Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 38

Hailey

 

Les hommes de Fratelli sont retranchés à l’arrière de la maison, et tirent au moindre mouvement.

— Moi qui pensais que tes gars seraient ravis de te revoir, je me suis sacrément trompée, lancé-je à Fratelli, planqué avec moi derrière la table de billard renversée.

Je jette un œil par-dessus notre abri de fortune. Cette maison cossue ressemble à un champ de ruines. Deux coups de feu retentissent et me font replonger derrière ma cachette.

— Ils ont pour ordre de protéger la fille.

— Ils sont cons comme des pieds. Entre Rose Manson et leur chef, ils ne savent pas faire la différence entre ce qui est important ou ne l’est pas.

— Tu es arrivée en les canardant avec un fusil d’assaut, tu t’attendais à quoi ?

Sur ce coup-là, il n’a pas tort. J’ai frappé poliment, me protégeant grâce à Vincenzo, et j’ai foncé dans le tas dès que la porte a été ouverte. Histoire de semer la confusion.

— Donnez-moi la gamine en vie, et je vous rends votre chef, hurlé-je.

— Comme si l’on allait te faire confiance, rétorque un sbire sur le même ton.

J’ai l’impression d’être dans une guerre de tranchées dont la durée pourrait bien jouer en ma défaveur. Ils sont plus nombreux que moi, et même si Nikolaï débarque avec ses hommes, l’équation sera toujours en déséquilibre.

— Va falloir que tu m’appuies sur ce coup-là.

— Faites ce qu’elle dit et je ne tiendrai pas compte que vous avez failli me trouer le cul, tonitrue mon otage.

Un silence nous répond, suivi de bruits de pas. Quelqu’un grimpe à l’étage.

Mon cœur bat déjà la chamade, mais il accélère encore plus sa course quand j’aperçois Hunter à l’embrasure de la porte. Le savoir ici me rassure autant que cela m’inquiète.

De l’index, je lui montre le plafond en espérant qu’il comprenne qu’il y a de l’activité au premier. Lui me désigne du menton Fratelli, et lève son pouce, comme pour me demander si ça va aller avec cet enfoiré d’Italien.

Je ne suis pas sûre qu’un jour je me fasse à l’idée qu’il pense à moi avant le reste.

J’opine du chef. Même si Vincenzo parvenait à retourner la situation, je ne suis pas la personne la plus importante, il nous l’a prouvé en me laissant pour morte dans l’entrepôt.

Celle qui compte à ses yeux, c’est Rose et la possibilité que la gamine lui offre pour débusquer sa plus grosse concurrente sur le territoire nord-américain.

— Vous êtes mignons, raille Fratelli.

— Tu peux parler avec Antonio.

— Finalement, on se ressemble, toi et moi.

— Je préfère ma gueule à la tienne, grogné-je. Et ferme-la, maintenant !

Il cherche à affaiblir ma concentration avec sa conversation stérile. Après un dernier regard, Hunter disparaît par le couloir menant vers les étages. C’est à mon tour de faire diversion, si j’en juge l’arrivée de Nikolaï et de ses hommes.

— Alors, elle vient votre otage ? Ou vous faites en sorte de l’exfiltrer par l’arrière de la maison ? tonitrué-je pour couvrir mes partenaires. Toi tu la boucles sinon je te descends, murmuré-je à l’attention de Vincenzo.

— Tu n’auras plus de monnaie d’échange, dans ce cas.

— Comme s’il m’était impossible de leurrer tes gars.

Le visage de Fratelli se ferme à nouveau. Il doit se remémorer mon coup de bluff au bar à Aberdeen.

Alors que je m’apprête à alpaguer ses hommes, un vacarme assourdissant retentit depuis l’étage. Mon corps entier se fige, à la recherche du moindre indice sonore qui pourrait m’indiquer un état de la situation, puis mon entraînement prend le dessus sur mes inquiétudes.

