l’être le plus précieux de cette putain de Terre.
Sa phrase terminée, je reste muette, incapable de réaliser la teneur de sa déclaration. Et quand sa bouche capture la mienne, j’ai la sensation de vivre un rêve éveillé. Puis la passion prend le dessus. Le besoin oppressant de savourer chaque seconde de ce contact salvateur me pousse à me donner sans réfléchir.
J’ai aspiré à ça des millions de fois, mais l’instant présent surpasse toutes mes attentes. Hunter se débarrasse de son tee-shirt, me laissant apercevoir de nombreux hématomes. J’aimerais le questionner sur leur origine, mais mon envie de toucher son corps envoie valdinguer ma curiosité.
Mes doigts parcourent sa peau chaude, dont les ombres sont accentuées par la faible lumière.
— Tu es encore plus beau qu’avant.
— Malgré ma propension à prendre de mauvaises décisions ?
— Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est ce qui fait ton charme, mais, oui, malgré tout ce qui a pu se passer, une part de moi n’a jamais cessé de…
La fin reste coincée dans ma gorge, comme si mon cœur cherchait à se protéger par instinct de survie. Je ne peux pas lui en vouloir de fonctionner ainsi après des années à le brimer de battre un peu trop fort pour l’homme qui se trouve devant moi.
— Je t’aime, Hailey, déclare Hunter d’une voix rocailleuse.
Mon regard s’arrime au sien comme pour s’assurer d’y lire la vérité. Ses mots me semblent irréels.
— Tu…
— Cela me paraît évident. N’importe quel type sain d’esprit se serait tiré depuis belle lurette. Mais je suis resté, pour toi. Malgré ton pétage de câble à l’église Sainte-Croix, malgré tes menaces de me flinguer, malgré les flammes qui ont failli t’emporter.
— As-tu conscience qu’une partie de toi le fait parce que tu ne te pardonnes pas la mort de Noah ?
Pour toute réponse, Hunter s’éloigne de moi pour se rapprocher de la baignoire. Il se déshabille intégralement, en silence.
J’observe la musculature de son dos, le tombé de ses reins. La puissance de ses jambes. Le bombé de ses fesses. Mes dents se plantent dans un coin de ma lèvre inférieure, tentant de maintenir à distance mon envie irrépressible de mordre son postérieur.
— Qu’est-ce que tu fais ? lui demandé-je.
— Et toi, qu’est-ce que tu attends pour me rejoindre ?
Il se glisse dans la baignoire et ouvre le robinet. Il déverse du gel douche dont les effluves de pomme me parviennent.
— C’est celui que j’utilisais quand j’étais adolescente ?
— Le même deux en un, oui. Il m’arrive parfois de l’acheter, par réflexe. Je pensais qu’il me rappelait le temps où Noah était encore en vie. Mais c’est de toi qu'il s’agissait. Nous n’avons jamais eu ce produit à la maison.
Le cœur lourd, j’avance jusqu’à la baignoire où je me déshabille à mon tour. Je me glisse dans l’eau, les genoux recroquevillés sur la poitrine.
— Tu me préviens si c’est trop chaud pour ta peau.
En silence, nous nous fixons durant plusieurs minutes. Hunter finit par le briser.
— Tu comptes autant que mon frère, Hailey. Je mentirais en disant supporter son absence et mes regrets, mais si je suis entré dans cet entrepôt, c’est pour te sauver toi. Pas pour le sauver lui. Il n’est plus là, et ne le sera jamais plus.
Mes lèvres tremblent, mes yeux s’humidifient. Noah ne reviendra plus. Mes parents non plus. Le poids de cette tragédie nous hante encore. Elle nous poursuivra toute notre vie.
— Alors, je suis un peu comme ta petite sœur, c’est ça ?
Hunter éclate de rire.
— Je bute des gens, certes, mais tout de même. Prendre un bain avec ma sœur ? Faudrait être vraiment dingue.
Puis il passe ses mains derrière mes mollets et m’attire sur lui. Nos corps se collent l’un à l’autre dans une proximité délicieuse. Une bouffée de chaleur m’envahit quand je sens son sexe tendu contre mon intimité.
— Et, dois-je te rappeler que j’ai également fait ça, aussi ?
Il m’embrasse en pressant mes fesses pour que nos corps soient encore plus proches. Je meurs de désir en un instant. Je me laisse aller, m’accroche à son cou pour ne pas défaillir face à tant de passion.
Hunter m’aime. Sans aucun doute. Mais c’est comme si mon cerveau refusait de le croire. Il me fournit même un détail, un détail qui, selon lui, pourrait tout changer.
— Est-ce que tu sauras te montrer doux avec moi ? lui demandé-je, la voix hésitante.
— Je ferai ce que tu voudras, m’assure Hunter.
— Même si je te dis que…
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