Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 26

Hailey

 

Lorsque j’aperçois le panneau de sortie de ville, le type à mes côtés bouge enfin. Il passe sur moi un détecteur magnétique.

— Tu peux y aller, je n’ai rien sur moi qui permette de me tracer.

— Nous te contrôlerons pour respecter la procédure. Concernant les armes, qu’as-tu à déclarer ? me demande Fratelli.

— Tu crois sincèrement que je vais te faire un listing de ce qui peut me sauver la vie si vous n’avez aucune parole ? Quelle douce innocence, lâché-je, la voix teintée d’ironie.

L’Italien m’offre un sourire faux, puis il fait un signe du menton à son homme de main. La seconde qui suit, j’ai un sac sur les yeux, puis il me saisit par la nuque pour basculer mon buste en avant. Cet enfoiré se sert de son poids pour me contraindre à mettre la tête entre les genoux.

Moi, je reste sage, malgré l’adrénaline qui court dans mes veines. Je m’applique à respirer, comme mon entraînement me l’a appris. Garde ton calme. Ne pas céder à la panique. Je me répète ces deux phrases tel un mantra durant un long moment.

Après un temps qui m’a semblé durer des heures, je sens le véhicule s’arrêter.

Fratelli me saisit le bras pour me faire sortir. Je grimace, mais il ne le voit pas. Toujours aveugle, je me concentre sur les sons alentour plutôt que sur la douleur de sa prise. Je tends l’oreille, dans l’espoir de déceler le moindre bruit qui pourrait m’aider à me repérer. Seul le flux d’une circulation calme me parvient, ainsi que les aboiements d’un chien.

Je n’ai pas le temps d’en entendre davantage, car un des sbires me saisit par l’autre bras et me tire à sa suite. Je manque de tomber lorsque mon pied percute un rebord de ce que je devine être un trottoir et, l’instant d’après, nous marchons sur une sorte de gravillon fin, si je me fie à la sensation sous mes chaussures.

Le revêtement change quelques mètres plus loin, en devenant plus dur. Un écho plus fort me parvient ainsi qu’une odeur métallique, mélangée à celles d’huile de moteur et d’essence… un garage automobile ?

— Fouille-la, s’écrie Fratelli dont la voix semble éloignée.

— Écarte les bras et les jambes, m’ordonne celui qui se tient à mes côtés. Et ne bouge pas.

Il commence à me palper le haut du corps, tandis que je songe à deux billes gris acier pour ne pas défaillir. Ces mains sur moi me donnent envie de hurler. Mais j’ai conscience de ce que je risque en le repoussant.

— L’étoile de mer ? lancé-je, désinvolte. J’imaginais les Italiens plus créatifs.

— T’as de l’humour la Canadienne, me répond celui qui me fouille. Et une jolie panoplie de couteaux.

— Fais gaffe de ne pas te couper.

Le sbire poursuit sa recherche méthodique jusqu’à mes lames papillon coincées dans l’une de mes chaussettes.

— Je vais te retirer le sac de la tête. Au moindre mouvement, mon collègue te tire une balle dans le genou.

Un rire sardonique résonne. Cela me confirme la présence de son acolyte.

Ma capuche de fortune m’est enlevée, et je mets quelques instants à m’habituer à la lumière des néons au-dessus de nous. Je découvre alors une sorte de hangar désaffecté où l’on peut apercevoir des traces noires et visqueuses au sol. Un garage automobile, j’avais vu juste.

Mon regard se porte partout où ma physionomie me le permet sans bouger le buste d’un pouce. M’agiter reviendrait à trahir ma nervosité.

— Ouvre la bouche, m’ordonne le sbire. Histoire de vérifier si tu n’as pas de lame de rasoir planquée.

Je retiens ma réplique qui lui donnerait l’idée de contrôler une autre cavité de mon corps. J’obéis, plus docile que jamais. Hunter serait fier de moi.

Penser à lui me comprime le cœur. Il est là, dehors, à patienter. Malgré son rejet, je ne parviens plus à faire taire Hannah Lise. Elle espère qu’il restera en sécurité, qu’il tiendra sa promesse et n’essayera pas de me sauver si ça venait à mal tourner.

— Bien, reprend mon tortionnaire. Maintenant, tu t’assieds ici, et on attend que Fratelli ait fini de s’entretenir avec le boss.

Il me désigne une chaise sur laquelle je m’installe, les fesses sur le rebord, les jambes prêtes à réagir au moindre signe suspect. J’aperçois le second acolyte de mon cher ami, qui n’est autre que le conducteur de la berline.

