Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 16

Hunter

 

Face à moi, Hailey demeure mutique. Je devrais m’en réjouir, mais je ne cesse de penser à mon geste quelques heures plus tôt.

Malgré mon envie de la faire taire lorsqu’elle brûle de colère, jamais je ne serai en mesure de la tuer de sang-froid.

Mais pourquoi ai-je embrassé sa peau comme unique réponse, bordel ?

Et pourquoi n’a-t-elle pas essayé de m’étrangler avec mes bijoux de famille ?

Les flammes dessinent des ombres sur son visage gracile ; elles crépitent et comblent le silence entre nous. Elles peinent à sécher nos vêtements humides, mais elles maintiennent une chaleur raisonnable pour nous éviter l’hypothermie.

— Demain, dès que nous aurons gagné la civilisation, je te laisserai réserver l’hôtel que tu souhaiteras, déclaré-je pour briser la glace. Je m’occuperai de louer notre véhicule.

J’aperçois un léger pincement de ses lèvres, me prouvant qu’elle m’a bien entendu. Mais là où je m’attends à ses éclats de voix, je n’ai qu’une simple question posée sur un ton calme.

— Une chambre ?

— Une chambre, lui confirmé-je. Ce sera plus pratique pour se défendre si les Italiens nous tombent dessus.

Hailey devrait me répliquer qu’au contraire, cela donnerait une chance à l’un de nous de s’enfuir si nous étions séparés. Mais aucun de nous ne semble vouloir laisser l’autre seul.

Nous avons beau nous écharper, nos âmes ont subi les mêmes tourments.

— Tiens, mange un peu, ça nous permettra de résister jusqu’à ce que nous atteignions les côtes irlandaises.

Je lui tends une barre de céréales, prise à l’hôtel avant notre départ de ce matin.

— Je n’ai pas faim.

— Ce n’était pas une question.

Hailey arrime son regard au mien. Je ne saurais déchiffrer son expression, mais elle saisit ce repas improvisé.

— Tu n’en as pas, toi ?

— Non, mais j’ai bien mangé au petit déjeuner.

 Ma coéquipière s’emploie à ouvrir le sachet tandis que je remets un peu de bois sec, trouvé à proximité de l’endroit où nous sommes.

Il n’a pas été simple d’en rassembler une quantité suffisante pour la nuit, dans la mesure où tout est détrempé. Mais grâce à mes connaissances acquises durant ces dernières années, je sais où chercher.

Une forêt regorge de ressources pour y survivre, comme des arbres morts, couchés, qui ne touchent pas le sol et ne sont donc pas imbibés par la pluie.

— Tiens, s’exclame Hailey.

Elle me tend une moitié de ce que je lui ai donné. Je la saisis sans rechigner et soupire. Je pourrais la pousser à nouveau dans ses retranchements, simplement, je crains de moi-même franchir certaines limites.

J’ai embrassé sa peau, putain ! Mais qu’est-ce qui m’a pris ?

Elle semblait si vulnérable quand elle m’a demandé si j’allais entailler sa veine pour lui ôter la vie.

Sa réaction m’a surpris. J’ai revu soudainement l’ado qu’elle était. Cela m’a replongé à l’époque où je passais mon temps avec mon frère et elle au lieu de retrouver mes anciens potes d’école. La fac m’a changé. Je ne trouvais plus d’intérêt à fréquenter mes amis, et Noah adorait pavoiser en disant traîner avec son grand frère.

Moi, je rassurais notre mère en les chaperonnant, bien que cela ne nous ait pas empêchés de faire quelques conneries, comme détacher le chien du voisin qui vivait dans une niche délabrée. Nous pensions bien faire, mais le clébard avait tendance à mordre quiconque l’approchait. Le facteur de l’époque doit encore s’en souvenir.

C’était la première fois où j’apercevais Hailey sans un sourire. « Et si mes parents m’interdisaient de vous voir ? » avait-elle dit. Noah avait simplement répondu qu’on trouverait un moyen, avec son air de petit branleur. Moi, je l’ai prise dans mes bras en lui soufflant que jamais nous ne laisserions faire une chose pareille, comme une promesse de toujours veiller les uns sur les autres.

J’ai failli à ma mission en m’exilant loin de Montréal. Le regard que me lançait ma mère me brisait un peu plus chaque jour. J’avais, à chaque fois, la sensation qu’elle aurait préféré voir Noah, le sentiment qu’elle allait m’appeler par son prénom. Après l’enterrement, je me suis tiré, incapable de supporter cette déception dans ses yeux.

Et j’ai laissé Hailey affronter seule une dure réalité et je n’ai aucune idée de ce qui a pu se passer pour elle ensuite. L’annonce de l’incendie a fini par m’anéantir. La perdre elle, ça a été comme perdre mon frère une seconde fois.

Cependant, ce baiser sur sa peau frissonnante m’a prouvé que jamais je ne l’avais considérée comme ma petite sœur.

