Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 6

Hunter

 

Une fois encore, la nuit ne m’a pas laissé de répit. Les mots de Hailey n’ont pas cessé de tourner en boucle dans mon esprit. Cette mission spécifique, sa présence presque irréaliste, je me demande vers quel terrain toute cette situation m’entraîne.

Lorsque je gagne le hall, ma valise derrière moi, je l’aperçois m’attendre. L’air hautain, vêtue de noir, elle scrute un téléphone portable. Elle ne l’avait pas hier. Tout comme le sac de sport à côté d’elle.

— Tu es en retard, affirme-t-elle quand j’arrive à son niveau.

Sans un regard vers moi, elle se lève, s’empare du bagage à main, mais laisse le reste de ses affaires derrière elle. Sa façon de me prendre pour son larbin me donne envie de ne me préoccuper que des miennes, mais faire profil bas me semble être la meilleure option pour le moment.

Je dois savoir. Savoir ce qu’il s’est passé depuis le décès de Noah, comment elle a réchappé à l’incendie dans lequel ont péri ses parents, en connaître l’origine, découvrir les raisons qui l’ont poussée à rejoindre la Pyramide, et à grimper si haut dans la hiérarchie.

Cependant, j’ai conscience d’avoir affaire à un véritable bunker. Elle ne se laisse pas déstabiliser, a une réplique pour tout, maintient le mystère autour de notre mission.

Qu’à cela ne tienne. La patience est l’une de mes principales qualités de tueur à gages. Si je pressens que Hailey va la mettre à rude épreuve, je me dois de tenir bon. La revoir est inespéré.

Je la suis dehors, où le temps n’a pas changé, nous accueillant avec des rafales glacées, et une pluie diluvienne. Je m’empresse de charger nos affaires dans le coffre, puis rejoins Hailey déjà installée derrière le volant.

— Où allons-nous ? lui demandé-je en croisant les doigts pour ne pas me faire envoyer paître.

J’ai besoin de plus de matière pour user de mon plein potentiel. Si elle retient toutes les infos, je ne lui serai pas d’une grande utilité, et cela desservirait nos intérêts communs.

— À Stirling, plus au nord.

Elle démarre et sort du parking, appuyant sur l’accélérateur pour que le moteur vrombisse.

Pendant plus d’une demi-heure, les paysages d’automne avec leurs couleurs vives défilent avant de laisser place à des concessions automobiles et des maisons en granit austère, surmontées d’un toit en ardoises.

Seule la radio résonne dans l’habitacle. Moi ? J’étouffe avec mon pull épais à cause du chauffage mis à fond par ma partenaire. J’ai vu son sourire malicieux lorsqu’elle l’a augmenté, mais je garde ma réplique derrière mes lèvres scellées.

J’en ai maté des plus coriaces.

Nous roulons dans d’étroites rues pittoresques jusqu’au moment où un panneau m’indique notre arrivée au bon endroit. Hailey se gare peu de temps après, à proximité d’une place verdoyante. Mais ce qui attire mon regard, c’est l’imposant édifice religieux en arrière-plan.

— Voici notre point de départ : l’église de la Sainte-Croix. La petite y a été déposée à sa naissance, m’explique-t-elle.

— Sérieusement ?

— J’ai une tête à faire des blagues ?

J’élude sa pique et je porte mon attention sur le bâtiment. Ces dernières années, je n’ai pas fait dans le sentiment. Cependant, l’abandon de cette enfant me renvoie à mes regrets.

C’est ce que j’ai fait en poursuivant mes études loin du domicile familial. J’ai laissé tomber mon frère, lui qui me prenait pour exemple, telle la figure paternelle que nous n’avons jamais eue. Il a sombré dans la coke, peu de temps après mon départ.

— On se croirait dans un mauvais film, murmuré-je.

Un bruit de portière m’indique que Hailey descend. Je l’imite sans attendre.

L’air frais lamine mes joues, j’enfile donc rapidement mon blouson en cuir. De ma poche intérieure, j’extirpe un paquet de chewing-gum.

— Tu en veux un, proposé-je.

— Je ne suis pas là pour rouler une pelle au curé ! siffle-t-elle en me dépassant.

Ni une ni deux, je range mes gommes puis attrape Hailey par le bras afin de la retourner vers moi. Ses deux billes vertes m’assassinent, je ne relâche pas ma prise. Il est temps pour moi de passer au stade supérieur : si je ne marque pas à minima mes limites, elle va se croire tout permis.

— Nous devons travailler en équipe, tâche de ne pas l’oublier si tu veux que j’assure tes arrières le moment venu.

