Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 34

Hailey

 

Je suis là, dans un état semi-conscient, pleine de certitudes alors que j’ai sauté dans le vide sans harnais. Lui avouer ma virginité aurait pu le rebuter, le rendre prétentieux de me cueillir. Mais il n’en est rien.

Hunter se donne sans concession, je lui réponds sans crainte.

Je savoure chaque nouvel assaut dans une dispersion de plaisir au creux de mon ventre, ma poitrine, mon cœur. Mes sensations se décuplent d’elles-mêmes, m’approchant un peu plus du point de non-retour.

J’ai beau connaître mon corps pour l’avoir exploré, rien n’est comparable à la jouissance qui monte en moi.

Hunter m’emplit.

De son regard ravageur.

De ses mains fermement ancrées à mes hanches.

De son goût salé de transpiration.

De ses grognements bouillants de plaisir.

De son odeur boisée, divine.

Une dernière inspiration, et j’éclate sous le joug d’un orgasme libérateur. Tout mon monde intérieur convulse dans de délicieux spasmes. Toutes les tensions quittent mes muscles comme si un carcan de coton venait me cajoler après avoir donné tant d’effort physique.

J’entends à peine Hunter rugir à son tour.

Je le perçois vaguement se retirer, puis m’allonger à côté de lui.

Les minutes défilent durant lesquelles je lutte contre le sommeil. Je ne veux rien oublier de ce moment.

— On recommence quand tu le souhaites, lancé-je d’une voix endormie.

— La baignoire n’attend que nous.

— La baignoire ?

Je repense à sa langue en moi, à ces vapeurs d’eau agréables. L’eau.

Je bondis du lit et me précipite dans la salle de bains.

— J’ai coupé le robinet à temps ! s’écrie Hunter depuis la chambre.

En effet, seule la mousse déborde. Quand y est-il allé ?

— Pourquoi tant de panique ? me demande-t-il en se glissant derrière moi.

— Quand as-tu…

— Quand je suis allé jeter la capote. Est-ce que tout va bien ? me questionne-t-il, le visage marqué par l’inquiétude.

— Oui. C’était… Je ne pouvais pas espérer mieux. C’est juste que je n’ai pas envie qu’on nous interrompe pour un dégât des eaux. J’ai envie de…

Faire de cette bulle une éternité.

Je ne parviens pas à exprimer mes désirs, tant ils me semblent utopiques. En une fraction de seconde, ce cocon éclate, tout comme mes rêves. La réalité est bien loin de cette chambre d’hôtel luxueuse où nous venons de passer un moment merveilleux.

— Quel avenir avons-nous, Hunter ?

— Celui pour lequel nous allons nous battre.

Je pivote vers lui, et mon ventre se contracte délicieusement face à sa détermination.

— Comment ?

— Nikolaï a évoqué la possibilité d’expier mes fautes en me servant de mes talents de pisteur. Je ne sais pas de quoi il en retourne, mais si cela me donne un ticket vers la liberté alors je compte bien le saisir.

Je voudrais lui demander plus de précision, mais cette infime possibilité ranime mon être tout entier d’espoir. L’équilibre qui constitue nos vies est si fragile pour le moment. Nous ne sommes que des pions que l’on déplace au gré des missions. Si Hunter peut s’en sortir, il est clair que je ne continuerai pas non plus. Il est temps que tout s’arrête.

— Je vais raccrocher, après ça, affirmé-je. Demander une nouvelle identité pour recommencer à zéro. Je ne peux plus voir cette déchéance ni en faire partie. Bien trop de personnes sont parties à cause d’un mauvais choix.

Je m’installe dans la baignoire, faisant déborder un peu d’eau. Hunter m’y rejoint, et se place dans mon dos. Il me serre contre lui dans un réconfort bienvenu.

— J’en veux à Noah, parfois, avoué-je. Il n’a pas pensé aux conséquences sur nos vies.

— Et moi, je me sens fautif de ne pas l’avoir écarté de ce chemin, de n’avoir rien vu de ses agissements.

Je me retourne légèrement, et découvre son air triste. Ma paume gagne son torse. Encore et toujours, il culpabilise. Hunter doit comprendre qu’il n’est pas responsable. Une bonne fois pour toutes.

— Tu viens de dire un fait essentiel, mais que tu sembles avoir oublié.

— Lequel ?

— Ce sont ses agissements, ses choix. Pas les tiens.

Sous ma main, sa poitrine se soulève à plusieurs reprises tandis que ses sourcils se froncent.

— Je n’y arrive tout simplement pas. C’était mon rôle de grand frère, après tout.