Je sors de ma planque, et abats chaque Italien qui tente d’atteindre les escaliers. Fratelli, lui, reste caché, recroquevillé, et se protège les oreilles de tous ces cris et de cette pluie de balles.

Ses hommes ripostent, mais ne savent plus où donner de la tête entre leur chef et Rose qu’ils ont promis de surveiller. Ils ont conscience que s’ils perdent l’un ou l’autre, chaque bavure finira par leur retomber dessus.

Après plusieurs échanges, une sorte de calme revient. Le calme avant la tempête.

Je vais en profiter pour sécuriser ma prise. Ce serait dommage de laisser s’échapper Fratelli, alors que j’ai réussi à ferrer ce gros poisson. Si je me fie à l’intégration d’un membre de la CIA sous couverture dans son cartel, c’est une mine d’or d’informations pour nous. Et si cela peut emmerder ce bâtard d’Antonio, je ne vais pas me priver.

— Approche de là, ordonné-je à Fratelli, en désignant un radiateur en fonte, dont les tuyaux remontent le long de la cloison.

Il s’exécute et rampe jusqu’à moi, non sans un coup d’œil derrière lui. Dans la poche arrière de mon jean, je saisis un serre-câble en plastique, et le glisse dans celui déjà présent autour de ses poignets, puis coulisse ce nouveau lien afin qu’il reste attaché à un des conduits.

— Au moindre cri de ta part, à la moindre alerte…

— Tu me butes dans d’atroces souffrances, me nargue Fratelli. Je sais.

Je lui lâche une grimace, faute de pouvoir lui faire fermer sa bouche. Je n’ai pas le temps pour ces conneries.

Bien décidée à rejoindre mes coéquipiers, je me déplace de la pièce de vie vers l’entrée. De celle-ci, je jette un œil en direction de la planque de mes adversaires. Le léger reflet dans la baie vitrée m’indique la présence de deux membres de son cartel. En revanche, je n’entends plus aucun bruit en provenance de l’étage.

Tant bien que mal, j’essaye de chasser les idées noires qui me traversent l’esprit. Le silence n’est jamais un bon présage, mais étant en fin de cortège, je me dois d’assurer leurs arrières.

J’approche à pas de loup des hommes de main, qui communiquent via des signes. Trop occupés à mettre au point un stratagème pour me buter, ils ne remarquent même pas ma présence.

Alors que je m’apprête à m’élancer pour abattre les sbires de Fratelli, un hurlement provenant du haut attire mon attention. Glaçant.

J’ai à peine le temps de l’assimiler que des tirs fusent. L’un d’entre eux effleure mon bras droit dans une douleur déchirante. Ce rappel à l’ordre pousse mon instinct à prendre le relais, et je me mets à couvert.

Au-dessus de moi aussi, ça canarde sévère. J’ai la sensation de manquer d’air, malgré mon entraînement drastique. Être dans ce genre de situation n’a rien à voir avec les exercices que j’ai réussis avec brio. Le stress, l’adrénaline, le danger, autant de paramètres qui se mélangent et rendent difficile la lucidité d’esprit.

— Reprends-toi, Hailey. Tu n’as jamais été aussi près du but.

Perdre Hunter est ce qui m’effraie le plus. C’est ce qui ferait flancher ma raison définitivement. Une part de moi a survécu grâce à lui.

Je récupère un second flingue, complètement chargé. Plus j’aurai de munitions, plus j’aurai de quoi riposter.

J’inspire et expire à plusieurs reprises, avant de m’élancer vers l’ennemi. Par mon attaque de front, je surprends les deux types. Ils n’ont pas le temps de réagir ni d’échanger un regard, plusieurs balles les atteignent, et ils s’effondrent au sol.

Je suis tentée de narguer Fratelli, mais j’ai d’autres priorités.