Hailey réagit dans la seconde qui suit. Par un habile mouvement, elle retourne la situation. Je la laisse basculer mon bras dans mon dos et me plaquer contre la voiture. Je ne la contrecarre pas. Pas maintenant. Je dois d’abord jauger ce qu’elle a dans le ventre.

Son souffle chaud glisse près de mon oreille.

— Si tu veux finir eunuque, continue comme ça, tu es bien parti pour.

Je pivote la tête vers elle et la fixe pendant quelques secondes. Les diverses couleurs de vert au cœur de ses iris captivent toute mon attention. Elles éveillent une drôle de sensation dans mon torse. Puis lorsqu’elle me relâche, je prends conscience de la récente proximité de son corps. De ses courbes. Déroutant.

Néanmoins, je reprends vite possession de mes esprits et analyse sa façon d’agir. Elle vient de m’apprendre que son impulsivité lui permet d’être réactive en combat rapproché. Cela réveille la question qui m’a accompagné depuis nos retrouvailles inattendues : comment a-t-elle pu en arriver là ?

Un mouvement près des arbres à proximité de l’église m’oblige à soustraire mon regard au sien.

Un couple de personnes âgées avance vers notre position en nous lançant des œillades dédaigneuses.

Une fois qu’ils sont suffisamment éloignés pour ne pas nous entendre, Hailey attaque.

— Toi qui me parlais de discrétion hier, j’espère que ta petite saute d’humeur ne nous a pas fait remarquer, grince-t-elle.

— Ta berline clinquante a déjà tapé dans l’œil de tous les habitants que nous avons croisés jusqu’ici, répliqué-je.

— Je suis ta supérieure, tâche de t’en souvenir, me pique-t-elle une nouvelle fois.

Je comble l’espace entre nous, irrité par ses brimades incessantes.

— Et si tu m’en disais plus sur la mission dans ce cas ?

— Pour ça, il faudrait que je sois certaine de ta loyauté.

Sa manière de me repousser me dévoile en partie les raisons de son attitude. Elle n’a pas confiance en moi. Je ne peux pas lui en vouloir pour ça.

J’étais proche de mon frère, et d’elle, puisqu’elle était la meilleure amie de Noah. Peut-être aurait-elle eu besoin de ma présence quand il a été assassiné ? Surtout qu’un mois après, ses parents décédaient à leur tour. Si j’avais su qu’elle était en vie, tout aurait été différent. Malheureusement, si je suis doué pour chasser, remonter le temps m’est impossible.

— La Mante n’a jamais eu à s’en plaindre, rétorqué-je.

— C’est tout le problème, Hunter. Rien ne m’assure que tu ne chercheras pas à me doubler, et à lui ramener sa fille en m’évinçant.

— C’est pour ça que tu ne me donnes aucune information ? Autant que je retourne au Canada si tel est le cas, car mes talents de pisteur ne te seront d’aucune utilité si tu me tiens les pieds et les poings liés.

Hailey m’étudie un instant, comme si elle réfléchissait à la situation. Elle finit par me poser une question qui me prend de cours.

— Alvaro Mancini, ça te parle ?

J’ai éliminé son fils le mois dernier. Il est le chef d’un gros cartel au Canada, et aussi en Europe. Quel peut être le rapport entre ma précédente mission et celle-ci ? Pour connaître le fin mot de l’histoire, j’acquiesce.

— Il semblerait qu’il ait été mis au courant pour la gamine, m’annonce Hailey.

Il me faut peu de temps pour comprendre la raison de ma présence ici. Chaque tueur à gages possède sa propre signature. La mienne réside dans l’utilisation d’armes blanches, et une lacération au niveau de la carotide. C’est ma façon de marquer la proie, ce qui ne m’empêche pas d’user d’armes plus conventionnelles pour éliminer ceux qui barrent mon chemin pour l’atteindre.

Alvaro Mancini connaît nombreuses de mes réussites, car son réseau a souvent été la cible de mes missions. Je suis l’homme à abattre. Un putain d’appât pour détourner son attention de la gamine.

— Si je comprends bien, en plus de devoir trouver une petite fille, dont nous n’avons eu aucune trace depuis son dépôt dans cette église, nous allons faire face à l’un des plus grands chefs de cartel dont j’ai supprimé l’enfant unique ?

— Tu percutes vite, me confirme Hailey, avant de se diriger vers l’édifice religieux.

Je ne masque pas mon soupir. Cette nouvelle me laisse un goût amer.

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