Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 3

Hailey

 

Le cœur douloureux, je l’observe s’asseoir sagement. C’est comme si ses yeux gris n’avaient pas changé malgré les années passées. Déjà dix ans que nos chemins se sont séparés, le jour des funérailles de Noah. Jamais je n’aurais imaginé qu’ils se croiseraient à nouveau. Et surtout pas au sein de cette institution.

— La gamine est en danger et tu es le pisteur le plus chevronné de la Pyramide, l’équation me semble simple, non ?

Hunter demeure silencieux, les bras croisés sur son torse.

— Laisse-moi deviner : montre-moi qui tu es, et je parlerais ? lancé-je en comprenant son stratagème. Comme tu voudras.

Je m’avance vers lui à la fois impatiente et tendue de sa réaction. Cependant, la déception me gagne lorsque je n’en vois aucune sur ses traits. Seule une ombre fugace traverse ses iris, ne me donnant pas suffisamment de matière pour en analyser l’origine.

J’ai certes changé, depuis toutes ces années. Je ne suis plus l’ado au sourire rayonnant, bordée de toutes ses bagues métalliques. Et lui non plus n’a plus la même allure de jeune homme au corps sec. Son pull à col roulé épouse des épaules larges, ses manches relevées laissent, elles aussi, apparaître des avant-bras musclés.

— Je te croyais morte, m’assene-t-il après plusieurs secondes.

— Tu lis les journaux, c’est bien, craché-je.

Nous nous jaugeons du regard dans un silence pesant. J’aurais des milliers de questions à lui poser, mais maintenir ma couverture en place est mon seul gage de survie. Ici, il est mon ennemi, comme chacun des membres du cartel. Je ne dois me fier qu’à moi-même. Et d’après mon expérience personnelle, compter sur Hunter relève d’une chimère.

— Je suis désolé pour tes parents, déclare-t-il d’une voix grave.

Mille émotions me compriment le cœur. Je serre la mâchoire pour contenir les plus viles d’entre elles : la tristesse et la colère. Noah trempait dans la drogue depuis le départ de Hunter en études supérieures. J’étais sa stabilité, celle qui le rattachait à la vie en dehors des rails de coke qu’il sniffait. Le jour où il a été abattu pour une querelle de gangs, la raison officielle, j’étais là. Quand ces types l’ont roué de coups, avant que l’un d’entre eux lui colle une balle entre les deux yeux, j’étais là, putain. Cachée dans un buisson, mais bel et bien présente.

Cela a dû se savoir puisqu’un mois après, la maison de mes parents brûlait. Histoire de ne laisser aucun témoin. L’incendie a tout emporté. Y compris mon envie de vivre. Seule la vengeance maintient mes fonctions vitales et guide ma capacité à agir.

Ces retrouvailles ont un goût amer. Les frères Roy et moi étions proches, bien que Hunter soit de sept années notre aîné. Mais il s’est enfui après le décès de Noah, et c’est sans l’aide de personne que j’ai dû affronter la suite. Je ne parviens pas à retenir ma réplique, cinglante.

— C’était il y a dix ans que tu aurais dû être désolé.

Hunter garde le silence. Lui exprimer mon ressentiment dévoile une part de mes blessures. Qu’importe. Il va rapidement découvrir qu’elles sont devenues ma force.

— Trêve de bavardages, lancé-je pour conserver la main. Revenons-en à la mission.

Le Chasseur se redresse, toujours en proie à un calme olympien. Alors c’est tout ce que lui évoque mon retour dans sa vie ? Il n’a pas plus de questions à me poser ? Je serre les dents.

— Qui est-elle ? me demande-t-il en désignant la photographie du menton.

— Une cible comme une autre, à la différence près que tu n’auras pas à lui trancher la carotide.

Les armes blanches, sa signature. Même évoquer ce détail ne le fait pas réagir. Cela ne pique donc pas sa curiosité que je sois celle qui lui explique son nouvel objectif ? Et que je sois capable de chasser Nikolaï quand bon me semble ?

— Mais encore Hannah Lise ?

Mon prénom en entier entre ses lèvres rend douloureux les muscles contractés de ma mâchoire. Comment ose-t-il ?

— C’est une mission que tu ne peux pas refuser. Sinon, je devrais moi-même t’éliminer. Ce serait vraiment dommage, ajouté-je avec sarcasme.

Hunter conserve son sérieux, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Lorsque j’ai appris sa présence au sein de la Pyramide, j’ai été stupéfaite. Je l’ai été plus encore en découvrant sa fonction. Je pensais que comme son frère il avait plongé dans la drogue et revendait de la coke, non pas qu’il tuait des gens de sang-froid.

La surprise m’a accompagnée comme les premières neiges qui tombent à l’arrivée de l’hiver, avec ce sentiment doux, associé aux fêtes de fin d’année. Il était en vie.

Puis, mesquine, mon animosité a laissé place au même mordant que le blizzard, balayant tout sur son passage, laissant à vif tout ce qui n’est pas abrité : mon cœur. Du moins, ce qu’il en reste.