À proximité des corps, je vérifie leur pouls, une arme pointée vers eux, pour m’assurer qu’ils ne feintent pas leur mort. Et deux de moins !

Avec prudence, je m’engage vers les escaliers, tendant l’oreille pour détecter le moindre son suspect.

— Ces sales cons l’ont bien amoché, gronde l’un de nos gars.

S’il parle librement, c’est que nous maîtrisons la situation.

— Il ne reste que Fratelli en bas, je monte, annoncé-je pour ne pas les surprendre.

Quand j’arrive sur le palier, les cloisons ressemblent à du gruyère tant elles sont criblées de balles. Deux équipiers de Nikolaï me tiennent en joue jusqu’à ce qu’ils constatent que je suis bien seule.

— Rose Manson est saine et sauve, m’annonce l’un d’entre eux.

Son information ne m’apporte qu’un maigre réconfort. Ce n’est pas ce que j’ai besoin de savoir.

— Où est Hunter ?

— Je suis là, me répond ce dernier en sortant de l’une des pièces.

Un soulagement m’envahit, mais s’envole dès que j’aperçois ses avant-bras couverts de sang.

— Qu’est-ce que…

Hunter abaisse les yeux, et intervient aussitôt.

— Je vais bien, et il va s’en tirer.

Il va s’en tirer ?

Mon regard balaie le couloir, et je remarque alors le chaînon manquant. Mon corps entier se fige pendant plusieurs secondes, tandis qu’un frisson me parcourt.

Je me précipite ensuite vers la pièce d’où est sorti Hunter, et une main gagne ma bouche. Je ne parviens pas à retenir un gémissement.

Assis au milieu de plusieurs cadavres, Nikolaï est adossé au tablier de la baignoire, un garrot fermement serré autour de la cuisse, et les bras maculés de taches d’une couleur brun-rougeâtre.

— L’Venok, souffle-t-il.

Il est gravement amoché et j’ai la sensation de voir un vieux lion résigné.

— Tu n’as pas le droit de me faire ça, espèce de sale enfoiré de mes deux, grondé-je en m’approchant de lui.

Au fil des années, malgré ses méthodes barbares, Nikolaï est devenu un référent pour moi. Il m’a appris à combattre, il a écouté ma colère, sans jamais chercher à la brider. Il me conseillait, sans cesse. Comme un père le ferait pour sa fille. Je prends conscience que c’est ce qu’il représente à mes yeux. Le voir dans cet état me brise.

— Ne chiale pas ou je vais vomir, se marre-t-il tandis que je m’agenouille près de lui.

Il se stoppe dans son élan, et une grimace apparaît sur son visage.

— Ça t’apprendra à te foutre de ma gueule, lancé-je.

Il secoue la tête, l’air amusé. Toutefois, ses poings serrés indiquent bien que cette légèreté n’existe pas. Nikolaï souffre.

— Ne fais pas cette grimace, Hailey. On dirait que tu m’apprécies.

J’ai un mouvement de recul.

— Ce doit être la première fois que tu m’appelles par mon prénom.

— Tu fais dans le mélodrame, arrête.

— T’es qu’un vieux con.

Nous échangeons un sourire, puis regagnons notre sérieux aussi vite.

— Je vais devoir rester sur la touche pour la suite. Organise un rendez-vous avec Ezekiel. Demande à Jackson de préparer Rose. Et fais équipe avec Hunter. Je compte sur toi, Hailey.

— Tu peux.

Nikolaï m’ouvre ses bras, et je n’hésite pas un instant à l’enlacer. Il grogne, sûrement à cause de mon manque de délicatesse, mais qu’importe.

Savoir qu’il ne m’accompagnera pas pour l’opération finale me remue, même si je n’échangerais pour rien au monde mon partenaire attitré. Pour la suite des évènements, je vais devoir mettre de côté mes émotions qui me rendent fragile. Elles sont là, je les accepte, simplement elles ne doivent pas entraver notre réussite.

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