— Tu avais dix-huit ans quand il a plongé. Mais ça ne faisait pas de toi un adulte. Avant toi, c’était à ton père de ne pas s’enfuir, à ta mère de surveiller ses agissements.

— Elle a tellement souffert de nous élever seule. Il fallait bien que quelqu’un l’aide.

— Et tu l’as fait. Tu as entrepris de brillantes études, décroché un diplôme qui t’a permis de trouver un boulot stable.

— Pour tout plaquer un mois après, réplique-t-il. Et me tirer ensuite comme mon cher paternel.

— Peut-être. Mais tu es revenu, Hunter. Tu es revenu pour me sauver alors que tu aurais pu t’enfuir à nouveau. Tu n’es pas comme ton père. Tu n’es pas ta mère. Tu n’aurais jamais pu faire de choix à la place de ton frère.

Au travers de leur gris si froid, j’aperçois les ombres qui dansent dans son regard. Elles s’évaporent au fur et à mesure des secondes, et finissent par disparaître.

— Merci, Hailey.

Son simple murmure me donne l’impression que c’est notre rôle, de sortir l’autre de ses abîmes.

Je dépose un doux baiser sur ses lèvres, puis m’empare de la bouteille de gel douche.

— Où l’as-tu trouvée ?

— J’admettrai volontiers que les hôtels de luxe ont ce petit truc en plus d’appréciable : des employés discrets.

Un rire m’échappe en imaginant Hunter appeler le room service pour qu’on lui rapporte du shampoing douche à la pomme et des bougies à LED.

— Ils ont sûrement eux pire comme demande, lancé-je, amusée.

Je verse du liquide dans ma main, m’assieds à califourchon sur Hunter et entreprends de le laver. Il se laisse faire, même si je sens son désir pointer le long de ma cuisse. J’ai bien envie de succomber, cependant, j’ai aussi besoin d’éclaircir certains points concernant ce qu’il s’est passé.

— Comment as-tu fait pour me décrocher de là où j’étais ?

— Alors tu étais consciente quand ils t’ont hissée ?

J’opine du chef, tentant de chasser de mon esprit ces souvenirs encore frais. J’ai cru mourir, cette fois.

Hunter me raconte les évènements de l’entrepôt, puis le soulagement qu’il a ressenti quand il a enfin senti mon pouls. Il a défait mes chaînes à l’aide d’une pince coupante, toujours présente dans son lot d’outils qu’il emporte en mission.

— Les pompiers sont arrivés peu de temps après que je t’ai sortie. Mais le bâtiment s’est effondré.

Comme la maison de mes parents. Mon cœur se serre.

— Ensuite, j’ai dû chercher un endroit où l’on ne nous poserait pas trop de questions. J’ai trouvé des lingettes démaquillantes dans ta trousse de toilette pour éliminer les traces de suie sur mes mains et mon visage. Et j’ai réservé une chambre pour deux, en prétextant un voyage exténuant. Ce qui m’a permis de te transporter comme un sac à patates jusque sur le lit.

Je m’apprête à remercier Hunter quand la sonnerie d’un téléphone résonne, pour s’arrêter presque aussitôt.

— C’est Nikolaï, m’explique-t-il. Je lui ai demandé de me biper quand ses équipes et lui seraient arrivés à l’aéroport. Ils devraient débarquer d’ici une demi-heure.

Mon corps se tend irrémédiablement. J’aurais aimé que nous ayons un peu plus de temps. Mais la vie reprend ses droits.

Hunter et moi terminons de nous laver, non sans échanger quelques baisers torrides, non sans que mon envie de m’enfuir à l’autre bout du monde avec lui ne me traverse l’esprit.

Si nous partons comme deux voleurs, nous vivrons comme tels. J’aspire à plus de stabilité, pas à regarder dans le miroir pour savoir si mes ennemis sont derrière moi. Le risque zéro n’existe pas, mais je préfère opter pour la solution qui présente le moins d’aléas. J’ai suffisamment mis ma vie en danger ces dix dernières années.

Nous nous séchons, puis nous habillons en noir.

— On dirait qu’on va à un enterrement, raille-t-il.

— Le nôtre, qui sait, lancé-je en retour, sur un ton léger.

Cette façade joviale, bien que sinistre, n’en est rien. Lui et moi sommes morts de trouille. Mais durant les prochaines heures, notre amour et nos fragilités devront rester bien au chaud, dans un coin de notre cœur, scellés à double tour.

Hunter m’attire contre lui et m’enlace. Durant plusieurs secondes, je respire son parfum, m’en repais autant que possible. Je me sens protégée de tout. Invincible.

Puis quelques coups frappés à la porte me ramènent à la réalité.

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