Prudence sera mère de sûreté dans les jours et les semaines à venir. Hunter ne doit rien savoir de mes aspirations de vengeance. Ni de mon rôle au sein de la CIA. Sans quoi, il risquerait de tout foutre en l’air. Je ne le permettrai pas. Pas après tout l’acharnement dont j’ai fait preuve ces dix dernières années. Six à me former auprès d’agents chevronnés, quatre à infiltrer la Pyramide et à en gravir les échelons.

— Alors, tu as réchappé à l’incendie ? me demande-t-il en me fixant.

Sa question fait tambouriner mon organe vital un peu plus fort. De l’intérêt envers moi ? J’en doute. Jamais il n’a cherché à savoir si le nombre de corps parmi les décombres s’élevait bien à trois. Les flics non plus d’ailleurs. Tous des putains de ripoux !

Mon attention portée sur Hunter, je ne peux déchiffrer l’expression de ses yeux ni affirmer qu’il s’agisse d’une émotion. Son regard semble à la fois vide de vie, et débordant de noirceur.

— Ce n’est pas le sujet du jour, rétorqué-je sans trembler.

— Le sera-t-il seulement à un moment donné ?

— Comme si mon sort pouvait t’intéresser.

Malheureusement pour moi, cette fois, je ne peux pas lutter contre mes souvenirs. Ils m’envahissent, toujours aussi clairs malgré le temps qui passe.

J’entends encore le hurlement de ma mère quand le premier cocktail Molotov a traversé la fenêtre de la cuisine. Nous étions au mois d’août, la canicule écrasante nous obligeait à ouvrir la maison en grand pour espérer obtenir un courant d’air. Mon père lisait le journal et je regardais la rediffusion d’un match de hockey, rêvant que l’hiver revienne.

La suite se compose d’émotions en pagaille, d’une respiration devenue suffocante à cause de la chaleur des flammes et d’une douleur atroce au bras, puis dans les jambes parce que je m’enfuyais loin de ce carnage, n’écoutant que mon instinct de survie pour réchapper à ce cauchemar.

— Le dossier comporte des billets pour Édimbourg, dans quatre jours, annoncé-je en me raccrochant au présent. Je t’attendrai à l’aéroport.

— Tu fais le voyage avec moi ?

Un léger sourire s’arrime à mes lèvres en constatant sa surprise. Cette réaction le rend un peu plus humain.

Cette réflexion traverse à peine mes pensées que mon rictus s’efface aussitôt. Cette part de lui existe-t-elle encore après tous les cadavres qui composent son palmarès ? Il serait plus simple pour moi qu’il soit dépourvu de toute humanité. Cela me donnera moins de fil à retordre si j’ai à appuyer sur la détente.

— Tu seras sous ma surveillance, lui expliqué-je. Cela te pose un problème ?

— Je travaille solo.

— Je m’en contrefous. Je suis la seule à détenir toutes les infos. Alors, pense à la proposition : tu gagnerais ta liberté.

Ezekiel a insisté pour que Hunter fasse partie de cette expédition, car il s’agit du meilleur élément pour pister la trace de la gamine. Le bras droit de la Mante m’a chargée de trouver le moyen de le convaincre. Il fallait donc que l’appât soit conséquent pour cette mission. Même si, soyons clairs, il n’aura le droit à rien d’autre que du fric.

Contre toute attente, le rire de Hunter éclate dans la pièce et rebondit sur les murs crasseux. Il me glace autant le sang qu’il me réchauffe le cœur. J’aurais tant donné pour l’entendre il y a dix ans.

— Sauf que je n’ai que foutre de ma « liberté », déclare-t-il sans trembler. Des tas de barons de la drogue rêveraient de me voir six pieds sous terre. Je ne serai donc jamais libre. En revanche un gros pactole saurait peut-être me convaincre.

Du fric ? Mais pour profiter de quelle vie, putain ?

Je retiens ma réplique et lui annonce la coquette somme mise en jeu.

— Vingt mille dollars canadiens, dont cinq, si tu te pointes à notre petit rendez-vous. Cinq de plus quand on aura retrouvé la gamine.

— Et le reste ?

— Le reste, c’est si on la ramène en un seul morceau à Ezekiel.

— Le bras droit de la Mante ?

Je ne réponds pas à sa question rhétorique. Tous au sein de l’institution connaissent Ezekiel, tous frémissent quand ce patronyme est évoqué, car il représente une épée de Damoclès pour beaucoup. Pour moi, il est le dernier rempart qui m’empêche d’atteindre mon salut.

— Qui sait, vu l’importance de la mission, la patronne viendra même te baiser les pieds, lancé-je.

Sans attendre, je contourne la table afin de sortir de la pièce. Lorsque je passe au niveau de Hunter, son parfum boisé me ramène dix ans en arrière, quand j’étais une pauvre gamine qui en pinçait secrètement pour le grand frère de son meilleur ami. Les temps ont bien changé !

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