— Vous êtes en effectif réduit ?

— Comme si on allait te donner des informations, réplique ce dernier.

— Fratelli en a pour longtemps ?

— Si t’as envie de pisser, fallait y songer avant, rebondit-il une seconde fois.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est moins sympathique que son collègue. Néanmoins, j’ai appris à me méfier de l’eau qui dort. À l’image de Hunter, le plus calme des deux peut bien cacher son jeu.

Je jette un regard noir au type pour la forme, puis relève le menton fièrement. Je ne les laisserai pas m’impressionner. Comme toujours, je n’ai pas le droit à l’erreur, d’autant plus en étant si près du but.

— Tu es prête à appeler ? tonne Fratelli derrière moi.

— Je le suis depuis bien avant ma proposition. Mais j’ai compris que vous aimiez perdre du temps.

Lorsqu’il passe dans mon champ de vision, je remarque ses traits durs. Je ne saurais dire ce qui lui donne cet air agacé entre son entretien avec son supérieur ou ma réplique. Il s’approche de moi jusqu’à pénétrer dans mon espace personnel. Je ne bronche pas, malgré son haleine chaude sur mon visage.

— Farrow, si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais le temps de t’éviscérer.

— Heureusement pour moi, ton patron semble plus intelligent, lâché-je avec nonchalance.

Ses mâchoires remuent de gauche à droite. Peut-être est-ce le signe de son désaccord concernant le choix de son boss ?

Fratelli se redresse, et me tend un téléphone. Lorsque je saisis le portable, je sens sa résistance à me le confier. Il se méfie de moi. Ou bien son supérieur lui a gentiment exposé les conséquences si cette proposition partait en sucette.

— Pas d’entourloupe, me menace Vincenzo.

Puis il lâche prise sur le mobile.

Son attitude ajoute une pression supplémentaire sur mes épaules. Plus la tension monte, plus une erreur arrive vite. À moi de conserver mon calme, et pour cela, il me faut agir à l’encontre de ma nature première pour ressembler davantage à Hunter.

— Puisque tu en parles, je n’ai toujours pas vu la gamine. En vie, précisé-je. Si tu veux que la Mante rapplique, elle est une condition sine qua none.

Vincenzo se racle la gorge avant de jeter un œil à son sbire le moins commode des deux. Il lui fait un signe de tête.

— Je suis presque déçu, Hailey, déclare Fratelli. Je m’attendais à ce que tu opposes de la résistance, et finalement, tu nous offres mieux que ce que l’on espérait.

— Vos expectatives étaient bien basses, le contré-je avec dédain.

Me montrer sarcastique ne jouera pas en ma faveur, j’en ai conscience. Mais si je déroge à mon franc-parler, cela pourrait le faire tiquer.

— Qu’est-ce qui t’a décidée à rejoindre les rangs de la Pyramide, Hailey ?

— Un besoin d’assouvir de vils travers.

— Pourquoi te retirer dans ce cas ?

Il m’emmerde avec ses questions à la con !

J’inspire et je fais mine de réfléchir en espérant que son idiot d’homme de main rapplique rapidement.

— J’ai eu une proposition plus alléchante. Elle me permettra de prendre moins de risques.

Fratelli commence à faire les cent pas, ce qui ne m’aide pas à conserver mon sang-froid.

— Mon patron comprend tes agissements, s’exclame-t-il.

— Laisse-moi deviner : pas toi ?

Un sourire apparaît sur ses lèvres fines avant de disparaître. Un léger coup d’œil dans ma direction suffit à tendre davantage tous mes muscles. Jamais avant ce jour je ne m’étais tenue aussi droite, comme si mon instinct m’alarmait et me préparait à la fuite.

— Un détail me turlupine, Hailey.

— Lequel ? lui demandé-je sans trembler.

— Des dizaines de cartels en ont après la Mante. Mais il semblerait que nous soyons les seuls à avoir découvert l’existence de sa gamine, juste après le décès du fils unique de mon patron. S’ajoute à cela ta merveilleuse proposition. Alors, Alvaro a beau te concéder le bénéfice du doute, dans la famille Fratelli, on ne croit pas au hasard.

La coïncidence évoquée fait écho en moi, plus qu’il ne l’imagine. Entre ça

et mes retrouvailles avec Hunter, j’en suis convaincue : quelqu’un nous manipule tous. Mais qui ?

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