Ça a toujours été dans un coin de ma tête, simplement impossible pour moi de l’admettre, pas avec nos sept ans d’écart. Rien de sain ne pouvait ressortir de tout ça.

Mais putain, aujourd’hui, dans cet enfer qu’est la vie, elle représente une lumière si attractive !

J’expire en évitant soigneusement de l’observer. Avoir ce genre de pensées, c’est comme me tirer moi-même une balle dans le pied. Je dois la protéger. Point barre.

Ne me reste qu’à combler les années manquantes pour me faire une meilleure idée de comment l’aider, et me montrer à la hauteur de ce serment que j’ai fait il y a des années.

Nous mangeons sans échanger un mot, accompagnés par les bruits de la forêt. L’eau qui serpente entre les rochers, les hululements d’une chouette. Cet endroit est apaisant si l’on ne tient pas compte de notre situation.

— Si tu veux te laver les dents, ou le visage, c’est le moment, je vais préparer notre couchage pour la nuit. Profites-en pour… faire ce que tu as à faire. Je te donne cinq minutes.

Hailey opine du chef, puis elle s’éloigne après avoir pris ses affaires de toilette. La voir si douce et docile ne me dit rien qui vaille. Je préférais quand elle avait plus de hargne.

Pendant qu’elle se passe de l’eau sur le visage, je m’emploie à terminer le travail commencé un peu plus tôt. Le long d’une paroi rocailleuse, j’ai repéré un endroit où le sol était sec. J’y ai construit un abri sommaire en faisant appuyer une rangée de branches, dont les espaces ont été comblés par du feuillage. Le tout protège notre feu du vent, et nous préservera pour la nuit.

Je retire mon blouson de cuir que je dépose par terre comme matelas de fortune. Son manteau long, lui, nous servira de protection contre le froid. Ce n’est pas le grand luxe auquel Hailey semble habituée, mais cela devra faire l’affaire le temps de quelques heures.

— Je vais prendre le premier tour de garde, m’annonce-t-elle, une fois revenue.

— Nous n’avons pas besoin de surveiller quoi que ce soit ici.

Hailey croise les bras sur sa poitrine, et son menton se relève.

— Il n’y a pas de place pour deux, Hunter.

Je ne détourne pas le regard malgré mon appréhension vis-à-vis de sa réaction lorsqu’elle comprendra que nous devons rester l’un contre l’autre.

— Nous allons juste être un peu serrés.

— Même pas en rêve.

— Cela ne me fait pas plus plaisir qu’à toi, mais c’est le seul moyen que nous avons pour ne pas mourir de froid.

— Je préfère crever dans ce cas.

Il semblerait que son redoux appartienne au passé. L’eau glacée de la rivière a beau avoir réveillé ses instincts de lionne, je m’approche d’elle, bien décidé à ne pas perdre des heures à parlementer.

— Je n’aurai pas les capacités de te porter en plus de nos affaires, argué-je.

— Je n’aurai pas besoin de toi pour tenir debout.

Puisqu’elle est à nouveau sur la défensive, peut-être vais-je pouvoir en tirer un avantage. À moi de la jouer finement.

Je fais un pas de plus vers elle, de façon à supprimer la distance entre nous, et baisse le menton pour maintenir notre contact visuel. Elle me tient tête, son regard vert planté dans le mien avec une animosité étincelante.

— Tu as peur de quoi, Hailey ? lui demandé-je avec un sourire narquois.

— De rien. Et surtout pas de toi.

L’assurance dans ses mots fait battre mon cœur avec vivacité. Je la retrouve, tempétueuse, et je préfère ça à son silence.

— Dans ce cas, il n’y a aucun problème.

— Tu crois que ça va me faire changer d’avis ?

— Hailey, plus nous passons du temps à nous quereller, plus nous donnons l’avantage à nos adversaires. Pour preuve, ils choisissent de mourir, plutôt que de mentir à leur pair. Nous devrions essayer de trouver un terrain d’entente, et cela commence par les décisions les plus simples, comme celle de survivre à cette nuit sans crever de froid.

Ses yeux me lancent des éclairs, mais je ne cherche pas plus d’arguments à lui soumettre. On ne peut pas négocier avec cette facette-là de sa personnalité. Il faut lui imposer. Je m’apprête à employer la méthode forte lorsqu’elle me surprend.

— D’accord, dit-elle d’un ton neutre.

— Pourquoi cela me semble trop simple ?

Un demi-sourire apparaît sur ses lèvres.

— J’ai une condition.

J’inspire, m’attendant au pire.

— Laquelle ? lui demandé-je.

Hailey décroise ses bras, puis elle me contourne. Sa démarche gracile et sa niaque retrouvée la rendent soudain terriblement sexy au milieu de cette forêt.

— Que tu n’oublies pas qui dirige, Hunter, déclare-t-elle en marchant vers notre couchage.

Mon cerveau, ce traître, l’imagine déjà aux commandes d’un corps à corps bien loin d’un combat à mains nues.

Bordel, que la nuit va être longue…

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